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Un clone de Pierrafeu ?

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Un clone de Pierrafeu ?

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Demain, on pourrait peut-être croiser des hommes préhistoriques, non pas au musée, mais dans la rue. Cloner les hommes des cavernes grâce à leur ADN ? En théorie, ce serait possible. En particulier pour les hommes de Néandertal.

“Les hommes de Néandertal sont nos relatifs les plus proches”, note Rob Desalle du musée d’histoire naturelle de New York. “C’est une espèce qui a vécu en Europe pendant très longtemps. Ils sont apparus il y a 200 000 ans et ils ont disparus il y a 25 000 ans”.

Le généticien américain George Church a donné une interview au journal allemand Der Spiegel. Une interview mal traduite en anglais qui a créé un véritable emballement médiatique.

Certains journaux peu scrupuleux et adeptes du copier-coller ont cru que ce chercheur de Harvard était à la recherche d’une mère porteuse pour mener à bien un projet de recréation génétique de l’homme de Néandertal.

Ce spécialiste de la biologie synthétique remet les pendules à l’heure. Pas question de cloner les Pierrafeu. Il n’a fait qu‘établir une simple théorie : récupérer de l’ADN sur des os fossilisés, l’intégrer dans une cellule souche humaine et cloner ensuite le résultat.

“Il est plus que théoriquement possible de prélever de l’ADN sur un vieux squelette dans un musée, de l’intégrer dans une cellule-souche et de voir cette cellule souche dotée de nouvelles propriétés”, explique George Church. “Une vieille information serait ainsi transformée en nouvelle, de manière synthétisée.
Cela peut se faire avec presque toutes les espèces disparues dont on peut récupérer l’ADN”.

Mais tout ceci reste une théorie. Et de toutes façons, George Church y serait opposé. Ce que le professeur veut montrer, c’est que la technologie permet aujourd’hui d’envisager des choses qui autrefois étaient improbables.

“La génétique est un domaine où la technologie est allé très loin”, s’enthousiasme George Church. “Au point qu’une personne lambda dans la rue ne réalise pas que l’on peut prélever une cellule sur la peau d’une souris et en faire une cellule qui peut remplacer n’importe quelle cellule du corps de cette souris. A partir de cette simple cellule de peau de souris, on peut créer un souris dans le cadre d’un processus normal d’embryogenèse”.

Et récupérer de l’ADN de Néandertal, c’est aussi facile que pour une souris. Il suffit d’avoir un os fossilisé bien conservé. Au musée d’histoire naturelle de New York, les visiteurs peuvent voir cet ADN, simplement présenté dans des éprouvettes.

“Dans beaucoup de cas, nous pouvons prélever de l’ADN sur des fossiles”, explique Rob Desalle. “Mais ces fossiles doivent être assez récents. Dans le cas de l’homme de Néandertal, nous avons des fossiles récents qui ont 30 ou 40 000 ans. De l’ADN existe dans ces fossiles et il peut-être prélevé dans l’os”.

En théorie, cloner un homme préhistorique semble donc possible. Cependant à quoi cela pourrait-il bien servir ? Un homme de Néanderthal qui se baladerait dans la rue en 2013 ? Et la bioéthique dans tout ça ?

“Je pense qu’il est aussi probable de voir un jour le clone d’un homme de Néandertal que de voir un jour un tyrannosaure dans Central Park”, plaisante Rob Desalle. “A cause des questions éthiques que cela poserait. Ces questions éthiques stopperaient net toute expérimentation si quelqu’un voulait produire un embryon de Néandertal. Mais d’un point de vue technologique, on arrive à un point où cela pourrait devenir possible”.

Une équipe de l’Institut Max-Planck de Leipzig en Allemagne aura bientôt terminé le séquençage complet de l’ADN de l’homme de Néandertal. Pour le comparer au nôtre, pas pour faire du clonage.

Il y a fort à parier que notre lointain cousin reste donc dans les musées.