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Les limites de la communication de l’armée israélienne

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Les limites de la communication de l’armée israélienne

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Dans son effort avoué de transparence et de communication tout azimut, l’armée israélienne a publié un communiqué de presse en anglais sur son blog pour dresser le bilan de l’opération “Pilier de défense” alors que le cessez-le-feu prend effet.

Sans effet de style manifestement triomphaliste l’IDF (Israel Defense Forces) se félicite tout de même de l’opération considérant avoir “rempli ses objectifs“. La rhétorique du communiqué de presse se veut factuelle. Mais, vocabulaire, tournures de phrase et chiffres font que le texte dresse un bilan finalement positif de l’opération.
Même la mobilisation de trop de soldats devient positive. Non, les soldats mobilisés qui n’ont pas eu à se battre, ne sont pas un déploiement de force inutile, “ils en ont profité pour s’entraîner et améliorer leurs capacités opérationnelles“.

Le communiqué donne, aussi, de nombreux chiffres, prêts à l’emploi, et effectivement repris par certains médias comme la chaîne NBC ou l’agence de presse Reuters. Chiffres dont il ont fait une infographie postée sur Twitter et donc facile à partager…

Ces chiffres, précis (421 roquettes interceptées par le bouclier anti-missile Iron Dome par exemple), étrangement équilibrés (1500 frappes israéliennes pour 1506 rockets palestiniennes), difficiles à vérifier pour certains, n’illustrent, évidemment, que le succès de l’armée et le point de vue israélien. Le communiqué indique donc le nombre de victimes israéliennes, 5 morts et 240 blessés, mais ne donne pas les victimes palestiniennes, environ 160 selon différentes sources. La transparence a ses limites.

Opération séduction de l’armée israélienne

Le vernis moderne qu’apporte l’utilisation des réseaux sociaux cache mal l’exercice de communication tout ce qu’il a de plus traditionnel, même si plus rare de la part d’une armée sur le pied de guerre : une communication verticale, à sens unique et auto-justificative, que renient certains comme l’écrivaine israélo-américaine Emily L. Hauser. Elle écrit, chez nos confrères du Daily Beast, avoir quitté Israël notamment en raison de “la réticence [d’Israël] à reconnaître la légitimité d’autres récits des faits, l’indifférence cavalière vis-à-vis des vies perdues sur la route [des] objectifs et l’insistance obstinée d’Israël a vouloir dire qu’elle aurait toujours raison“.

La stratégie de communication sur les réseaux sociaux de l’armée israélienne ressort d’autant plus comme étant à sens unique que son interlocuteur principal n’a pas autant de répondant. En effet, la voix palestinienne est dispersée sur internet.

Il existe finalement relativement peu de sites ou comptes officiels palestiniens. Ils sont peu mis à jour (un seul exemple, le Hamas a un compte YouTube mais la dernière vidéo date de 2011) et sont principalement en arabe, contrairement à l’IDF qui communique en anglais. Il n’existe pas de stratégie palestinienne centralisée de communication. Les Brigades Al Qassam, bras armé du Hamas, sont les plus actives sur Twitter. Comme l’a bien résumé Arrêt sur Image, elles ont répondu quasiment tweet pour tweet à l’IDF. En anglais. Contrairement au Hamas lui-même qui tweet en arabe et renvoie systématiquement vers son site, vers une communication aussi plus traditionnelle et plus lente.

Ce déséquilibre peut s’expliquer en partie par des raisons techniques comme le rappelle bien Deutsche Welle. Les coupures de courant sont monnaie courante, donc difficile de suivre le rythme de la diffusion en direct. L’équipement et les infrastructures sont moins développées, notamment à Gaza, qui fait face au blocus imposé par Israël depuis plusieurs années. La division politique entre Fatah et Hamas, ainsi que la division géographique entre Cisjordanie et Gaza, achève de partager la force humaine mobilisable sur internet, par rapport à Israël qui peut se permettre d’avoir une unité entière dédiée à la communication sur internet.

Du coup, c’est la société civile, militants, habitants, sympathisants, bloggers (Gaza Today ou Occupied Palestine ou Tweet Palestine par exemple) ou médias (Ramattan, Quds Net News Agency ou Aqsa Tv Channel) qui prennent le relais. Jusqu’aux hackers de Anonymous…