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Traité de l'Elysée ou 50 ans du couple franco-allemand

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Traité de l'Elysée ou 50 ans du couple franco-allemand

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Le couple franco-allemand célèbre cette semaine un demi-siècle de coopération débuté le 22 janvier 1963 avec la signature du Traité de l’Elysée.

Alors que les chefs d’Etat Angela Merkel et François Hollande s’apprêtent à publier une « déclaration du cinquantenaire » devant réaffirmer la volonté des deux pays à poursuivre cette coopération unique, un rappel de principales clauses du célèbre texte s’impose.

Le contenu du traité : tout un programme…

Signé par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer, ce traité à la fois historique et symbolique concernait principalement trois domaines : les affaires étrangères, la défense, l’éducation et la jeunesse. Sur le plan politique, il a établi un programme d’actions dont l’objectif était de soutenir la coopération entre les deux pays dans de nombreux domaines.

En ce qui concerne le premier point, les affaires étrangères, les deux signataires s’engageaient à se consulter « avant toute décision, sur toutes les questions importantes de politique étrangère (…) en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue ». Le même point du traité stipulait également leur volonté de coopérer dans le domaine de l’aide aux pays en voie de développement. Il prévoyait également le renforcement de la coopération dans les différents secteurs de l’économie.

Sur le deuxième thème, la défense, les deux amis déclaraient vouloir «rapprocher leurs doctrines en vue d’aboutir à des conceptions communes» ainsi qu’«organiser un travail en commun dès le stade de l’élaboration des projets d’armement».

Les jeunesses allemande et française ont fait l’objet d’une intention particulière, l’accent ayant été mis sur l’apprentissage des langues et sur l’équivalence des diplômes. Le troisième volet du traité, intitulé «Education et jeunesse» annonçait notamment la fondation de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ). Son but : faciliter des échanges réguliers entre les jeunes des deux pays. Ce point du célèbre accord a également mis en place une coopération en matière de recherche scientifique.

La véritable portée du traité

Le traité de l’Elysée a donné avant tout une base formelle et concrète à cette nouvelle amitié franco-allemande, née après une longue période de conflit, et a marqué le début de réconciliation des « ennemis héréditaires ». A l’époque de sa signature, il avait l’atout de compléter une coopération économique déjà existante (grâce aux traités de la CECA (1951) et de Rome (1957)) par un volet politique et culturel.

En réalité, le texte a eu une portée politique toute relative. Ses détracteurs l’ont même qualifié de «lettre morte». Conçu par ses signataires comme l’une des premières affirmations de l’indépendance de l’Europe réunie, la portée politique du texte a été affaiblie par la réaffirmation de l’attachement indéfectible de l’Allemagne fédérale à l’Alliance atlantique, insérée dans le préambule au traité avant sa ratification par les assemblés parlementaires des deux pays.

Les retombées les plus probantes du traité ont essentiellement été culturelles. Elles concernent avant tout le domaine du rapprochement de la jeunesse française et allemande (création de l’OFAJ). Ce rapprochement a permis de créer une base sur laquelle la coopération culturelle franco-allemande a pris une dimension européenne. La création de la chaîne Arte (en 1992) et de l’université franco-allemande (en 1997) reste une des conséquences les plus tangibles et efficaces du traité.

De manière générale, le traité de l’Elysée a donné des impulsions décisives à la construction européenne. En raison du poids des deux pays dans l’Europe, d’un passé commun douloureux et malgré les différences culturelles, il a permis au couple franco-allemand de devenir le moteur de la machine européenne. Cela a été possible grâce aux multiples et régulières consultations des dirigeants prévues dans le premier point du traité, intitulé « Organisation ». Elles ont réussi à créer un lien personnel entre les chefs d’Etat, jouant ainsi un rôle décisif dans la consolidation de l’amitié franco-allemande.

Cinquante ans plus tard, la mise en application de l’intégralité des termes du Traité de l’Elysée n’est pas encore totalement effective. Le couple Hollande-Merkel sera-t-il capable de poursuivre l’ouvrage de ses prédécesseurs, voire d’insuffler une nouvelle dynamique à cette relation si particulière, primordiale pour l’Europe ?