DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

21 Décembre 2012 : prophète, dis-moi quelle est ta fin du monde ?


monde

21 Décembre 2012 : prophète, dis-moi quelle est ta fin du monde ?

A chaque prophète, à chaque civilisation sa fin du monde. Petit panorama de ceux qui ont prévu celle-ci en 2012, le 21 décembre… ou pas. Histoire de ne pas aborder ce jour sans savoir qui, de Nostradamus, les Mayas, le Web Bot ou encore la Sibylle de Cumes, avait peut-être, un peu, beaucoup ou pas du tout -entrevu la vérité.

Nostradamus : autant de versions que de lecteurs

Nostradamus n’a jamais annoncé clairement la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Seules des interprétations de ses propos entretiennent la confusion. La dernière en date vient de cet « étudiant » qui prétend que le Gangnam Style, cette vidéo la plus vue de l’histoire de YouTube, annonce la fin du monde telle que prédite par Nostradamus, en reprenant ces vers du prétendu prophète : « Du matin calme la fin viendra, une fois le nombre de cercles alignés à neuf sera, le cheval qui dansera ». Vous ne saisissez pas le rapport ? Il est pourtant clair :

Matin calme : Corée
Cheval qui danse : chorégraphie du Gangnam Style
Neuf cercles alignés : les neuf « 0 » du milliard de vues sur YouTube.

Ceci illustré par un photomontage populaire sur Imgur

Imparable. A ceci près qu’on ne trouve trace nulle part de ces vers, et pour cause : ils n’existent pas ! C’est un vidéaste blogueur, Simon Gosselin, qui affirme avoir tout inventé dans un article du Point paru le 20 décembre 2012 : “C‘était il y a trois semaines, j‘étais avec un ami quand la vidéo de Psy est devenue la plus populaire au monde. On s’est dit que c‘était le signe que la fin du monde approchait et on a inventé la prophétie” ! Psy, chevalier de l’Apocalypse ? Non, juste un gros canular.

Il existe par ailleurs autant d’interprétations des prophéties de Nostradamus qu’il existe de spécialistes de cet apothicaire du seizième siècle. D’après Jean-Charles de Fontbrune, spécialiste de Nostradamus et auteur de « Nostradamus l’avait prédit », le prédicateur prévoit la paix universelle dans le monde pour 2025. Admettons. Mais si la fin du monde est prévue pour 2012, comment la paix universelle peut-elle intervenir treize ans après ?


D’autres soutiennent qu’un livre « découvert » en 1994 et attribué à Nostradamus annonce la fin du monde. Certains experts croient en effet y voir une série de sept images particulières, dans ce livre qui en contient près de 80, qui montrent «une chronologie de la crise qui surviendra en 2012». Sur l’une de ces images, on peut voir trois croissants de lune disposés en triangle. Un des «experts» s‘étonne du fait qu’il y aura justement trois «éclipses» en 2012: une éclipse du Soleil par la Lune, le transit de Vénus, l‘«éclipse» du centre de la Voie lactée.
Imparable, on vous dit. Que les sceptiques ne viennent pas se plaindre. D’une parce que Nostradamus les avait prévenus, de deux parce que de toute façon, il n’y aura plus personne pour les entendre.

Les Mayas : La fin d’un cycle, pas la fin du monde

Le calendrier Maya s’arrête le 21 décembre 2012. C’est de ce constat que partent toutes les spéculations autour d’une prétendue fin du monde. Pourtant, cette affirmation est fausse . Le calendrier Maya est fondé sur la notion de cycles successifs et récurrents. Parmi ces cycles, les « baktun ». Ils durent 144 000 jours, soit un peu plus de 394 ans. Le 21 décembre 2012 marque la fin du treizième « baktun » dans le calendrier Maya. Certainement pas la fin du monde. Si le treizième s’achève à la fin de l’année, on peut en déduire qu’auparavant, douze autres se sont achevés sans que notre monde s’écroule. La fin du douzième « baktun » aurait d’ailleurs été l’occasion de nombreuses célébrations. Le 21 décembre 2012 marque donc, dans le calendrier Maya, tout autant la fin du treizième « baktun » que le début du quatorzième. Des inscriptions mayas mentionnent d’ailleurs occasionnellement des événements ou des commémorations qui auront lieu bien après la fin du 13e baktun.


