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Roberto Maroni: la clé du Nord

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Roberto Maroni: la clé du Nord

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Principal allié de Silvio Berlusconi lors des prochaines élections en Italie, le leader de la Ligue Nord, Roberto Maroni, sera le candidat unique de la droite aux élections régionales en Lombardie.

Ministre du travail et Ministre de l’intérieur à deux reprises des gouvernements Berlusconi, c’est lui qui a fondé la Ligue du Nord, avec Umberto Bossi, au début des années 80.

En juillet dernier, il est intronisé secrétaire général de la Ligue et succède à Bossi, démissionnaire après toute une série de scandales. Après de longs mois de désaccords, les deux hommes finissent par s’entendre pour le bien du parti.

Rapidement, la Ligue du Nord surmédiatise le retour de Maroni sur le devant de la scéne, multipliant les sorties du candidat afin de renouer avec un électorat traditionnel.

L’accord électoral conclut en janvier avec Berlusconi lui laisse la voie libre au niveau régional et, si il ne sera pas présent au scrutin national le même jour, lui permet malgré tout d’y jouer un rôle crucial.

“Obtenir le poste de gouverneur de la Lombardie est mille fois plus important que de devenir Ministre. J’ai moi-même déjà été trois fois Ministre.”
“Je ne suis pas candidat à Rome. Je ne voudrais aucun filet de sécurité même si je pouvais en avoir un: parce que je crois, je suis certain, que c’est la bonne décision pour moi et pour la Ligue du Nord, parce que je suis un fédéraliste convaincu et parce que je place ma région, la Lombardie, devant toute chose.”

A quelques jours des votes, la Lombardie joue un rôle crucial, si ce n’est déterminant, dans ce scrutin national car selon la mécanique électorale en Italie, la prime de majorité pour le Sénat est distribuée régionalement: une victoire de Maroni dans la riche Lombardie pourrait tout simplement déstabiliser le Sénat.
C’est pour cela que les candidats nationaux se bousculent à Milan plus qu’ailleurs ces derniers mois, et pourquoi Maroni occupe les médias comme s’il était candidat à un niveau national.
Pourtant, au cours de sa campagne, il n’est jamais entré dans les thèmes nationaux, il s’est concentré sur les questions régionales et macro-régionales et a même annoncé vouloir envisager d’abandonner la direction du parti après les élections:

“Je crois en un principe très simple : un cul, une chaise. Je ne pourrais pas diriger correctement la Lombardie tout en étant secrétaire de la Ligue du Nord. On ne peut pas concilier les deux. De plus, le gouverneur de Lombardie doit être gouverneur de la Lombardie, sans couleur politique. Je veux être élu aussi pour ceux qui n’auront pas voté pour moi. Comme je l’ai déjà dit, je réunirais un congrès exceptionnel du Parti pour que la Ligue du Nord choisisse un nouveau leader”.

Qu’il gagne ou qu’il perde, le parti devra se trouver un nouveau leader. Maroni, lui reste convaincu qu’il l’emportera et tous les sondages montrent aujourd’hui une lutte au coude à coude entre lui et le candidat du parti démocrate.
Au cours de cette campagne, il défend un programme ambitieux. Pour lui, pour son parti et dit-il pour l’Italie du Nord et même l’Europe, c’est un pari “à la vie, à la mort”

“Si je remporte la Lombardie, une nouvelle ère s’ouvrira: c’est le chemin qui mènera à la création d’une macro-région, et en même temps cela marquera le début de l’Europe des Régions. C’est un projet ambitieux qui ne concerne pas seulement l’avenir de la Lombardie mais celui de toute l’Italie du Nord. Cela pourrait marquer l’histoire: dans les régions du nord de l’Italie mais aussi d’Europe. J’espère que cela deviendra une réalité, sinon ce serait un désastre: nous repartirions 20 ans en arrière, et pas seulement la Ligue du Nord mais bien tout le Nord de l’Italie”.

