DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Syrie : bientôt le début de la fin ?


Insight

Syrie : bientôt le début de la fin ?

L’Armée libre de Syrie n’a jamais été aussi proche de la victoire. Même la Russie, soutien indéfectible de Bachar el-Assad, le reconnaît. Mikhail Bogdanov, envoyé spécial du Kremlin au Moyen-Orient, a déclaré que le régime était en train de “perdre de plus en plus le contrôle du pays”.

Sur le terrain, c’est une évidence. Ces dernières semaines, les combats se sont intensifiés. Les rebelles ont partiellement encerclé la capitale Damas.

L’armée syrienne s’appuie sur des avions et des helicoptères de combat pour bombarder les positions tenues par les rebelles.

Sur des images tournées par les rebelles, des roquettes sont lancées par l’armée régulière. L’OTAN et les Etats-Unis ont accusé le régime d’utiliser des missiles SCUD contre les insurgés. Damas a démenti.

Sur une autre vidéo, filmée par les rebelles dans la région de Damas, ce seraient des bombes incendiaires qui seraient utilisées par l’armée régulière dans des zones peuplées. Une information rapportée par l’ONG Human Rights Watch.

Il pourrait s’agir de bombes à sous-munitions de fabrication soviétique. Des explosifs qui peuvent contenir du napalm, du phosphore blanc ou du thermite. La Syrie n’a jamais signé les conventions internationales visant à bannir l’usage des armes de ce type.

Mais les rebelles aussi, ont du sang sur les mains. Dans une guerre civile, chaque camp commet des atrocités.

Un attentat à la voiture piégée a récemment tué seize personnes dont des enfants, à Qatana, à 25 kilomètres au sud-ouest de Damas. Si cette ville a été visée, c’est parce que de nombreux soldats y vivent, à proximité de leurs bases.

Le 12 décembre, un véhicule piégé et deux autres engins ont explosé devant le ministère de l’Intérieur à Damas. Dans un quartier proche de la ligne de front qui sépare en ce moment les rebelles des forces loyales à Bachar el-Assad.

La veille, la télévision d’Etat montrait le président. C’est l’une des dernières apparitions publiques de Bachar el-Assad. Il rencontre des éducateurs comme si de rien n‘était. Comme si son pays n‘était pas en guerre depuis vingt mois.
Bachar el-Assad n’a pas l’intention de quitter sa tour d’ivoire.

“Je ne suis pas une marionnette”, a déclaré le président à Russia Today. “Je n’ai pas été placé là par l’Occident ou qui que ce soit. Je suis syrien, je suis né en Syrie. Je vis en Syrie et je mourrai en Syrie”.

La guerre civile en Syrie a fait des milliers de morts. Impossible de savoir pour le moment son bilan exact après vingt mois de conflit. Impossible aussi de savoir aujourd’hui si c’est le début de la fin.

Paul McDowell :
Le conflit en Syrie se focalise désormais sur Damas et les combats qui s’y déroulent. Est-on en train d’assister à la dernière tentative de Bachar el-Assad ? Et si oui, comment cela pourrait-il se traduire dans la capitale ?

Nous rejoint ici Christiane Amanpour, journaliste d’ABC. Merci d‘être là.

Le président Assad a dit qu’il se battrait jusqu’au bout, pensez-vous qu’il va vraiment le faire, et que ce conflit va se terminer dans un bain de sang?

Christiane Amanpour :
Ecoutez, il n’y a rien qui indique qu’il va changer d’avis. Aucun appel à une transition, à un dialogue avec l’opposition, tout ce que la communauté internationale a demandé, et notamment une résolution politique, n’a été entendu.

Donc il semblerait bien qu’il va se battre jusqu’au bout, et tout le monde pense qu’il ne survivra pas, mais il n’y a rien pour l’instant qui annonce sa chute. De nombreux officiels avec qui j’ai parlé, notamment des responsables américains, pensent qu’il n’y a aucun signe d’effondrement prochain du régime, mais à terme c’est ce qui va arriver.

Paul McDowell :
Les puissances occidentales doivent-elles se tenir prêtes ? Comment devraient-elles agir politiquement, militairement ? Puisqu’il y a un risque potentiel de vacance du pouvoir.

Christiane Amanpour : Je pense que plus l’Occident et la communauté internationale attendront, et plus ce risque sera élevé. Il y a déjà une vacance du pouvoir et les groupes rebelles ont pris cette place, mais aussi et surtout les groupes djihadistes et vous avez vu que les Etats-Unis ont qualifié l’un d’entre eux, Al Nousra, d’organisation terroriste cette semaine.

En fait, puisqu’il n’y a pas d’intervention internationale, ces gens viennent et prennent les places vides. Ils sont disciplinés, ils ont une mission, ce sont des combattants professionnels et des Arabes venus de différentes parties de la région et ils sont en lien étroit avec Al Qaïda en Irak, en fait ils en font même partie.
Et ça, c’est très dangereux et c’est arrivé parce qu’il n’y a eu aucune autre intervention, ils sont venus pour renforcer les groupes rebelles. Alors comment cette situation va-t-elle évoluer une fois qu’Assad sera tombé ? C’est la grande question.

Paul McDowell :
Et quelles sont les risques pour la région ? Non pas seulement pour la Syrie et la tragédie que cela représente pour son peuple. Que peut-il se passer dans cette région?

Christiane Amanpour :
Le vrai problème, c’est que les Etats-Unis et l’Occident n’ont aucun lien dans ce jeu. En fait ils n’ont pas de réels contacts avec les gens qui combattent sur le terrain.
Maintenant nous allons voir ce qui se passe avec le nouveau Conseil syrien de l’opposition. Vous savez ils ont essayé de se réunir mais est-ce qu’ils peuvent vraiment avoir une influence sur ce qui se passe sur le terrain ? Pour moi c’est ce qui est le plus dangereux. Plus ce vide, cette vacance restera, moins les Etats-Unis et l’Occident auront d’influence, et plus les djihadistes, les salafistes et même les terroristes en auront en Syrie.

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

Insight

La supervision bancaire européenne : premier pas vers l'union bancaire