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New York, mode et clichés

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New York, mode et clichés

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Oui je vais à New York ! Voilà tout était cadré et il n’y avait plus qu‘à prendre l’avion. Lyon Londres New York. Le genre de déplacement simple qui me réjouissait d’avance avec le survol des glaces de l’Atlantique Nord. Et puis cette info : « la côte est des États-Unis dans l’attente de la tempête Némo. » Et là l’apocalypse, ou presque. Aéroport bloqués, avions cloués au sol, ville paralysée. Pourquoi moi ? J’arrive au guichet de la compagnie aérienne nimbé de paranoïa, et là tout va bien. Alors que Manhattan disparaît sous la neige, une sympathique hôtesse me tend tous mes billets, y compris celui avec New York écrit dessus. Je l’interroge. Elle me rassure « tout va bien, pas de retard ». Soulagé, je maudis mes confrères et je m’envole vers la grosse pomme.

Comment raconter New York sans aborder les clichés ? Comment raconter New York d’ailleurs ?
Commençons par la toile de fond, la Fashion Week. Le cœur est là devant nous, le Lincoln Center, à deux pas de Central Park. Une énorme enseigne au logo d’un constructeur automobile allemand donne le la. Certes le public est parfois excentrique, le «show off » est de rigueur, parfois dans le grand « n’importe quoi » mais l’essentiel est ailleurs. Aux États-Unis on dépense chaque année plus de 300 milliards de dollars pour se vêtir.

Un énorme impact économique, et du coup un tout aussi important impact écologique. La voilà la raison de notre présence ici, rencontrer des créateurs adeptes de « l’eco fashion ». Ce n’est pas encore la légion des stylistes. On trouvera les créateurs de Loomstate dans Soho qui travaillent avec des tissus bio et innovants, un jeune créateur dans son atelier de Brooklyn qui pour sa griffe 100% NY utilise tous le tissus dans son design et au 50ème étage de l’Empire State Building, Nimet pour Soham Dave qui travaille avec des artisans indiens. Et tous d’insister sur l’essence de leur travail : le design qui ne souffre aucune concession, le « développement durable » s’impose ensuite naturellement lui-même.

On est toujours pressé ici. Alors je rentre en pressant le pas. Avec en tête le compte à rebours de l’espace temps qui me sépare de la porte de l’avion. Et là devant moi, sur la 53ème rue quatre grandes lettres qui m’interpellent. Je regarde ma montre, j’hésite, je regarde encore montre, je reconsidère l’espace temps et je rentre dans le Moma. Tant pis je ne ferai qu’une salle. Bon j’en ai fait deux ou trois. Je n’ai pas dépassé les années 20… Un véritable concentré de « design » qui n’a pas fini de traverser le temps. Un autre cliché me diriez vous. Et vous aurez raison. Mais uniquement à voir à New York.

Philippe Mathieu