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Malala Yousafzai : l'adolescente qui a défié les talibans


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Malala Yousafzai : l'adolescente qui a défié les talibans

La rédaction d’euronews et les lecteurs d’euronews.com se rejoignent sur le nom de la personne de l’année. Il ne s’agit pas d’un président ni d’un Premier ministre ou d’un homme politique aux tempes grisonnantes. Il ne s’agit pas non plus d’un entrepreneur milliardaire ou d’un scientifique visionnaire. Il ne s’agit pas d’un sportif adulé ou d’un réalisateur ayant marqué une génération entière.
Non!

La personne de l’année est une adolescente pakistanaise. Elle s’est levée (presque) seule contre l’ennemi que l’armée américaine entière ne parvient pas à abattre : les talibans. Son combat pour l’éducation des filles a fait le tour du monde le jour où des extrémistes religieux ont tenté de l’assassiner alors qu’elle n’a que quinze ans. L’attentat s’est produit alors qu’elle se trouvait dans le bus qui la ramenait de l’école.

Malala Yousafzai a été choisie par plus de la moitié des journalistes d’euronews (52%) et par 26% des internautes d’euronews.com.

Le fait que Malala ait survécu à cette attaque ciblée est extraordinaire. Mais le fait qu’elle ait été visée par les talibans l’est beaucoup moins aux vues de la haine qu’ils vouent à quiconque ose défier la charia.
Encore plus si cette personne est pakistanaise ou afghane. Encore plus si cette personne est une fille.

Ainsi que le rappelle très justement un journaliste de Slate. “Elle n’est pas une activiste d’une ONG occidentale qui vient de débarquer dans la région pachtoune et distribue des manuels. Elle est beaucoup plus dangereuse ; une partisane du progrès et de l‘éducation vivante et du coin. Si des gens comme Malala se multipliaient, les talibans n’auraient plus d’avenir.”
Et ce d’autant plus que de nombreuses études montrent que l’éducation des filles participe à l’amélioration des conditions de vie des pays pauvres ou politiquement instables.

L’histoire de Malala a commencé il y a plus de trois ans, au début de l’année 2009. Alors âgée de 11 ans, elle tient sous pseudonyme un blog sur le site en langue ourdou de la BBC. Elle y relate sa vie d’écolière et défend l’éducation des filles alors que les talibans grandissent leur emprise sur la vallée de Swat où elle vit, alors qu’ils instaurent la charia et y ferment les écoles de filles. Son père, dont le militantisme doit aussi être reconnu, dirige l’une de ces dernières écoles de filles. Il a résisté aux injonctions de fermeture des talibans.

Rapidement, son identité est révélée alors que les médias internationaux commencent à s’intéresser à cette jeune pakistanaise, comme le New York Times qui lui consacre un documentaire de trente minutes. Sa défense des droits à l’éducation des filles et son jeune âge attirent l’attention de la communauté internationale. En 2011, elle est nominée au Prix International de la Paix des Enfants par Desmond Tutu et gagne le Prix National Jeunesse de la Paix du Pakistan, prix qui, depuis, porte son nom.

Mais à renommée grandissante, menaces grandissantes. Les menaces de mort à son encontre se multiplient.
Le 9 octobre 2012, deux hommes masqués arrêtent et montent dans le bus qui la ramène de l’école avec ses camarades. Ils demandent qui est Malala puis tirent trois coups dans sa direction. Une balle la touche à la tête. L’attaque est rapidement revendiquée par le mouvement des talibans du Pakistan (TTP) au motif qu’“elle faisait la promotion de la laïcité” et qu’elle “a la mentalité occidentale”. Alors qu’elle survit, les talibans réitèrent leurs menaces de mort à son encontre et celle de son père.

Malala a été transférée au Royaume-Uni dès le 15 octobre ou elle se remet doucement de ses blessures. Elle a reçu la visite du président pakistanais, Asif Ali Zardari qui a déclaré qu’elle “représente les forces de paix” dans son pays.

Les Nations unies ont fait du 10 novembre le Jour de Malala. Une campagne est en cours, soutenue par différents hommes politiques mais aussi plus de 270 000 signataires sur le site change.org, pour lui attribuer le prix Nobel de la paix 2013.

L’étoile de Malala brille si fort qu’elle plonge un peu dans l’ombre les autres militants et militantes des droits de l’homme, et de la femme en particulier, au Pakistan et les autres enfants victimes de la situation politique du pays.

En juillet, Farida Afridi, 25 ans, a été tuée par balles dans les rues de Peshawar par des hommes à moto . Elle avait fondé SAWERA (Society for Appraisal and Women Empowerment in Rural Areas), une ONG qui défend les femmes dans les zones rurales.
En décembre 2011, Zarteef Khan Afridi (sans liens familiaux avec Farida Afridi) de la Commission pakistanaise des droits de l’Homme (HRCP) est assassiné à Khyber près de Peshawar.
Enfin, dans la vallée de Swat, les talibans menacent une jeune militante de 17 ans, Hinna Khan, et sa famille. Son père explique “les talibans m’ont déjà kidnappé et torturé dans le passé pour avoir défendu la cause des femmes mais maintenant il menace toute ma famille”. Une croix rouge a été peinte sur la porte de leur maison. Le père a tenté de l’effacer mais elle a été repeinte immédiatement. Peu après l’attaque sur Malala, ils ont reçu des appels téléphoniques : “ta fille sera la prochaine ; nous avons déjà envoyé des gens à Islmabad pour la descendre”.

Malala vit mais son combat et celui de ses pair(e)s est loin d’être terminé.

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

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