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L'héritage de Benoît XVI, interview du ministre italien Andréa Riccardi

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L'héritage de Benoît XVI, interview du ministre italien Andréa Riccardi

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C’est à la communauté Sant’Edigio, à Rome, que le pape Benoît XVI a consacré sa première visite depuis l’annonce de sa démission.
Le fondateur de cette communauté catholique de 50 000 membres, Andréa Riccardi, est l’actuel ministre italien de la coopération internationale et de l’intégration. Il est aussi historien, spécialiste du christianisme et de l’histoire des religions.
Ill revient, pour Euronews, sur le leg de Benoît XVI.

Cécilia Cacciotto, Euronews :
“ Bonjour Mr le Ministre et bienvenue sur Euronews. Quels changements, si changements il y a, peut-on attendre de l’après Benoît XVI au sein de l’Eglise?”

Andréa Riccardi : “D’une certaine manière, le 11 février va rester une date historique.
Il s’agit de la démission d’un Pape, d’une décision lucide et prise en toute conscience.
Beaucoup s’interrogent sur cette décision, au-delà des raisons données par Joseph Ratzinger, à savoir le déclin de ses forces physique, intellectuelle, spirituelle, en raison de l‘âge.
Ils ont ainsi cherché d’autres raisons, comme la crise interne au Vatican, des choses comme ça…
Je pense que la fonction de pape n’est pas évidente, il est difficile de diriger la Curie romaine, l‘église, mais il ne faut pas s’attendre à voir surgir un scoop sur sa démission, qui est seulement due à l’usure d’un homme.

Cécilia Cacciotto, Euronews : “Cette démission ne cache donc pas d’autres raisons?”

Andréa Riccardi : “Non, au contraire. Je crois que le pape a attendu la fin de l’affaire judiciaire impliquant son valet de chambre Gabriele, pour faire cette annonce.”

Cécilia Cacciotto, Euronews : “Cette démission survient à la veille des législatives en Italie. Benoît XVI, d’ordinaire discret, investit ainsi la scène médiatique. Cet évènement va-t-il interférer avec les élections?”

Andréa Riccardi : “*La démission du pape n’a rien à voir avec les élections italiennes. Mais la population italienne, y compris les non-croyants, est étroitement liée au pape et à ce qu’il représente. J’ai entendu beaucoup de gens qui se posaient des questions.
Il y a un sentiment d’incertitude qui domine. Comment cela va-t-il se traduire en termes électoraux : c’est difficile à dire.”

Cécilia Cacciotto, Euronews : “Comment sera le Pape de demain et de quel Pape l’Eglise a-t-elle besoin ?”

Andréa Riccardi : “C’est difficile à dire. L‘Église d’aujourd’hui a besoin d’un pape capable de l’aider à grandir et à devenir plus forte dans le monde. Elle a besoin d’un pape charismatique pour guider l‘évangélisation, mais aussi d’un homme de gouvernement, parce que l’Eglise est une réalité universelle.”

Cécilia Cacciotto, Euronews : “Il y a cinquante ans le Concile Vatican II a jeté les bases de la modernisation de l‘Église. A votre avis, la période est-elle propice pour un nouveau Concile ?”

Andréa Riccardi : “Ces derniers temps, on en a parlé à nouveau. Ratzinger, et d’autres, pensaient que nous devions assimiler le Concile Vatican II.
Quoiqu’il en soit, je pense que nous avons besoin d’espaces de réflexion; il ne s’agit pas nécessairement d’un Concile mais de lieux de réflexion pour aider l’Eglise à repenser sa dimension, car l’Eglise est très grande et très diversifiée.”

Cécilia Cacciotto, Euronews : “Du traditionnalisme au modernisme, comment l’Histoire se souviendra-t-elle de Benoît XVI ?”

Andréa Riccardi : “Joseph Ratzinger, qui a été décrit comme un “Torquemada”, un inquisiteur, le “Rottweiller de Dieu”, est un homme humble.
Il incarne un Pape de la tradition, très apprécié par l’Orient orthodoxe, pour ses études, pour sa conception de l‘église.
En même temps, sa démission reste un geste très novateur. Jean-Paul II est mort pape d’une terrible maladie durant sa fonction. Paul VI était malade et n’a pas démissionné même si la question s‘était posée. Idem pour Pie XII, et Jean XXIII, atteint d’une tumeur cancéreuse, a ouvert le Concile Vatican II.
Ce geste restera donc comme quelque chose de très novateur.”