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L'opposant égyptien Hamdine Sabahy: " le régime n'est pas l'enfant de la révolution du 25 janvier"


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L'opposant égyptien Hamdine Sabahy: " le régime n'est pas l'enfant de la révolution du 25 janvier"

En Egypte, l’adoption de la constitution à l’issue du référendum de décembre continue d’attiser les tensions. Alors que sont prévues des législatives en mars, l’opposition dénonce l’islamisation de la législation, et une atteinte aux libertés.

Avec nous pour en parler, l’ancien candidat à la présidentielle et l’un des plus éminents dirigeants de l’opposition égyptienne, Hamdine Sabahy.

“Euronews:
M. Sabahy, bonjour. Que pensez-vous des résultats du référendum?

Hamdine Sabahy:

Cette constitution n’a pas réussi à rassembler les Egyptiens, elle a été acceptée certes, par plus de 63% des votants, mais le taux de participation a été très faible : à peine 30%. Cela montre qu’il s’agit plus d’une constitution de division que d’une Constitution de rassemblement de la nation autour d’un projet commun national.

Euronews:

Mais n’est-ce pas le fait d’une démocratie, que d’accepter le résultat des urnes?

Hamdine Sabahy:

Oui, c’est cela la démocratie, et nous respectons les résultats, mais à une condition essentielle, à savoir l’intégrité des élections. La démocratie, ce n’est pas seulement un moyen d’accéder au pouvoir, c’est une façon de pratiquer ce pouvoir.

Il semble que le pouvoir en Egypte a été atteint par la voie démocratique, mais celui qui a accédé au pouvoir veut maintenant déplacer l’estrade qui l’y a amené, la jeter aux oubliettes, et contrôler lui même le pouvoir.

Euronews:

Faut-il comprendre que les Frères musulmans ont influencé les résultats du référendum?

Hamdine Sabahy:

Oui, du fait même de cette constitution qui a été supervisée par le gouvernement des Frères musulmans. Elle est pleine de défauts, de défaillances et de violations qui remettent en question l’intégrité de ce référendum.

Euronews:

Pouvez-vous nous citer des articles de la constitution qui opposent l’opposition et la présidence?

Hamdine Sabahy:

Cette constitution est une atteinte aux droits fondamentaux, spécialement la liberté d’expression,
d’opinion, d’initiative, car elle stipule que toutes les libertés mentionnées doivent être pratiquées
dans le respect des “règles élèmentaires” de l‘État et la société. La question qui se pose, c’est la mauvaise interprètation de la charia islamique et de son utilisation au détriment de la liberté. Actuellement, ces gens qui ont la majorité, abusent de l’islam et de la charia. Ils la voient comme un outil restrictif, contrairement à nous. Ces gens qui utilisent la loi islamique comme un moyen de contrôle des libertés, de discrimination et de haine, ces gens-là sont sur la ligne de front de la vie politique. Ils peuvent utiliser ces articles de la constitution dans un mauvais sens au détriment de l’islam, de la charia, des libertés, et du peuple égyptien.

Euronews:

Vous avez parlé d‘élan populaire pour contrer le projet de nouvelle constitution de l’Egypte, mais le taux de participation on le disait n’a pas dépassé les trente%. Comment expliquez-vous cela?

Hamdine Sabahy:

Je vais vous dire, le peuple égyptien vit aujourd’hui une crise plus profonde : comment se nourrir, se loger… Beaucoup d‘Égyptiens pensent que ces controverses dans le débat politique se font au détriment des conditions de vie, de l’emploi, du développement, et c’est certainement vrai… Et c’est pourquoi ils hésitent à participer à ce qu’ils considèrent comme un obstacle à la stabilité qui est nécessaire pour le redressement de l‘économie ou à une meilleure vie sociale.

Euronews:

Hamdine Sabahy, vos adversaires politiques disent que vous n’avez pas su remporter les élections, et que vous êtes avide d’accéder au pouvoir en Egypte, que répondez-vous à cela?

Hamdine Sabahy:

Je ne suis avide d’accéder à aucun pouvoir. Me présenter aux élections, ce n‘était pas par désir personnel, et je n’ai aucune intention de me représenter à l’avenir, sauf si le Mouvement national égyptien estimait que ma candidature sert l’intérêt national, dans ce cas seulement, je me représenterais.

De toute façon, je ne crois pas ce qu’obtenir le pouvoir, ce soit un acquis personnel. Si une décision est prise au niveau collectif, je l’accepterai, mais ce ne sera pas une décision individuelle.

Euronews:
Les affrontements devant Ethadia, le palais présidentiel, ont fait une majorité de victimes
parmi les Frères musulmans, n’est-ce pas?

Hamdine Sabahy:

Ce n’est pas vrai, c’est une information fausse…

Euronews:

C’est ce que disent les Frères musulmans …

Hamdine Sabahi:

Cette affirmation est erronée et ils n’ont pas pu le prouver.

Euronews:

Les coups de feu tirés pendant les émeutes l’ont-ils été par les milices armées des Frères musulmans, comme le prétend l’opposition?

Hamdine Sabahy:

Il s’agissait d’un mouvement pacifique jusqu‘à ce que les Frères musulmans viennent avec leurs groupes organisés. Je ne parle pas de milices. Et je pense que les Frères musulmans n’ont pas de milices, mais c’est un de leurs groupes armés qui a suscité les violences à Ethadia. Nous accusons les Frères musulmans, une accusation claire, catégorique, d’avoir été la principale cause des violences qui ont eu lieu devant Ethadia. Nous attendons les conclusions définitives du Ministère public.

Pour l’instant, les enquêtes ont prouvé que les affirmations du président dans son discours sur “une conspiration” étaient erronées. Elles permettront de démontrer, comme nous le pensons, la responsabilité des Frères et plus spécialement du Bureau d’orientation, sa plus haute instance, dans l’incitation des jeunes à utiliser la violence devant le Palais présidentiel.

Euronews:

Il y a ce sentiment chez certains piliers de la révolution égyptienne selon lequel il eut mieux valu qu’Hamdine Sabahy incarne l’opposition lui-même, plutôt qu’il s’allie à des gens considérés comme liés à l’ancien régime, que répondez-vous à celà?

Hamdine Sabahy:

C’est vrai, je fais l’objet de critiques au sein de la coalition d’opposition, le Front du salut national, à propos d’Amr Moussa et de Sayd El Badawy. Mais nous n’avons pas coopéré et ne coopérerons jamais
avec ceux qui ont le sang du peuple égyptien et des martyrs de la révolution sur les mains, ni avec ceux qui ne s’intéressent qu‘à l’argent du peuple égyptien, et vivent de la corruption.

Nous travaillons avec ceux qui, à un certain moment, dans le passé, faisaient partie de l’ancien régime. M. Amr Moussa n’a pas souillé ses mains dans le sang des révolutionnaires, Sayd el Badawy peut être critiqué, mais son parti Wafd fait partie intégrante du paysage politique égyptien, de la mémoire de ce pays et de son avenir. Que ces deux noms rejoignent le nouveau mouvement, je trouve cela tout à fait défendable.

Euronews:

Ce que je retiens de ce que vous dites, c’est que vous êtes passés d’une révolution à un régime dictatorial, c’est cela?

Hamdine Sabahy:

Le régime actuel n’est pas un régime démocratique, et il n’est pas l’enfant de la révolution du 25 janvier. Il ne répond pas à l’ambition des Egyptiens d’avoir un pays démocratique, de pouvoir participer aux prises de décision, d’avoir une justice sociale… “

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