Le calendrier Maya présenté dans le cadre d’une exposition au musée d’anthropologie de Mexico

Déjà en 2010, Jose Huchim, archéologue de l’Institut national d’Anthropologie et d’Histoire (Inah) de Mexico et lui-même Maya, rectifiait auprès de l’AFP : «Dans la manière de penser des Mayas, c’est seulement une période cyclique qui prend fin, et ils n’ont jamais envisagé cela comme une date catastrophique. On donne une autre signification à la vision que nous, Mayas, avons de cette transition».

Le Web Bot : Le logiciel qui prédit la fin du monde

Un logiciel qui voit le futur. C’est ainsi qu’est présenté l’énigmatique « Web Bot ». Évidemment, dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça. Mais qu’importe, puisque, dit-on, le Web Bot a prédit la fin du monde pour le 21 décembre. Alors, hasard ou coïncidence ?

Ni l’un ni l’autre en fait. Le Web Bot a été développé dans les années 1990 pour prévoir les mouvements des marchés boursiers, à partir d’une technologie similaire à celle qu’utilisent les moteurs de recherche vous permettant d’atterrir sur le site d’euronews, ou, qui sait, sur d’autres sites parfois. Mais quand bien même le Web Bot permet d’anticiper les mouvements boursiers, peut-il pour autant lire l’avenir ?

Oui, répondent sans hésiter certains de ses défenseurs. Georges Ure, à l’origine du projet, déclare que le Web Bot avait prédit « un événement capable de changer le monde dans les deux à trois mois suivants juin 2001 ». Cela reste très vague, mais suffit à certains pour conclure que le Web Bot avait prédit les événements du 11 septembre 2001. De là à prévoir les catastrophes naturelles ? Oui, répondent encore certains. Le logiciel aurait prévu le séisme qui a enclenché le tsunami en 2004 et l’ouragan Katrina.

C’est oublier que si ses défenseurs se félicitent du fait que le robot a prédit ces deux événements, c’est sans doute parce qu’il n’a pas prévu tous les autres. Et puis, en partant de ces deux prédictions, comment en conclure que le Web Bot a raison de prévoir la fin du monde pour le 21 décembre ? On ne peut tout simplement pas. Les critiques sont formelles, il n’est pas plus habilité à prédire une catastrophe naturelle que ne le serait un moteur de recherche auquel on peut faire dire ce qu’on veut. Et précisément, nombreuses sont les recherches sur l’apocalypse qui nous attend, ce qui influence le robot.

Le robot qui lit l’avenir est donc pour le moment toujours rangé dans le garage des fantasmes de l’être humain, à côté de la machine à remonter le temps et de l’engin à téléportation.


Le I Ching : Dialoguez avec un livre

Le I Ching, ou « Livre des mutations » est un très ancien livre chinois vieux de plusieurs millénaires. Il s’agit d’une méthode de prédiction de l’avenir. On pose une question au livre, et le livre nous répond. L’histoire ne dit pas ce que le livre répond à la question « Peut-on sérieusement penser avoir une conversation avec un livre ? ». Après avoir posé votre question, vous lancez trois pièces. Vous tracez une ligne continue ou pointillée selon le nombre de piles ou de faces apparues et vous répétez l’opération six fois. Vous obtiendrez alors l’une des 64 combinaisons possibles, correspondant à des réponses écrites dans le livre.

