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Liaisons dangereuses dans le monde du football


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Liaisons dangereuses dans le monde du football

Est-ce que Singapour est la plaque-tournante d’un vaste réseau de matchs truqués dans le monde du football ? Oui, à en croire l’Office de police criminelle de l’Union européenne qui pointe du doigt la mafia de la Cité-Etat. D’après Europol, les parrains locaux ont donné des directives à des parieurs pour qu’ils misent de grosses sommes d’argent sur telle ou telle rencontre après que des intermédiaires aient corrompu 425 joueurs, dirigeants ou arbitres pour s’assurer de résultats conformes à leurs attentes.

A la clé, 16 millions d’euros de mises et 8 millions de gains portant sur 380 matchs de qualification pour le Mondial ou l’Euro, de Ligue des champions ou bien encore des championnats suisses, allemands et turcs. Europol, qui a enquêté pendant deux ans et demi sur cette affaire, se penche désormais sur 300 autres rencontres suspectes.

Rob Wainwright est le directeur d’Interpol : “Je pense que c’est un triste jour pour le football européen. Nous savions depuis un certain temps que les organisations criminelles agissaient dans bien des domaines de l‘économie illégale, et que cela affectait la société et les citoyens de différentes manières. Mais c’est la première fois que nous avons des preuves substantielles que le crime organisé opère désormais dans le monde du football”.

Et aucun pays ne semble à l’abri; il y a déjà eu des précédents en Belgique avec un homme d’affaires chinois accusé d’avoir acheté des matchs de première division, en Allemagne avec des millions d’euros injectés par une organisation criminelle des Balkans, et aussi en Italie avec le Calciopoli, un scandale de paris truqués impliquant des joueurs de série A. A terme, c’est la crédibilité du football qui est en jeu, et c’est pourquoi le président de l’UEFA, Michel Platini, a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités.

Euronews a voulu en savoir plus auprès de Sarah Lacarrière, chargée de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Elle a notamment participé a la rédaction du livre blanc “Paris sportifs et corruption : comment preserver l’intégrité du sport ?».

Euronews : Une enquête d’Europol a dévoilé l’existence de plusieurs centaines de matches truqués à travers le monde, dont des rencontres de la Ligue des champions. Est-ce qu’on peut dire que des compétitions ont été faussées ?  

Sarah Lacarrière : Europol a mené une vaste enquête qui en fait est aussi la prolongation d’une instruction de Bochum qui avait déjà dévoilé un certain nombre de matchs qui auraient été truqués, et pas seulement des matchs de la Ligue des champions. Ce sont surtout des compétitions domestiques qui ont été la cible des truqueurs. Donc oui manifestement il y a eu des rencontres qui ont été faussées.

Euronews : Est-ce qu’on doit être vraiment surpris par ces révélations ?

Sarah Lacarrière : Ce qui est nouveau, c’est le fait d’affirmer qu’il y a une liste d’un certain nombre de personnes – 400 personnes – qui participeraient à cela, à tous les niveaux : des athlètes aux arbitres, en passant par les officiels du sport, mais aussi bien sûr la criminalité organisée. Déjà des organisations sportives comme l’UEFA coopèrent avec les autorités, notamment allemandes pour l’instruction de Bochum. Donc on n’est pas tellement surpris. Mais c’est vrai que cela ressort avec une ampleur encore plus importante.

Euronews : Pensez-vous que l’intégrité du football est sérieusement remise en cause suite a ces révélations ?   

Sarah Lacarrière: Il ne faut pas non plus s’alarmer et considérer que toutes les rencontres sont truquées et que c’est quelque chose de généralisé. Simplement il y a effectivement lieu de s’inquiéter parce que c’est un domaine d’action qui intéresse de plus en plus les criminels. Et comme on le voit dans les révélations d’Europol, comme on le voit dans les récents scandales qui ont eu lieu en Italie, c’est de la criminalité organisée en provenance d’Asie avec des relais dans certaines mafias balkaniques qui mènent le jeu.

Euronews : Justement, cette enquête pointe du doigt les paris sur le football. Peut-on parler de manque d’encadrement ou bien tout simplement de l’absence totale de contrôle de ces paris ?  

Sarah Lacarrière : Il y a tout un marché illégal qui s’est développé avec les nouvelles technologies. Tout ceci étant alimenté par une visibilité accrue des compétitions sportives de toutes sortes – le football en particulier – mais d’autres sports sont concernés : le tennis, le cricket, etc. Les compétitions deviennent de plus en plus des supports de paris sportifs, y compris sur le marché illégal. Et là-dessus, le contrôle doit être renforcé avec une coopération accrue entre les autorités publiques.

Euronews: Dans la même optique, on se demande pourquoi le football ne se dote pas d’une organisation anti-corruption à l’image par exemple de l’agence mondiale anti-dopage…

Sarah Lacarrière : Il est indéniable que des ressources humaines et matérielles sont actuellement intégrées. Après, il faut voir comment toutes les ressources au niveau du sport, et pas seulement du football, peuvent être mutualisées pour lutter contre ce fléau en y associant les opérateurs de paris afin qu’ils soient responsables dans l’offre qu’ils proposent. Donc les initiatives qui sont prises actuellement par le Conseil de l’Europe peuvent aller dans ce sens-là.

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