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Hamid Rahimi boxe pour rétablir la paix en Afghanistan


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Hamid Rahimi boxe pour rétablir la paix en Afghanistan

Réconcilier son pays grâce à la boxe, voilà le pari d’Hamid Rahimi. Ce boxeur originaire d’Afghanistan a organisé et disputé il y a quelques semaines à Kaboul, ce qu’il a appelé “Un combat pour la paix.”
Nous avons rencontré ce compétiteur de 29 ans en Allemagne, à Hambourg où il a grandi.

En l’emportant face au Tanzanien Saïd Mbelwa, Hamid Rahimi a décroché le titre intercontinental des poids moyens de la WBO, mais il a surtout réussi à rassembler un public de 2000 Afghans au nom de la paix. Des centaines de milliers d’autres ont suivi à la télévision, ce premier combat professionnel jamais tenu en Afghanistan. Rappelons que sous les Talibans, la boxe était interdite. Ce match est un nouveau jalon pour le sport dans le pays après le début il y a quelques mois, du premier championnat professionnel de football afghan.

euronews :

“Vous venez de participer à ce que vous avez appelé un “combat pour la paix”. A votre avis, dans un pays qui est en guerre depuis 30 ou 40 ans, cette compétition sportive peut-elle changer les choses ?”

Hamid Rahimi :

“Elle peut changer beaucoup de choses, je crois énormément à son impact. Cela fait deux ans que je travaille sur ce projet. On s’est beaucoup investi pour qu’il aboutisse et il me tient vaiment à coeur.
Je vis en Allemagne depuis 20 ans et je ne suis pas venu dans ce pays simplement pour avoir la nationalité allemande. Je suis venu ici parce qu’il y avait la paix.
Je rêve de rétablir la paix dans ma patrie, l’Afghanistan. Je sais ce qu’est la guerre, je l’ai déjà vécue. La guerre est une douleur irrémédiable, elle ne laisse personne en paix, elle n’apporte pas la tranquilité, elle a pris tellement de vies en Afghanistan et je crois qu’il y a plus de victimes de la guerre en Afghanistan que dans n’importe quel pays au monde.”

euronews :

“Vous avez dit que l’un de vos objectifs en disputant ce combat, c‘était de défendre les droits des femmes. J’ai aussi vu sur Youtube que vous entraîniez des femmes boxeuses en Afghanistan. Est-ce que vous n’allez pas un peu plus vite que la société afghane ? Il faut rappeler que du temps des Talibans, les femmes n’avaient même pas le droit de travailler ou de sortir.”

Hamid Rahimi :

“En Allemagne, j’ai grandi avec ma sœur et ma mère. Depuis toujours, je les ai protégées comme un lion. J’ai tellement appris d’elles. Je vous assure que si elles n’avaient pas été à mes côtés, je n’aurais jamais pu y arriver ou faire autant de progrès dans la vie.
Je pense qu’on doit être aux côtés de nos soeurs et de nos mères. Il faut qu’elles aillent à l‘école, qu’elles puissent travailler côte à côte avec les hommes si on veut que notre patrie, l’Afghanistan, avance et progresse. C’est très important pour moi.”

euronews :

“Aujourd’hui, beaucoup de gens en Afghanistan vous comparent à Mohamed Ali, ils disent qu’il se préoccupait des peuples noirs et que vous aussi, les problèmes du peuple afghan vous préoccupent.
Pensez-vous qu’un jour, vous pourrez faire comme Mohamed Ali ?”

Hamid Rahimi :

“C’est vrai que Clay est une légende, il a beaucoup aidé les Africains, les Noirs. C’est mon idole, mon héros, mais moi, je suis Hamid et Clay, c’est Clay.
J’essaie de tout faire pour mon pays et je crois qu’on a la capacité d’y instaurer la paix. Il faut le vouloir, il faut la volonté. Et même si sur place, il y a des milliers de soldats, des milliers de membres des forces de l’ordre, ils n’ont pas la capacité d’instaurer la paix.
Alexandre le Grand, Gengis Khan, les Britanniques et même les Russes sont venus en Afghanistan ; aujourd’hui encore, plus de 52 pays sont présents sur place et qu’ont-ils fait ? Le peuple afghan est plus malheureux que jamais.
Je connais très bien Kaboul et les habitants de cette ville et quand je vois que la situation se dégrade par rapport à l‘époque des Talibans. Il n’y avait alors, pas autant d’enfants pauvres dans les rues comme on le voit aujourd’hui.
Par la suite, les étrangers sont arrivés et c’est vrai qu’ils ont un peu amélioré les choses : ils ont construit des écoles, par exemple. Mais avec les sommes qu’ils ont dépensées, ils auraient pu faire mieux.
Aujourd’hui, une petite minorité d’Afghans est devenue milliardaire et la grande majorité de la population reste très pauvre. Beaucoup d’enfants issus de familles populaires ne vont même pas à l‘école, ils sont devenus des mendiants et ils travaillent 24 heures sur 24. Et vous pensez que la situation s’est améliorée ? Vous appelez cela de l’aide ? Ces enfants n’ont même pas d’endroit pour dormir, ils se droguent, ils ont des dents cassées et ce sont ces enfants qui font exploser des bombes ou qui lancent des attaques suicide.”

