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Petite histoire des démissions papales

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Petite histoire des démissions papales

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Benoit XVI est le premier pape à démissionner depuis près de 600 ans et dans toute l’histoire de l’Eglise catholique. Seulement quatre autres souverains pontifes ont suivi cette voie. Ils sont d’ailleurs parmi les personnages les plus colorés du catholicisme.

Benoit IX et Gregory VI – l’opéra pape (1032-1048)

Cet autre Benoit est le seul à avoir été pape plus d’une fois, trois fois en réalité, et le seul à avoir vendu la papauté.

A l’inverse de Benoit XVI, Benoit IX était un jeune homme lorsqu’il a été nommé souverain pontife en 1032, âgé d’entre onze et vingt ans.

On raconte qu’il a accédé au poste suprême grâce à ses connections familiales et qu’il était très mauvais à son job, décrit comme « un démon de l’enfer déguisé en prêtre » par l’historien anti-pape Ferdinand Gregorovius. Saint Pierre Damien l’aurait décrit comme « festoyant d’immoralité ».

En plus d’être accusé de commettre « de nombreux vils adultères et meurtres », on dit de lui qu’il fut le premier pape principalement homosexuel et qu’il aurait organisé des orgies dans le palais du Latran.

Ce sulfureux pape a dû faire face à plusieurs tentatives d’évincements, comme en 1036 où il est revenu à Rome grâce à l’aide de l’empereur Conrad II ou encore en 1044 où l’opposition l’a chassé et a élu en tant que pape Silvestre III, Jean, évêque de Sabina. Benoit IX, en exil, l’excommunie sur le champ.

En avril 1045, les forces de Benoit IX revinrent à Rome et expulsèrent le rival récemment élu. Pourtant, peu de temps après sa reprise du pouvoir pontifical, Benoit IX décida de se marier. Un mois après l’annonce, en échange d’importants sommes d’argent, il se dément en faveur de son parrain, le prêtre Jean Gratien, élu sous le nom de Grégoire VI.

Ce nouveau pape était complètement différent, connu comme un homme pieu, pour sa bonne réputation et l’intégrité de son caractère. Néanmoins, l’accession au trône papale de Grégoire VI ne ramena pas la paix dans l’Eglise. Le pape Sylvestre III convoitait toujours l’office papal et conspirait avec ses alliés.

Pour compliquer les choses, Benoit IX, finalement incapable de s’unir comme prévu avec sa moitié, regretta vite sa démission et réaffirma une fois de plus ses prétentions au poste suprême. La confusion politique et religieuse atteint alors son paroxysme.

Ces troubles conduisirent un nombre d’influents laïcs et membres du clergé, se démarquant de chaque prétendant, à demander à l’empereur Henri III du Saint Empire de venir d’Allemagne, traverser les Alpes et remettre de l’ordre, ce qu’il fit en 1046.

Grégoire Vi et Sylvestre III se présentèrent devant l’empereur et les prétentions papales de Benoit IX et Sylvestre III furent promptement rejetés.

Mais la situation de Grégoire VI n’en n’était pas plus stable pour autant. Les évêques du synode, arguant qu’il avait acheté la papauté, l’accusèrent de simonie et appelèrent à sa démission…

Ce que fut ce dernier, laissant la voie libre pour Clément II qui mourut un an après en 1047. Son successeur ne fut personne d’autre que … Benoit IX.

Célestin V, le pape réticent(1294)

Né Pietro Angelerio à Monlise, Italie dans une famille de fermiers, il montra rapidement une grande intelligence et un goût pour la solitude.

La vie de moine lui semblait donc être prédestinée et en 1239, il se retira dans une caverne solitaire de la montagne Morrone, qui lui donna le nom de Pietro di Marrone.

Cinq ans plus tard, il déménagea vers la montagne Mailla dans le centre de l’Italie, où il vécut en ascète selon l’exemple de Saint Jean le Baptiste. Il y fonda aussi l’ordre qui prit plus tard son nom, les Célestins.

A la mort du pape Nicolas IV en avril 1292, Morrone envoya une lettre aux cardinaux rassemblés à Pérouse pour les prévenir que s’ils n’élisaient pas un pape rapidement, une vengeance s’abattrait sur eux.

Latino Malabranca, le doyen du Collège des cardinaux, âgé et malade, s’écria alors : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, j’élis pour frère Pietro Di Morrone ».

Lorsqu’on l’envoya le chercher, Morrone refusa d’accepter la papauté et essaya même de s’enfuir mais fut persuadé au final par une délégation de cardinaux accompagnés par les rois de Naples et de Hongrie. Il fut élu en tant que Célestin V le 5 juillet 1294, à l’âge de 79 ans.

Cependant, après seulement cinq mois et huit jours sur le trône, il utilisa son droit de démission, citant « le désir d’humilité, d’une vie plus pure, d’une conscience sans tâche, les déficiences de sa propre force physique, son ignorance, la perversité des gens, son aspiration à la tranquillité de sa vie précédente ».

Grégory XII, pour le rassemblement (1406-1415)

Né en 1326, Angelo Corraro devint pape à l’époque du schisme d’Occident, lors que deux hommes prétendaient être le vrai souverain pontife.

Il fut élu en 1406 sous la condition express que si son rival, l’antipape, venait à renoncer à sa prétention pour le poste, il devrait renoncer à la sienne, pour que de nouvelles élections soient organisées et que le schisme cesse.

Après un processus politicien long et complexe, et des peurs de chaque côté de se faire capturer par le camp adverse, Grégory XII démissionna en juillet 1415.