C’est là qu’intervient Terence McKenna, écrivain et philosophe américain décédé en 2000. En représentant les six lignes et les 64 combinaisons possibles sur un graphique, McKenna les a comparées avec la chronologie de l’Histoire de l’Humanité. Les 64 hexagrammes se répéteraient ainsi 64 fois au cours de l’Histoire. Les pics et les creux du graphique découlant de sa lecture du livre, correspondraient à des dates importantes, comme la chute de l’Empire Romain, la découverte de l’Amérique, ou les première et deuxième guerres mondiales. Un tableau qui prendrait fin… le 21 décembre 2012.

Edifiant. McKenna ne s’est pas intéressé à cet ouvrage par hasard. Il aurait entendu une voix lui suggérer de s’intéresser au I Ching, lui qui vantait les effets de certaines drogues améliorant l’acuité visuelle. Et il a par ailleurs fait l’objet d’un mandat Interpol pour trafic de drogue. Moins édifiant, tout d’un coup.

Dans la Bible : L’apocalypse selon Jean

Les prophéties sont nombreuses dans la Bible. Jérémie, le prophète, avait prédit que Jerusalem serait conquise par Babylone. Jésus avait annoncé la destruction de Jerusalem par les Romains. Le livre de l’apocalypse, comme son nom l’indique, n’augure rien de joyeux. Il aurait été écrit par Jean de Patmos et parle de la fin du monde au cours d’une bataille ultime entre le bien et le mal. Il y est question de créatures volantes, d’étoiles qui tombent du ciel, de chars, de chevaux qui crachent du feu, et de conséquence désastreuses : la disparition d’un quart de la population à cause d’une grande famine, et l’accession au pouvoir d’un leader démoniaque : l’AntéChrist.

Mais selon de nombreux spécialistes de la question, Jean n’aurait pas prédit l’apocalypse pour notre siècle mais la voyait comme imminente. Le nombre 666 par exemple y est désigné comme le chiffre du mal. Il pourrait correspondre à Neron, empereur contemporain de Jean de Patmos qui a persécuté les Chrétiens. Et Néron n’est plus vivant. Ouf.

La Sibylle de Cumes et son hallucinante prophétie


Les sibylles sont des femmes Oracle qui auraient reçu d’Apollon le don de la prophétie. La plus célèbre d’entre elle est la Sibylle de Cumes. Attention, cette femme est à prendre au sérieux : on compte parmi ses exploits la prédiction de la naissance de Jésus-Christ, de l’invasion de l’Italie par Hannibal ou encore l’arrivée au pouvoir de l’empereur Constantin.

La Sibylle de Cumes vivait dans une caverne près de Naples au VIème siècle avant Jésus-Christ. Selon elle, le monde dure neuf cycles de 800 ans pour s’achever peu après l’an 2000 après J.-C. Sa prophétie se trouve dans le livre quatre des Oracles sibyllins, et elle est formelle : « Au cours de la dixième génération, le monde sera secoué par un violent tremblement de terre qui enverra plusieurs villes à la mer. La guerre éclatera, le feu embrasera les cieux et plusieurs villes seront ravagées par les flammes. Les cendres envahiront le ciel. Le peuple connaîtra la colère des Dieux ».

Effrayant. Ou presque. Une découverte récente laisse penser que son inspiration ne venait pas des Dieux mais plutôt d’une substance gazeuse, qui la mettait en transe. Ce serait donc sous l’effet d’un gaz hallucinogène que la Sibylle de Cumes aurait écrit quelque chose qui fait trembler la terre entière quelque 2600 ans plus tard.

A la lecture de tous ces éléments, il est peu probable que le vendredi 21 décembre 2012 soit un jour différent des autres. Ne soyez pas trop déçus, la fin du monde finira bien par arriver un jour. En attendant, il vous reste toujours la possibilité de prendre congé ce jour-là et de vous lancer dans la lecture d’un bon livre de science fiction.

A lire aussi
La fin du monde à travers les âges
Fin du Monde : les autorités s’en mêlent

Et en attendant le 21 décembre, voici un petit historique des différentes prophéties à travers les âges.

Prochain article

monde

François Hollande et le "système injuste et brutal de la colonisation"