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La Grèce souffle et souffre


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La Grèce souffle et souffre

Sous tutelle et lourdement taxés, c’est ainsi que les Grecs achèvent 2012, leur sixième année consécutive de récession. C’est le prix à payer en échange du déblocage par l’Union Européenne et le FMI des prêts gelés depuis le mois de juin. Une perfusion financière pour éviter, à nouveau, la faillite.

Les poches vides, les Grecs se tournent donc vers le marché de l’occasion pour leurs achats de Noël.

Et pourtant, le dernier sommet des 27, s’est conclut sur une lueur d’espoir et même sur un brin d’optimisme si l’on en croit le Premier ministre Grec, Antonis Samaras, content de refermer la page de “Grexit”, c’est-à-dire oublier la sortie de la Grèce de l’euro.

“Ca s’annonce bien pour le Grèce. Comme je vous l’ai déjà dit, la réussite de la Grèce sera aussi la réussite de l’Europe”, déclarait alors Antonis Samaras.

Le soulagement d’Antonis Samaras fait donc suite à la reprise des prêts accordés à Athènes par l’Union Européenne et le FMI pour un montant de 52,5 milliards d’euros, avec un premier versement cette semaine de 34,4 milliards d’euros.

Mais en contre-partie, la Grèce doit dégager 2,5 milliards d’euros de taxes fiscales en 2013-2014.

Pour y parvenir, l’impôt sur le revenu va donc être revu à la hausse. La classe moyenne sera la première a en pâtir.
Il ne restera plus que trois tranches d’imposition au lieu de huit, les taux d’imposition variant de 22% pour les foyers gagnant annuellement jusqu’a 25000 euros, à 42% maximum pour les ménages aux revenus dépassant 42 000 euros par an.

Quant aux entreprises, elles verront les taxes sur les bénéfices passer de 20% à 26%, mais le taux d’imposition sur les dividendes baissera de 25% à 10%.

La pression fiscale va donc s’intensifier pour les familles. Un couple avec trois enfants et 25000 euros de revenus paiera 830 euros de plus, portant son impôt annuel à 3.800 euros. De quoi laisser planer une certaine dose de scepticisme sur l’aide débloquée.

“Je crois que cela va nous aider, à court terme, mais pas à long terme. De grands changements, c’est ce dont notre pays a besoin pour se remettre sur pied”, estime l‘économiste grecque Anastasia Thoma.

Depuis 2008, le PIB grec a enregistré un recul estimé de 24%. Conséquence sur l’emploi : le taux de chômage est passé de 11% à 25% depuis 2010 et plus de 100 000 petites entreprises ont du baisser le rideau.
Athènes prévoit, cependant, une réduction de son déficit budgétaire autour de 6% du PIB cette année.

Le principal obstacle à la reprise reste donc la corruption. D’après l’ONG Transparency International, la Grèce est le plus mauvais élève des 27, elle est passée du 80ème rang mondial au 94ème, en un an seulement.

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Rencontre à présent avec George Pagoulatos, professeur d‘économie à l’Université d’Athènes.

GIANNISIS STAMATIS, EURONEWS :
Le nouveau système fiscal est-il équitable pour tous les contribuables grecs, ou une fois de plus les travailleurs et les employés des secteurs public et privé porteront-ils le plus gros du fardeau ?

GEORGE PAGOULATOS :
C’est un problème : en effet, les citoyens respectueux de la loi sont ceux qui portent le plus le fardeau de l’effort pour augmenter les recettes de l‘État. C’est à la fois contre-productif et socialement injuste. Il faut que l’Etat grec se concentre beaucoup plus sur les groupes de la population qui, systématiquement évitent de payer des impôts, non seulement les revenus élevés, mais aussi les petites et moyennes entreprises et les travailleurs indépendants.

GIANNISIS STAMATIS:

Malgré les efforts qui ont été faits, aucun gouvernement grec n’a, jusqu‘à présent, réussi à lutter contre l‘évasion fiscale ? Pourquoi ?

GEORGE PAGOULATOS:

Pour être juste, les efforts menés ces deux dernières années pour lutter contre l‘évasion fiscale sont les plus poussés et systématiques depuis des décennies. Cela prend du temps parce qu’il ne s’agit pas seulement de la réforme fiscale, mais de la nécessité de réorganiser l’administration fiscale, et plus encore, de changer le comportement d’une grande partie de la société grecque, qui n’a tout simplement pas l’habitude de payer des impôts.

Un autre problème, c’est la lenteur de la justice à traiter les procès pour évasion fiscale, mais je suis optimiste, les réformes qui sont mises en place vont bientôt porter leurs fruits, même si les résultats ne s’en font pas encore sentir.

GIANNISIS STAMATIS:

La décision de l’Eurogroupe d’accorder à la Grèce une tranche attendue depuis longtemps écarte-t-elle l‘éventualité d’une crise économique et politique dans un avenir proche ?

GEORGE PAGOULATOS:

Il y a plusieurs données nouvelles, l’une d’entre elles, c’est l’argent dégagé et la recapitalisation du système bancaire, ce qui permet aux banques de prêter de l’argent avec plus de facilité. Une autre chose rassurante, c’est l’engagement pris par les membres de la zone euro pour réduire le risque d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. Ce risque, je vous le rappelle, a eu un effet paralysant sur l’ensemble du processus économique de la Grèce en matière d’afflux de capitaux,
l‘épargne comme les investissements. C‘était une crainte disproportionnée néanmoins, car 75% de la société grecque est liée à l’euro. Maintenant que le danger s‘écarte, le pays peut entrer dans une phase de stabilité économique et attirer à nouveau les investisseurs étrangers.

GIANNISIS STAMATIS:

L’année 2013 sera la septième année consécutive de récession pour la Grèce. Y a-t-il des signes que d’ici la fin de l’année prochaine la Grèce retrouvera le chemin de la reprise économique ?

GEORGE PAGOULATOS:

Comme je l’ai dit, une chose, c’est qu’il y a, à nouveau, ce sentiment de stabilité dans l‘économie grecque. Deuxièmement, comme le danger d’une sortie de l’euro diminue – un paramètre que certaines personnes avaient pris en compte – le pays est désormais attractif pour les investisseurs potentiels, il a regagné une grande partie de sa compétitivité perdue. C’est un pays qui a à offrir de nombreuses perspectives économiques, liées à un vaste programme de vente d’actions détenues par des sociétés d’Etat.

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