euronews :

“Donc, vous pensez qu’il faut faire évoluer la culture et l’idéologie présentes en Afghanistan.”

Hamid Rahimi :

“Oui, c’est tout-à-fait cela. C’est à cela que je pense aujourd’hui quand je vois un peu partout dans le pays, et notamment à Kaboul, les photos des héros du peuple : ceux qui deviennent importants grâce à leur carrière militaire… Moi, je veux changer cela. Je veux que les sportifs prennent la place des militaires et des tireurs de l’armée.
Quand j‘étais jeune, Michael Jordan faisait partie de mes idoles. Partout, en Allemagne ou aux Etats-Unis, ce sont les photos des champions qui sont accrochés aux murs. Je veux qu’en Afghanistan, on fasse la même chose.
Que Ben Laden soit mort ou non, ses idées sont encore très présentes, apparemment. Il y a quatre ou cinq mois, un enfant de 11 ans a fait exploser une bombe à Paktia. Ben Laden est mort, mais ses idées et ses convictions restent bien présentes dans les esprits.
Il faut dire aux jeunes que ce n’est pas bien de commettre des attentats suicides, que c’est interdit dans le Coran et qu’ils doivent faire du sport s’ils veulent devenir des champions.
Faites-le bien pour parvenir à la paix ! Ne tuez personne ! Ne détruisez pas ! Si vous croyez en Dieu, laissez-Le décider pour les autres. Vous n‘êtes personne pour pouvoir décider s’il faut tuer tel ou tel parce que c’est un infidèle. Vous n‘êtes pas autorisés à faire cela !”

euronews :

“Vous êtes populaire et vous oeuvrez pour la paix en Afghanistan. Vos prises de position fâchent-elles les Talibans ? Vous ont-ils déjà menacé pour que vous arrêtiez vos projets ?”

Hamid Rahimi :

“Les Talibans ne sont pas les seuls ennemis de mon pays, de nombreux autres se sont opposés au projet de combat et voulaient qu’il échoue.
Les menaces et les obstacles sont innombrables en Afghanistan, mais ce sont ces menaces qui me stimulent et m’encouragent le plus, elles me permettent d’avancer dans mes projets. Si aujourd’hui, je renonce, la paix ne sera jamais rétablie en Afghanistan.
Le jour du combat, tous les Afghans – de l’enfant des rues au fils du président Hamid Karzaï en passant par des femmes qui n’avaient jamais vu un combat de boxe ou encore nos pères âgés et nos grands-pères -, ils ont tous prié pour moi.
Leurs prières me protègent. Du coup, je n’ai peur de rien, j’ai seulement peur de Dieu et je suis déterminé à faire avancer mon projet. J’ai vécu la guerre pendant neuf ans et je sais qu’en temps de guerre, tu as vraiment besoin d’aide. Sinon, tu es déçu.”

euronews :

“Votre préoccupation majeure semble être la politique et la situation du peuple afghan. Est-ce que vous n’envisagez pas un jour, de faire de la politique comme le fait le boxeur ukrainien Vitali Klitchko, champion du monde catégorie poids lourds ?”

Hamid Rahimi :

“Je ne veux pas faire de la politique en tant que telle, même si on me l’a proposé. En politique, il y a différentes factions, différents partis. Moi, je veux être aux côtés du peuple afghan, je ne veux pas simplement travailler pour un parti.
Le “combat pour la paix” que j’ai organisé est un projet “politique”, mais “politique” dans le sens d’une politique menée par un sportif, d’une politique qui cherche la paix pour son peuple, pas d’une politique qui veut tuer et s’imposer sans condition, pas d’une politique qui dit que la droite, c’est mieux que la gauche et que telle chose n’est pas autorisée.
Le soir du combat, tous les vendeurs ambulants, tous les petits commerçants avaient interrompu leur activité pour le regarder. C’est un honneur pour mon équipe et moi. On a pu organiser quelque chose pour tous les Afghans, on a pu les unir, faire en sorte qu’ils aient de nouveau, le sourire aux lèvres. C’est une source de satisfaction pour moi.”

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