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Un nouveau site pour traquer les copier-coller des lobbies dans les textes européens

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Un nouveau site pour traquer les copier-coller des lobbies dans les textes européens

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La devise de l’Union européenne serait-elle devenue « Contrôle+C, contrôle+V, unie dans la diversité » ?

Une équipe de journalistes et de développeurs allemands a lancé une plateforme en ligne pour lutter contre les copier-coller de propositions de lobbies directement dans les textes de loi de l’Union.

Cette plateforme pour plus de transparence se nomme LobbyPlag. Elle compte révéler les influences dé-régulatrices d’entreprises comme Ebay sur les amendements déposés par les membres des commissions pour modifier la loi General Data Protection Regulation. Cette loi, qui devrait prendre effet en 2016, a pour but de remplacer des directives précédentes devenues obsolètes et unifier la réglementation sur la protection des données au sein de l’Union.

Richard Gutjahr, l’un des fondateurs de LobbyPlag, a expliqué à euronews comment leur est venue l’idée de ce projet. Max Schrems (un étudiant autrichien qui poursuit Facebook en justice sur des questions de vie privée) lui avait montré le 11 février dernier une découverte qu’il avait faite. Il s’était rendu compte que plusieurs passages de propositions faites par des lobbyistes avaient été copiés mots-pour-mots dans des amendements de membres de commissions destinés à modifier la GDPR.

Gutjahr confie qu’il n’était pas très au fait du processus législatif communautaire. Mais sa curiosité l’a poussé à chercher plus loin. Il a donc contacté Marco Maas, un data-journaliste travaillant sur Hambourg, et ils ont commencé à échanger des idées.

Après quelques nuits blanches et de nombreux conference calls, la version béta de LobbyPlag est née. Aujourd’hui, jusqu’à six personnes, s’intéressant toutes à la protection des données, peuvent travailler sur le site en même temps, à titre purement bénévole. Il est en ligne sur Lobbyplag.eu : « nous voulions une adresse en .eu et non pas en .de (pour l’Allemagne) pour que d’autres Européens veuillent s’investir », explique Gutjahr.

Utiliser la puissance de l’audience

Pour le moment, le site laisse faire un comparatif entre un échantillon de documents de lobbyistes et des brouillons d’amendements tout en surlignant les passages supprimés et les mots/phrases/paragraphes ajoutés, copier-coller directement depuis les documents des lobbyistes. Et le résultat est édifiant.

Pour le moment, seuls quelques amendements et documents sont disponibles (LobbyPlag les reçoit de plusieurs sources). Dans le futur, pour s’atteler à la tâche titanesque de vérifier 1700 amendements, LobbyPlag veut compter sur la seule ressource dont il dispose : ses visiteurs.

En effet, le site va utiliser le crowdsourcing pour scanner tous les amendements. Une méthode d’investigation participative qui a déjà fait ses preuves lors du scandale Karl-Theodor zu Guttenberg au cours duquel plus de 1000 volontaires travaillant ensemble ont trouvé 1218 plagiats dans la thèse de doctorat de celui qui était à l’époque ministre de la défense allemand. Guttenberg avait du démissionner devant l’ampleur de l’affaire.

De la même manière, LobbyPlag va demander à ses visiteurs de participer et de chercher dans la masse de documents « encore plus de passages copiés secrètement ». Le site fournit des liens à la fois vers les contenus de lobby et les amendements.

« A l’heure actuelle, nous faisons tout nous-mêmes à la main, nous voulons utiliser le crowdsourcing comme solution car un ordinateur ne peut voir la différence », selon Gutjahr, qui se décrit comme un journaliste au passé classique mais au futur numérique. Des paires d’yeux humains sont nécessaires « pour lire et comprendre la distinction ».

Une levée de fonds participative pour financer la version complète

Pour améliorer les conditions de travail des internautes, l’équipe derrière LobbyPlag souhaite « créer un outil puissant et rusé pour trouver encore plus de copies de propositions des lobbies ».

L’équipe travaille actuellement de manière bénévole. Pour financer leur projet d’outil, ils ont commencé une levée de fonds participative sur le site allemand Krautreporter.

Leur premier but est de rassembler 7500€. Cette somme devrait couvrir « environ 200 heures de travail (à un salaire non-profit) et les coûts de maintien des serveurs pour 2 ans». Ils promettent aussi de donner un coup de pouce à leur partenaire ParlTrack, une initiative numérique pour plus de transparence dans l’UE.

Leur but le plus optimiste est d’atteindre le seuil de 10000 euros. S’ils l’atteignent, LobbyPlag sera optimisé pour mobile et il sera possible d’insérer l’outil sur n’importe quel site. Pour le moment, le projet a levé 2692 euros provenant de 118 donateurs avec 15 jours restant.

Pour LobbyBlag, le temps presse

L’équipe veut conscientiser les citoyens européens avant les votes, négociations et mise en place de la GDPR. La prochaine date importante pour eux, ainsi que pour d’autres groupes de défense des droits numériques comme La Quadrature du Net, est le 27 février, date limite pour inscrire des amendements. A fin avril, une autre date cruciale, le vote d’orientation en commission LIBE (Libertés civiles, justice et affaires intérieures).

Pour LobbyBlag, le temps presse pour découvrir « la profondeur des connexions entre les documents des lobbyistes et les documents officiels de l’Union européenne », explique Gutjahr qui promet qu’ils chercheront aussi bien du côté des lobbies de l’industrie que des groupes de pression pour la défense des droits digitaux, par souci d’équité et de transparence.

A titre d’exemple, le «pire score » sur LobbyPlag est pour l’instant Amelia Andersdotter, députée européenne suédoise du Parti Pirate dont 65 des ces 284 amendements, soit 22.89%, contiennent des passages de textes provenant d’organisations pour la défense des droits digitaux comme Bits of Freedom ou European Digital Rights.

Ceci dit, dans l’ensemble, leurs résultats indiquent une influence bien plus grande du côté des lobbies de l’industrie. « Il y a un très grand déséquilibre en faveur du camp des entreprises contre les ONG. Peut-être que des résultats plus exhaustifs seront différents dans 4 semaines », admet Gutjahr. Néanmoins, « plus on creuse profond, plus on en trouve ».

Video de la levée de fonds de LobbyPlag

Crowdfunding LobbyPlag from OpenDataCity on Vimeo.