DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Des fans des Spurs agressés à Lyon


France

Des fans des Spurs agressés à Lyon

Les fans du Tottenham Hotspurs ne passaient pas inaperçus, jeudi soir, dans les rues du Vieux Lyon.

Dopés à la bière, les supporters anglais hurlaient à tue-tête et bloquaient les voitures de passage. Un tohu-bohu rappelant le hooliganisme des années 80.

Mais mercredi soir, ce sont leurs connections juives qui leur ont valu d‘être agressés.

Car ces dernières années, un groupuscule d’extrême-droite a pris possession du quartier.

Située rue Juiverie, la Traboule est le siège des “Identitaires”, une formation politique que Laurent Burlet, journaliste du site d’information RUE89, connaît bien.
“D’après ce qu’on sait, il y a parmi les trois personnes interpellées une personne qui est de la mouvance Identitaire, selon les termes du préfet de police, rappelle-t-il. Ça veut dire qu’il peut y avoir une motivation politique derrière (ces actes). Laquelle ? C’est un peu tôt pour le dire. Ensuite, ce qui est sûr, c’est que le hooliganisme – c’est à dire certains supporters de l’Olympique Lyonnais – recrute parmi la mouvance d’extrême-droite radicale.”

Mark Davis

Avant d’intégrer euronews, j’ai travaillé pendant deux ans au Smoking Dog et habité dans un appartement situé à l’étage juste au-dessus du bar. Je me considère, encore aujourd’hui et après toutes ces années, comme un client régulier. En raison des succès de l’équipe de football de l’Olympique Lyonnais ces dix dernières années, j’ai vu défiler les supporters de douzaines de clubs de foot venus de toute l’Europe au Smoking Dog pour quelques verres d’avant-match. Mais je n’ai jamais rien vu d’équivalent à que ce qui s’est passé mercredi soir. Bien sûr les supporters anglais ont tendance à se saouler, avec excès pour certains d’entre eux. Oui, ils sont bruyants et n’hésitent pas à partager leurs chants de supporters avec tout les riverains du quartier St Jean.
Certains sont plus cordiaux que d’autres : s’il est bien de voir des fans de football anglais offrir des verres à leurs hôtes français et faire de véritables efforts pour rencontrer les locaux, j’ai parfois été dégouté ou honteux de voir l’attitude irrespectueuse et vulgaire de certains supporters en dehors de leurs frontières. Dans les pires des cas, les habitants du quartier ne pouvaient que grimacer et prendre leur mal en patience, en se consolant en pensant au bénéfice commercial que pouvaient apporter ces « armées » (comme les fans aiment s’appeler eux-mêmes) quelles qu’elles soient.
J’ai rencontré quelques supporters de Tottenham quelques heures avant les heurts et je peux dire qu’ils faisaient partie des plus courtois que j’ai pu croiser. Ce qui était différent dans ce tour des bars avant-match venait du fait que le Club de Thottenham Hotspur est considéré comme un club juif, un club avec plus de supporters juifs que les autres clubs. C’est pourquoi les fans des Spurs se surnomment, étrangement mais avec fierté, « l’armée yiddish » (The Yid Army). C’est pour ça que l’arrivée des supporters de Tottenham était différente. Cela a ajouté un côté communautaire à un mix déjà explosif de football, de tribalisme et d’alcool. Une poignée de jeunes lyonnais antisémites ont réussi à convaincre une douzaine de leurs jeunes confrères fans de foot non politisés mais qui devaient s’ennuyer que cela serait « divertissant d’aller se battre avec ces ordures d’Anglais au Smoking Dog » et de « montrer à ces juifs anglais qu’ils sont sur notre territoire ». Quand ils l’ont effectivement fait, les fans de foot anglais ont répliqué. Le Smoking Dog rouvrira ses portes dans le week-end mais on voit bien qu’il y a un problème à Lyon qui demandera plus d’efforts et d’imagination pour le régler. Et c’est un problème ressemblant de près à celui auquel l’Angleterre avait fait face pendant les heures les plus sombres du hooliganisme dans les années 80.

Les identitaires sont devenus le cauchemar de certains riverains du quartier Saint Jean, qui disent se sentir pris en otages.

“Ils sont là pour des raisons de prise de territoire, et non pas pour des raisons de protection du quartier, contrairement à ce qu’ils disent, explique un commerçant qui n’a pas voulu être filmé par crainte de représailles. Ils ne se cachent pas le visage, ils sont à visage découvert, tout le monde les connaît et les reconnaît surtout. Parfois nous avons quelques saluts nazis. “

Un commerçant d’origine nord-africaine nous confie quant à lui qu’il cherche à présent à vendre ses deux restaurants, pourtant idéalement placés, tant il se sent menacé. Car le Smoking Dog n’est pas un cas isolé dit-il : “d’autres commerçants ont été victimes aussi de dégradations qu’ils ont faites en direct ici à St Jean. Les personnes âgées, les femmes, les familles, les enfants, les commerçants, les artisans, les professions libérales, enfin toutes les personnes ici dans le quartier Saint Jean, savent que le quartier St Jean appartient aux “Identitaires”.”

Les Identitaires nient toute implication dans les violences de vendredi. Damien Rieu, porte-parole du mouvement a déclaré à euronews : “C’est une histoire de supporters Il y a des affrontements et des bagarres à chaque fois que l’OL joue contre un club européen. […] Nous [Les Identitaires] sommes victimes d’une campagne de diabolisation menée par des militants d’extrême gauche. Ils font croire que nous sommes les responsables à chaque fait divers dans le Vieux-Lyon”.

Damien Rieu ajoute qu’il est “complétement faux” de dire que “tous les habitants et commerçants se plaignent.Il n’y a que les habitants et commerçants de gauche qui se plaignent”. Selon lui, les “Identitaires” sont devenus tellement connus que désormais les gens les associent, à tort, automatiquement à tout ce qui est lié à l’extrême-droite. Or, insiste-t-il “la plupart des militants d’extrême-droite ne sont pas du tout chez nous.”

Selon les autorités, l’un des lyonnais arrêté après l’attaque de mercredi est un Identitaire et les deux autres des supporters de l’OL déjà connus des forces de police. Un autre groupe extrémiste, le GUD, semble revendiquer l’arrestation de l’un de ces militants sur sa page facebook. Le GUD est une association étudiante d’extrême-droite fondée en 1960 réputée pour sa violence. Le post sur la page facebook annonçait : “Soutien aux trois lyonnais actuellement en garde à vue depuis hier au soir ; une pensée particulière à notre ami gudard qui figure parmi ceux-ci. Votre répression n’arrêtera pas nos convictions !”

Ce “gudard” est-il la même personne que l’Identitaire dont parlent les forces de police ? Difficile à dire. Le nombre important de petits groupes extrémistes aux agendas légèrement différents et en même temps globalement similaires n’aide pas à dire qui est avec qui. Certaines personnes pourraient même être membres de plusieurs groupes à la fois.
Seule certitude : tous ont une propension certaine à la violence.

A Saint-Jean, dans un quartier dépendant du tourisme, la mauvaise publicité générée par les violences embarrasse les autorités locales.

La police a promis au propriétaire du Smoking Dog de se montrer moins tolérante à l’avenir avec les “Identitaires”.

Agression de Hooligans dans le vieux Lyon from Rue89Lyon on Vimeo.

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

monde

Le réalisateur palestinien Emad Burnat bloqué une heure à la douane à Los Angeles