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Le ministre iranien Ali Akbar Salehi: "l'arme nucléaire est contraire à notre foi"


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Le ministre iranien Ali Akbar Salehi: "l'arme nucléaire est contraire à notre foi"

Syrie, Israël, programme nucléaire… Le ministre iranien des affaires étrangères Ali Akbar Salehi a évoqué ces dossiers sensibles pour euronews, en marge d’une conférence sur la sécurité ce dimanche 3 février en Allemagne.

James Franey, euronews :
“L’Iran et la Syrie indiquent qu’ils vont répondre à la frappe aérienne israélienne contre un dépôt d’armes en Syrie. Est-ce vrai ?”

Ali Akbar Salehi, ministre iranien des affaires étrangères :
“Je n’ai entendu personne déclarer que nous allions répondre, mais nous avons dit que ce qu’Israël a fait était un problème sérieux. Cette frappe aérienne est en quelque sorte, une intervention, une souffrance infligée à un autre pays, à un autre peuple. Ce qui va à l’encontre des traités internationaux et des conventions des Nations unies.
Donc l’acte commis par Israël enfreint le droit international et il se peut qu’il ait des conséquences graves.”

euronews :
“Lesquelles ?”

Ali Akbar Salehi :
“Quand je dis des conséquences graves, c’est le fait que la Syrie se trouve dans une région très sensible et que si cette crise s‘étend à d’autres pays, on devra faire face à un brasier immense qui brûlera tout sur son passage, comme le dit une expression dans ma langue : du plus humide au plus sec. Cela veut dire que tout sera réduit en cendres lors de l’extension de la crise en Syrie aux pays voisins.”

euronews :
“Qui mettrait le feu ?”

Ali Akbar Salehi:
“Donc, avec ce genre d’actions que mène le régime sioniste…”

euronews :
“Les Israéliens ont nié. Pour rétablir l‘équité, il faut rappeler qu’ils ont nié avoir mené cette frappe.”

Ali Akbar Salehi:
“Ils ont nié ? Non, ils ont admis avoir procédé à une frappe aérienne.”

euronews :
“Ce n’est pas ce que m’ont dit les officiels dans les allées de la conférence.”

Ali Akbar Salehi :
“Nous nous basons sur les informations dont nous fait part le gouvernement syrien et sur les renseignements qui nous parviennent. Même les Nations unies ont réagi par la voix de son Secrétaire général. Comment se fait-il que le Secrétaire général de l’ONU s’exprime sur le sujet si cela ne s’est pas produit ?”

euronews :
“Concernant la Syrie, si Bachar el-Assad est renversé comme beaucoup l’espèrent et l’attendent parmi les Occidentaux, que se passera-t-il d’après vous ?”

Ali Akbar Salehi :
“Il est certain que cela créera un vide et s’il y a un vide dans le pays, la Syrie verra son intégrité remise en cause et nous ne sommes pas sûrs qu’elle puisse la conserver.
Ce sera une source d’instabilité dans la région et cette source d’instabilité génèrera de l’instabilité dans toute la région et probablement jusqu’en Asie centrale.
Parce que pour nous, la seule façon de résoudre cette crise, c’est que le gouvernement et l’opposition s’assoient à la même table et trouvent la solution entre Syriens, au sein de la communauté syrienne, au sein du peuple syrien. En d’autres termes, on parle de “solution syro-syrienne”.
Il ne faut pas s’attendre à ce que cette crise soit résolue par des prescriptions écrites, des prescriptions prêtes à l’emploi, établies à l’extérieur de la Syrie et que l’on tenterait d’imposer au peuple syrien. Cela ne fonctionnera pas.”

euronews :
“Le vice-président américain Joe Biden a dit lors de cette conférence que l’offre de négociations directes avec les Etats-Unis restait sur la table si l’Iran la prenait au sérieux. La prenez-vous au sérieux ? Comment réagissez-vous ?”

Ali Akbar Salehi :
“S’agissant des négociations sur certains sujets ou thématiques, dans ce cas, des négociations sur le nucléaire, il n’y a pas de ligne rouge dans ce dossier… “

euronews :
“Justement, j’allais vous demander quelle était votre ligne rouge.”

Ali Akbar Salehi :
“Mais cette négociation pourra uniquement être menée lorsque nous aurons les garanties suffisantes que cette fois, les Américains se présentent avec des intentions honnêtes. Malheureusement, nos expériences précédentes nous ont démontré le contraire.”

euronews :
“Est-ce la raison pour laquelle vous décidez de poursuivre le programme d’enrichissement ? Si je me mets dans la position des autorités iraniennes, disons – dans un souci d’argumentation – que vous cherchiez à être en mesure de produire l’arme nucléaire : quand vous entendez le candidat de Barack Obama comme secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, utiliser les vieilles expressions : “toutes les options sont sur la table dont l’option militaire”, il y a aussi le fait qu’Israël a peut-être l’arme nucléaire et l’action des Etats-Unis dans la région, ce sont peut-être les raisons qui vous poussent à poursuivre dans cette voie. Ce serait en fait, une question de survie pour vous.”

Ali Akbar Salehi :
“On a toujours dit depuis le début que l’arme nucléaire n’a pas sa place dans notre stratégie de défense, et ce pour un certain nombre de raisons. L’une des raisons est liée à nos convictions religieuses et aux principes de notre foi. Notre Guide suprême a lancé une fatwa – un décret religieux – qui interdit à quiconque de développer des armes nucléaires dans notre pays.
Autre aspect : considérons les choses de façon pragmatique et supposons que l’Iran développe une, deux, trois ou quatre bombes rudimentaires, pourrait-on rivaliser de ce point de vue, avec des pays comme les Etats-Unis par exemple ? Pourrait-on faire jeu égal avec n’importe quel pays qui développe des armes nucléaires depuis des décennies ? Il est certain que ce ne serait pas un moyen de dissuasion pour nous. Et puis, nous n’avons aucun problème avec nos voisins.”

euronews :
“Pas mal de gens qui se disent spécialistes déclarent dans les médias occidentaux et ailleurs que la politique étrangère iranienne vise à rayer Israël de la carte. Pouvez-vous nous apporter un démenti très clair et sans équivoque ?”

Ali Akbar Salehi :
“Nous ne reconnaissons pas l’Etat d’Israël, mais nous n’avons jamais dit que nous voulions détruire la population.
Comme nous l’avons dit et comme je l’ai dit, quant à utiliser des armes de destruction massive, nous nous en refusons totalement le droit.”

euronews :
“Serez-vous candidat à la présidence iranienne ?”

Ali Akbar Salehi :
“Non, je ne suis pas la bonne personne pour ce poste.”

euronews :
“Donc, vous vous retirez. Vous ne serez pas candidat aux prochaines élections ?”

Ali Akbar Salehi :
“Je ne sais pas si je vais me retirer. Cela dépendra du prochain président. Peut-être qu’il fera encore appel à moi ou peut-être pas.”

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