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Tunisie et Egypte : le long hiver

La Tunisie et l’Egypte, les deux pays emblématiques du Printemps arabe, semblent suivre un même parcours.

A Tunis, c’est Moncef Marzouki, qui occupe la présidence depuis décembre 2011, un laïque du Congrès pour la République et activiste des droits de l’homme.

Au Caire, c’est Mohamed Morsi de la puissante confrérie des Frères musulmans, qui occupe la présidence depuis juin 2012.

Les deux peuples ont élu pour la première fois démocratiquement, leurs dirigeants politiques, après avoir fait chuter dans la rue leurs dictatures respectives, celle de Ben Ali en Tunisie, celle de Moubarak en Egypte.

Les Tunisiens ont donné la majorité des sièges aux islamistes de Ennahda, et donc placé à la tête du gouvernement de coalition avec les laïques, un membre de ce parti islamiste, Hamadi Jebali.

Mais très vite les espoirs du printemps tunisien tournent à la déception. Le pays traverse des turbulences de plus en plus violentes instiguées par les groupes salafistes qui s’attaquent à tout ce qu’ils considèrent contraires à la charia, la loi islamique qu’ils veulent imposer.

Le parti au pouvoir, Ennahda, n’a pas réussi à sortir le pays du marasme économique, à l’origine de la chute de Ben Ali, et envoie la police réprimer violemment les protestataires. Ici à Siliana, en décembre dernier, 220 personnes sont blessées.

“On a trouvé ça dans notre maison, crie cette manifestante…. C’est ça, le paradis que promet Ennahda. C’est le paradis qui vous attend, habitants de Siliana, c’est le paradis du peuple tunisien, le paradis de Ennahda…”

L’assassinat de Chokri Belaïd, un dirigeant de l’opposition laïque, est le point d’orgue des coups portés contre la “Révolution de jasmin”, qui risque de plonger le pays dans un long hiver.

Tout comme en Egypte, ou depuis son élection en juin 2012 avec 51,7% des voix le président Mohamed Morsi n’a pas réussi à réconcilier le pays qui reste profondément divisé.

Ses détracteurs ont laissé éclater leur colère lorsque Morsi a cumulé par décret tous les pouvoirs législatif et exécutif en août 2010.

Les protestataires de la place Tahrir sont de retour, et la violence ne cesse plus. Ils reprochent aux Frères musulmans les plus radicaux d’infiltrer les forces de sécurité de l’Etat ainsi que l’armée.
Les abus contre les opposants continuent dans l’Egypte de Morsi, et même les accusations de tortures…

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Pour évoquer la situation en Tunisie après l’assassinat de Chokri Belaïd, euronews a joint à Genève, Hasni Abidi, directeur du Centre d‘études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM). Il est interrogé par Sami Fradi, de la rédaction arabophone.

Sami Fradi, euronews:
Première question, quelles sont les retombées de cet assassinat sur la scène politique en Tunisie ?

Hasni Abidi, directeur du CERMAM:
C’est la première fois dans l’histoire politique de la Tunisie qu’un homme est assassiné à cause de ses positions politiques, surtout après la chute du régime précédent. Deuxième observation : cet assassinat va approfondir le climat de frustation politique et de division alors que les attentes de la population sont très importantes.

euronews:
Des proches de Chokri Belaïd ont accusé le principal parti de la coalition au pouvoir d‘être derrière cet assassinat. Dans quelle mesure ce parti Ennahda assume-t-il cette responsabilité ?

Hasni Abidi:
On peut dire que le gouvernement souffre d’impuissance. Ceci est dû à la situation compliquée qui règne au sein du mouvement Ennahda, avec d’un côté, les figures de premier plan qui sont au sein du gouvernement, et de l’autre, les représentants d’un mouvement plus radical et salafiste. Ces derniers ont d’ailleurs déjà proclamé leur intention d’assassiner des personnalités politiques. C’est cette relation ambigüe, en plus de l’impuissance du gouvernement, qui a facilité un tel assassinat.

euronews:
Ce qui se passe aujourd’hui en Egypte et en Tunisie est-il le résultat d’un échec des partis islamistes au pouvoir ?

Hasni Abidi:
La situation en Tunisie ressemble en effet énormément à celle en Egypte. On observe un échec des gouvernements et des partis politiques issus des élections.
En même temps, les autres partis politiques n’ont pas agi de façon assez convaincante pour prétendre réussir aux prochaines élections.

euronews:
Doit-on craindre pour la Tunisie et l’Egypte, un scénario similaire à celui de l’Algérie dans les années 90

Hasni Abidi:
Les situations et les circonstances sont différents. Mais après les événements d’octobre 1988 et l’arrivée du Front islamique du salut (FIS) et le déploiement d’autres groupes extrémistes, les assassinats de personnalités se sont multipliés. Le tort de ces personnalités était d’avoir dit “non” à l’obscurantisme. Voilà pourquoi il existe une ressemblance avec la Tunisie et l’Egypte. Mais ce qui est positif en Egypte et en Tunisie, c’est que ces deux pays peuvent tirer les leçons de ce qui s’est passé en Algérie dans la mesure où le gouvernement algérien à l‘époque avait fermé les yeux sur les exactions contre les civils, les partis politiques et les intellectuels.

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