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La Chambre à gauche, le Sénat disputé, l'Italie ingouvernable

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La Chambre à gauche, le Sénat disputé, l'Italie ingouvernable

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Le centre gauche de Pier Luigi Bersani est en tête dans les deux chambres en voix selon les derniers résultats partiels mis en ligne par le ministère italien de l’Intérieur, à 22h40 CET. Au Sénat cependant, tout va dépendre des primes au gagnant attribuées région par région.

Sénat : la gauche l’emporte en voix, la droite en sièges

Après dépouillement de 96,8% des bulletins de vote aux sénatoriales, la coalition de centre gauche, emmenée par Pier Luigi Bersani, obtenait 31,71% des suffrages. La coalition de centre droit de Silvio Berlsuconi, favorite à la chambre haute, n’enregistrait elle que 30,63%. En troisième position, le Mouvement 5 étoiles, anti-système, de l’ex-comique Beppe Grillo récoltait à 23,78%. Le bloc de Mario Monti accusait, comme attendu, une décote au sortant à 9,1%.

Cependant, le nombre de sièges ne correspond pas directement au nombre de voix, dans la mesure où le système électoral pour le Sénat prévoit une prime de majorité par région. Toutes les régions n’ont pas le même poids. Ainsi les résultats de la Lombardie, région la plus riche et la plus peuplée, pèseront très lourd dans la balance. Il faut 158 sièges pour avoir la majorité absolue.

Les simulations sur les sièges attribués au Sénat réalisées pour les deux grands quotidiens italiens, le Corriere della Sera et La Repubblica, donnent la coalition de droite de Silvio Berlusconi en tête avec 113 à 123 sièges, sur les 315 que compte la Chambre haute. La coalition de gauche est créditée de 104 à 105 sièges et même en s’alliant avec les centristes de Mario Monti, auxquels reviendraient de 17 à 20 sièges, la majorité absolue est hors de sa portée. Le Mouvement 5 étoiles est crédité de 57 à 63 sièges.

La chambre des députés à gauche

90,6% des bulletins de vote avaient été dépouillés à 22h40 CET pour la chambre des députés. Les résultats partiels tendaient à confirmer une courte victoire du centre gauche avec 29,75%. Le centre droit arrivait deuxième à 28,98%, suivi par le M5S de Beppe Grillo avec 25,5%. Enfin, le Bloc Monti récoltait 10,6%.

Rappelons que la coalition arrivant en tête bénéficie d’une prime au vainqueur qui lui garantit 55% des sièges. Reste que les textes votés à la chambre basse risquent d‘être systématiquement bloqués au Sénat par la droite. L’Italie serait alors ingouvernable. C’est le scénario redouté par les marchés financiers et la zone euro.

La bourse de Milan aux aguets

La bourse de Milan est brièvement passée dans le rouge en réaction à ces nouvelles projections. L’indice de référence, le FTSEMIB, a certes clôturé en hausse de 0,73%, mais a effacé la plupart des gains de la séance. Cette nervosité illustre la crainte des marchés de voir l’Italie en proie à l’instabilité politique. Les opérateurs ne veulent pas de Silvio Berlusconi aux affaires. Le Cavaliere, qui brigue le portefeuille des finances, a en effet promis non seulement de supprimer un certain nombre d’impôts, mais aussi de rembourser une taxe foncière impopulaire rétablie par Monti l’an dernier !

Dès l’ouverture, les opérateurs avaient fait le pari d’une victoire claire du Parti démocrate de centre gauche de Pier Luigi Bersani, qu’ils espèrent voir gouverner avec le premier ministre sortant, Mario Monti, aux commandes de l‘économie. L’anticipation de ce scénario avait aussi soutenu les obligations d’Etat italiennes. Leur spread avec le Bund allemand à 10 ans était ainsi passé sous 255 points de base, son plus bas depuis le début du mois. A la clôture, il s’affichait de nouveau à 280 points de base, un niveau de refinancement jugé insoutenable à long terme par les spécialistes de l’obligataire.

Inquiétudes sur la dette

Si elles ont contribué à une baisse du niveau de vie des Italiens, les mesures d’austérité prises sous la houlette de Mario Monti – réductions de salaires, baisse des retraites et hausse des impôts – ont eu pour principal effet de rassurer les milieux financiers.

Le gros problème de l’Italie reste en effet sa dette publique astronomique qui a dépassé la barre symbolique des 2.000 milliards d’euros l’an dernier – c’est 126% du PIB italien, plus de deux fois le plafond de 60% du PIB recommandé par le pacte européen de stabilité monétaire. Le service de la dette, à lui seul, atteint 90 milliards d’euros par an.

Deux chambres de tendances opposées menacerait la stabilité politique de l’Italie, mais aussi la poursuite des politiques de rigueur, seules à même de réduire la dette.

Participation en baisse

Reste que sur le plan politique, les mesures d’austérité, à ce stade, ont moins entamé la dette que la confiance des Italiens en leur intelligentsia politique. Pour preuve, un taux de participation en baisse par rapport à 2008, à 75,41% pour le vote à la chambre des députés (81,03% il y a cinq ans) et à 74% aux sénatoriales (80,77% en 2008). Certes, la neige et le froid n’incitaient pas à mettre le nez dehors dans le nord du pays, mais la météo n’explique pas tout.

Beppe Grillo : “l’honnêteté à la mode”

Autre conséquence de la cure d’austérité : le report des voix sur le Mouvement 5 étoiles du comique populiste reconverti en politique, Beppe Grillo. Sa formation anti-système a cristallisé le ras-le-bol des Italiens, exaspéré par les scandales de corruption et de détournement de fonds publics, à droite comme à gauche. Le M5S se hisse ainsi dans le trio de tête sur la scène politique.Réaction de Beppe Grillo à ces premiers résultats : “l’honnêteté va devenir à la mode”. Le trublion de la politique italienne a prévenu : pas question de passer une alliance avec les partis traditionnels. Sa solution aux problèmes de l’Italie : faire défaut sur la dette et convoquer un référendum sur l’euro. De quoi ébranler toutes les banques de la zone euro exposées à la dette italienne. Le choc serait terrible, bien pire que dans le scénario grec, dans la mesure où l‘économie italienne pèse dix fois plus lourd.

Suivez la réaction de Beppe Grillo en direct sur son site :


Des projections économiques moroses

Toutefois, en dépit de l’ampleur du vote de protestation, la nette avance du centre-gauche à la chambre basse écarte dans une certaine mesure cette menace. En revanche, Beppe Grillo aura une légitimité démocratique pour se faire le porte-voix du malaise social engendré par 15 mois d’austérité en pleine récession économique. En 2012, l‘économie italienne s’est contractée de 2,2%. La Commission européenne anticipe une croissance négative d’1% en 2013 en Italie. D’autres mesures suggérées par le M5S pourrait ainsi faire mouche pour édulcorer la cure de rigueur, comme l’instauration d’un revenu minimum de 1.000 euros ou encore des coupes sombres dans le nombre d‘élus.