DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Austérité en Europe : la remise en cause gagne du terrain

Vous lisez:

Austérité en Europe : la remise en cause gagne du terrain

Taille du texte Aa Aa

Alors que le chômage dans la zone euro atteint pratiquement 12%, des pontes du Fond Monétaire International viennent de reconnaître une erreur de leur part sur un mécanisme au cœur des politiques d’austérité en place en Europe.

Olivier Blanchard et Daniel Leigh, respectivement chef économiste et économiste au FMI, ont admis dans un article de recherche publié récemment une sous-estimation des effets du multiplicateur fiscal en cas d’austérité. D’après le rapport publié la semaine dernière, « les prévisions ont sous-estimé de façon significative l’augmentation du chômage et la baisse de la demande domestique associé à une consolidation fiscale ».

Le FMI avait initialement calculé que le multiplicateur fiscal, coefficient mathématique prévoyant l’impact sur la croissance des réformes budgétaires, était proche de 0.5. Un tel chiffre signifie que pour 100€ de coupe budgétaire, la croissance nationale est amputée de 50€.

Après révision, Blanchard et Leigh ont annoncé que le multiplicateur était en réalité situé aux alentours de 1.6, un taux beaucoup plus dévastateur pour la croissance des pays affectés par l’austérité comme Grèce et l’Espagne.

Les deux économistes n’en déduisent pas pour autant que l’austérité soit toujours une mauvaise idée mais simplement un outil à la disposition des Etats pour réduire leur dette. Même si Blanchard et Leigh s’expriment dans l’étude à titres personnels, un tel revirement au sein du FMI aura forcément des conséquences sur les futures prédictions et recommandations, note le Washington Post.

Ailleurs aussi d’autres voix, toutes aussi inattendues, remettent en cause l’austérité et vont même plus loin. Le 8 janvier, c’est un think tank allemand économique de référence, l’Institut für Makroökonomie und Konjunkturforschung (IMK ou Institut de politique macro-économique) qui a apporté de l’eau au moulin anti-austérité.

Dans un rapport, l’IMK confirme la faible croissance allemande, 0.8%, en 2013 et se positionne en faveur d’un abandon des politiques d’austérité pour relancer la croissance de l’eurozone. L’une des clés de la reprise selon l’IMK serait une augmentation des salaires.

« Pour des raisons de stabilité européenne et allemande, il devrait y avoir des augmentations de salaires en Allemagne d’environ 4% voire plus » a expliqué Gustav Horn, directeur de l’IMK, au cours d’une conférence de presse à Berlin. Selon lui, ces augmentations relanceraient la croissance allemande ainsi que ses importations, ce qui impacterait positivement ses partenaires commerciaux, notamment les membres de l’eurozone.

En octobre dernier, l’IMK avait déjà prévenu dans un rapport qu’« une austérité fiscale continue (…) risque de poursuivre la détérioration d’indices économiques qui ne pourront atteindre les prévisions de croissance actuelle ». Une litote pour décrire l’impact dramatique de l’austérité sur la croissance des pays concernés.

A ces derniers, risque de s’ajouter prochainement l’Allemagne, pourtant souvent désignée comme la bonne élève de la zone euro. Le Spiegel Online dévoilait fin décembre le plan secret des experts économistes qui entourent le ministre des Finances Wolfgang Schäuble. Ils indiquent que des mesures d’austérité vont être nécessaires dès l’investiture du prochain gouvernement à l’automne 2013, et ce, quelque soit sa couleur politique. Sont prévus coupes budgétaires dans les programmes sociaux et de santé, augmentation de la TVA, de l’impôt sur le revenu, allongement de l’âge de la retraite, etc. Un plan si vaste qu’il est qualifié de « plus important programme d’austérité en Allemagne depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ».