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Le grand retour des farines animales en Europe


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Le grand retour des farines animales en Europe

Un scandale peut en cacher un autre… Alors que l’affaire de la viande de cheval fait rage, la Commission européenne autorise la réintroduction des farines de porc et de volaille pour les élevages de poissons. Elle sera effective à compter du 1er juin prochain. Une décision prise en juillet 2012, mais annoncée cette semaine. Pour le moins maladroit, la Commission pourrait chercher à camoufler cette décision au beau milieu de ce grand tapage autour de la viande de cheval.

Pour le ministre français délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, cette annonce “tombe mal”. Il appelle les industriels du secteur de l’aquaculture à la “responsabilité”, insistant sur le fait que la disposition de Bruxelles ne rend “heureusement” pas obligatoire l’utilisation des farines animales. D’autres politiques se montrent en revanche plus virulents. Dans un communiqué, la députée européenne Isabelle Thomas (PS) s’interroge : “Faut-il avoir le sens politique d’une huître pour abîmer ainsi la perception que se font de l’Europe les citoyens ? Nous demandons à la Commission de revenir immédiatement sur cette décision.”

Les farines animales et la vache folle

Dans les années 1990, les farines animales avaient été considérées comme probables responsables de la crise de la vache folle. L’Union européenne les avait alors prohibées en 1997 pour les ruminants, étendant l’interdiction quatre ans plus tard à tous les animaux de consommation.

Pourtant, à partir du 1er juin prochain, une partie de ces farines animales seront réintroduites pour les élevages de poissons. Il s’agit des protéines animales transformées (PAT), constituées des parties pauvres de l’animal : les plumes, le sang, les os, le gras, les pattes, etc. Ces farines resteront en revanche interdites pour les ruminants. La Commission européenne affirme prendre en compte les opinions scientifiques les plus récentes, indiquant que le risque de transmission de l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine, autrement dit la vache folle) est négligeable dès lors que le “cannibalisme” est évité.

Dans un rapport rendu public en 2011, l’Agence française de sécurité alimentaire (Anses) s’était pourtant prononcée contre la réintroduction des PAT, justement parce qu’il est actuellement impossible de garantir l’espèce d’origine des PAT d’un bout à l’autre de la filière. Le consommateur n’a donc en aucun cas la garantie de l’absence de cannibalisme.

L’aquaculture en difficulté

Selon une enquête réalisée en 2011 par Familles Rurales, 86,7% des Français sont hostiles à la réintroduction des farines animales, même en l’absence de risque sanitaire et environnemental. Alors pourquoi la Commission européenne veut-elle les réintroduire ? En réalité, si Bruxelles prend cette décision, c’est pour soulager un secteur en tension : l’aquaculture se retrouve prise entre une demande croissante et un manque cruel de nourriture pour ces poissons d’élevage toujours plus nombreux. Aujourd’hui, ces derniers sont nourris avec des farines de poisson fabriquées à partir d’espèces spécialement pêchées pour cela, mais soumises à des quotas. Sans compter que ces farines de poisson sont l’un des produits protéiques les plus chers du marché, leurs prix pouvant atteindre jusqu’à 1 800 euros la tonne. Selon la Commission européenne, la farine animale “améliorera la durabilité à long terme du secteur de l’aquaculture, car ces PAT pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare”.

En autorisant à nouveau un certain type de farines animales, Bruxelles tente donc de donner un coup de pouce au secteur de l’aquaculture. Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? À ce sujet, l’ancien ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, est catégorique : “En autorisant les farines animales, l’Union européenne donne le sentiment de privilégier l’économie au détriment du consommateur.”

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