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La démission de Benoît XVI vue depuis le Vatican


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La démission de Benoît XVI vue depuis le Vatican

Benoît XVI renoncera à sa mission dans quelques jours. Pendant longtemps, les papes se sont réfugiés au Château Sant’Angelo pour se protéger de leurs ennemis, mais cette fois, le souverain pontife démissionne sans rejoindre la bâtisse et sans disparaître totalement. La configuration actuelle d’un pape qui s’apprête à passer la main crée une vacance du pouvoir.

euronews s’est rendu au Vatican pour envisager l’avenir de l’Eglise catholique et rencontrer Dino Boffo, directeur de la chaîne catholique TV 2000, et Giovanni Maria Vian, à la tête de l’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Giovanni Maria Vian évoque notamment la “série de tempêtes” que le cardinal Ratzinger a dû affronter : “il est clair que celle qui l’a le plus touché,” estime-t-il, “c’est le scandale des abus sexuels sur mineurs commis par des membres de l’Eglise.”
Dino Boffo revient de son côté, sur les raisons qui ont poussé le pape à passer la main : le directeur de TV 2000 assure que “la direction du Saint-Siège n’est pas seulement liée à la qualité de la réflexion, mais plutôt à une énergie intellectuelle, une force de réaction, une aptitude à prendre des décisions rapidement.” Ce qui apparemment, commençait à manquer au souverain pontife.

Le quotidien italien le plus influent, le Corriere della Sera titrait le 12 février : “Les efforts pour changer la curie romaine se soldent par un échec.” Qui est responsable de cet échec ? Le Pape ou la Curie ?

Giovanni Maria Vian :
C’est une opinion publiée dans le Corriere della Sera. Je ne suis pas de cet avis, pas du tout.
Le pape qui croit beaucoup plus aux changements au niveau personnel et intime plutôt qu‘à des réformes structurelles a pourtant bien changé le visage de la Curie en huit ans. N’oublions pas que le pontificat qui va s’achever aura duré huit années.

Euronews :
Dans le discours prononcé lors d’un consistoire au Vatican où il a annoncé vouloir démissionner, le pape n’a laissé aucun doute sur la certitude de son choix.
De plus, ce qui peut étonner, c’est qu’aucun cardinal ne lui ait demandé de revenir sur sa décision d’abandonner sa charge. Est-ce que tout ça est normal ?

G. M. Vian :
Si l’on regarde le droit canonique, il prévoit que deux conditions doivent être respectées en cas d’abdication d’un souverain pontife : la totale liberté de choix et l’annonce publique de ce geste.
Cette décision que le pape a expliqué dans son discours en latin est très claire : il a compris qu’il n’avait plus la force de mener la barque du Saint-Siège et de poursuivre la mission évangélique comme il le faut aujourd’hui d’après lui. C’est donc pour cela, qu’il quitte ses fonctions et passe la main à son successeur, à la moitié de l’Année de la Foi.

Euronews :
Vous croyez que Benoît XVI pourra vraiment disparaître du devant de la scène ?

Gian Maria Vian :
Vous savez, on est dans une situation sans précédent, donc il est impossible de faire des pronostics raisonnables.

Euronews :
Qu’est-ce qui a le plus blessé, le pape Ratzinger : les divergences au Vatican, Vatileaks, les affaires de la Banque du Vatican ou les scandales des prêtres pédophiles ?

Giovanni Maria Vian :
Il est certain que le pape a dû affronter des idées préconçues, faire face comme chaque souverain pontife, à une série de tempêtes. Mais il est clair que celle qui l’a le plus touché, c’est le scandale des abus sexuels sur mineurs commis par des membres de l’Eglise.

Autre point de vue sur ce moment historique pour le Vatican : celui du directeur de la chaîne catholique TV 2000, Dino Boffo.

Euronews :
En 2009, vous avez été attaqué par l’un des journaux de la famille Berlusconi. Vous avez alors quitté votre poste de directeur du quotidien catholique Avvenire. Diriez-vous que démissionner, c’est faire le bon choix ?

Dino Boffo :
Je dirais, oui. Du moins, dans mon cas, ça a été une solution gagnante. Je l’ai prise non pas à la fin de cette histoire, mais dès son commencement, en laissant ensuite la vérité apparaître au grand jour.
Dans le cas de Benoît XVI, c’est tout-à-fait différent.
Lui, il a renoncé pour des raisons liées à son âge, il l’a dit lui-même : c’est parce qu’il n’arrive plus à faire face aux défis que l’Eglise et notre époque lui imposent. Il préfère donc laisser la place à des forces plus jeunes.

Euronews :
Qui tire un avantage de la démission du pape ?

Dino Boffo :
En annonçant son départ, le Pape a déclaré que l’Eglise et le peuple de Dieu nécessitaient de nouvelles énergies.
Un pape plus jeune et plus fort, bien évidemment, peut donner davantage à l’Eglise que ce qu’un pape de 85 ans n’est en mesure de faire.
Je ne veux pas dire par là que l‘énergie intellectuelle du pape est affaiblie, au contraire je dirais que vu ses discours et ses écrits, sa force de réflexion devient encore plus importante avec l‘âge.
Cela dit, la direction de l’Eglise n’est pas seulement liée à la qualité de la réflexion, mais plutôt à une énergie intellectuelle, une force de réaction, une aptitude à prendre des décisions rapidement.

Euronews :
Que pensez-vous de la nomination comme président du IOR – la Banque du Vatican – du baron allemand Ernst von Freyberg ? Il est membre de l’Ordre de Malte, mais aussi président du conseil d’administration des chantiers navals Blohm & Voss qui à Hambourg, construisent notamment des navires de guerre.

Dino Boffo :
J’attends de connaître plus de détails sur cette nomination, car ce n’est pas dans mon habitude de m’exprimer sans en savoir plus.
J’avoue que cette information m’a un peu étonné. Je ne sais pas s’il occupe encore des fonctions au sein de ces chantiers navals militaires, mais si c’est le cas – s’il est encore un responsable de ces chantiers -, il serait souhaitable qu’il quitte immédiatement son poste et donc, sa nomination par le Vatican ne serait pas très adéquate.”

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