Dans l’esprit et les mots de Maroni, l’Italie du Nord doit passer avant tout. C’est là que les votes de la Ligue du Nord se concentrent. Si Maroni l’emporte en Lombardie, son parti s’imposera dans les autres grandes régions du Nord. L’objectif est de les fédérer en une macro-région qui pourrait même s‘étendre au delà des frontières italiennes:

“Il existe un projet européen, pour construire une euro-région autour des Alpes et de la Padanie. Elle comprend déjà 4 régions italiennes et des régions d’autres Etats en Slovénie, en Carinthie, en Suisse ou en France. C’est le projet que je veux voir devenir réalité mais à partir des régions italiennes, les 4 régions qui, mises ensemble, forment la macro-région du Nord. Mais en utilisant les instruments européens, de notre point de vue, il faut une nouvelle Europe des Régions.”.

Même si le terme “Europe” est plutôt bien perçu dans l’Italie politique, le modèle prôné par Maroni n’est pas vraiment bien accueilli à Rome ou ce projet est plutôt apparenté à une forme de sécession du Nord en douceur :

“Ce n’est pas une rupture, c’est juste une évolution dans la transformation d’une Italie fédérale qui n’a jamais été achevée. cela permettra de valoriser les régions, de leur offrir une certaine autonomie. C’est une bonne chose, démocratique, qui permet de reconnaitre leur importance. C’est ce que signifie le terme macro-région.
Je parle toujours du Nord et je dis bien le Nord pas la Padanie parce que évoquer Nord implique le Sud, dont nous avons besoin pour exister et pouvoir dialoguer. Simplement, après toutes ces années, nous disons que le Nord devrait penser un peu plus à ses propres intérêts. “

Comme dans toute séparation, l’argent est le sujet le plus sensible: le projet de macro-région de la Ligue du Nord prévoit que chaque région conserve près de 75% des impôts payés sur son territoire. Ce qui implique que les riches régions du Nord auront encore plus de pouvoir qu’aujourd’hui, les plus pauvres devant revoir leurs politiques de dépenses :

“C’est notre argent. Si nous étions un état indépendant nous conserverions 100% de cet argent. Nous sommes, jusqu‘à aujourd’hui, partie intégrante d’un Etat national, et actuellement en Lombardie, seuls 66%, ou environ 2/3 de nos impôts, restent dans la région. Nous voulons augmenter ce quota à 75% soit 16 milliards d’euros en plus par an. Avec cet argent, nous pourrions régler tous nos problèmes et nous pourrions apporter du travail aux autres régions. Cela veut dire que les autres régions doivent améliorer leurs performances en terme de dépenses publiques, c’est d’ailleurs ce qu’ils doivent faire quoiqu’il arrive.”

Roberto Maroni vit une campagne électorale animée: il multiplie les apparitions médiatiques, les meetings et les bains de foule. Oubliés, les traditionnels discours extrémistes devant une foule pittoresque. Ils ont disparus en même temps que leur leader historique, Umberto Bossi.
Tout cela n‘était que folklore mais la Ligue du Nord a quand même souvent été marquée par les phrases ou propositions chocs considérées comme inacceptable en Europe. Le nouveau leader de la Ligue du Nord estime que son parti est victime d’un amalgame nauséabond :

“Vous savez, Einstein disait qu’il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. C’est un préjugé répandu mais complètement injustifié. Nous ne sommes pas populistes sauf si cela veut dire que nous sommes proches du peuple. Le peuple est notre force. Nous sommes un parti fortement implanté dans sa région, plus qu’aucun autre. Nous sommes présents dans toutes les municipalités du Nord, comme personne d’autre. Nous rassemblons tant de personnes, des milliers et des milliers de militants, des gens normaux, qui font parties du peuple, qui nous supportent, plus qu’aucuns autres.
ceux qui en Europe se comportent comme des professeurs et nous pointent toujours du doigt, je les invite à venir nous rendre visite quelques jours, quelques semaines. Ils verront que la réalité, heureusement pour nous, est bien différente que les préjugés qui sont les nôtres en Europe”.