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Chine : 330 millions d’avortements en 40 ans


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Chine : 330 millions d’avortements en 40 ans

Triste record pour la Chine. Le ministère de la santé publie ces statistiques alors que le débat sur la politique de l’enfant unique refait surface à l’occasion de la convocation annuelle du Parlement chinois. 330 millions d’avortements entre 1971 et 2010. Et ce chiffre atteint des sommets entre 1982 et 1992 avec plus de 10 millions d’interruptions de grossesse par an et même 14 millions en 1983 et 1991. Pékin estime avoir évité 400 millions de naissances supplémentaires grâce à sa politique de l’enfant unique.

Mise en place il y a 34 ans, cette politique visait à réguler la démographie croissante de la Chine qui détient le titre du pays le plus peuplé du monde, avec 1,354 milliards d’habitants à la fin de l’année 2012. Ces dernières années, le débat sur une éventuelle fin de ce contrôle des naissances est régulièrement relancé, car de nombreuses conséquences de cette politique posent problème.

Des avortements forcés

En juin 2012, une jeune femme, enceinte de 7 mois et déjà mère d’un enfant, a été contrainte à l’avortement par les autorités chinoises, alors qu’elle refusait de payer une amende de 40 000 yuans (4880 euros) pour infraction à la politique de l’enfant unique. Cette histoire avait suscité une vague d’indignation sur internet, relançant une fois de plus le débat. En principe, ces avortements forcés sont aujourd’hui bannis. D’autant que la Chine interdit normalement l’avortement à un stade aussi avancé de la grossesse. Mais la pratique persiste dans certaines régions chinoises.

Les garçons préférés aux filles

C’est dans les campagnes que cette politique de l’enfant unique pose le plus de soucis : les garçons restant avec la famille, ils subviennent à ses besoins et sont donc préférés aux filles qui, elles, doivent partir dans la famille du mari. Mais ce phénomène creuse un dangereux déséquilibre entre les genres depuis que les échographies se sont démocratisées dans les années 1980. Le niveau record a été atteint en 2004 avec 121,2 garçons pour 100 filles. Aujourd’hui, le fossé est à 117,7 garçons pour 100 filles. Et si la Chine continue sur cette lancée, il manquera au pays 30 millions de femmes en 2020. Il est donc temps d’agir pour Pékin, d’autant que l’une des conséquences directes de ce déséquilibre est le trafic humain, notamment destiné aux réseaux de prostitution. En 2009, le chef adjoint des services d’enquêtes sur les crimes admettait qu’entre 30 000 et 60 000 enfants disparaissent chaque année en Chine.

Un inquiétant vieillissement de la population

Autre point qui risque de poser rapidement problème à la Chine est le vieillissement de sa population aggravé par la politique de l’enfant unique. Aujourd’hui, le pays est en train d’inverser dangereusement sa pyramide des âges puisque le taux de natalité de la Chine fait partie des plus bas du monde. Pour remédier à ce phénomène, les démographes estiment que Pékin devra à moyen terme assouplir le contrôle des naissances, sans quoi la population active continuera de diminuer. Autrement dit, la politique de l’enfant unique devient peu à peu contre-productive pour l’économie du pays. Un argument qui pourrait bien faire flancher le gouvernement chinois.

Bientôt la fin de l’enfant unique ?

Le ministère de la santé chinois annonçait il y a quelques jours sa fusion avec le planning familial en charge depuis trente ans du respect de la politique de l’enfant unique. Si certains observateurs ont vu dans cette annonce le prélude à un assouplissement du contrôle des naissances, rien n’est moins sûr. Cette semaine, de hauts responsables ont nié vouloir revenir sur cette politique vieille de plus de 30 ans : “Le planning familial va être renforcé, et non affaibli”, a souligné Wang Feng, chef adjoint du bureau de la réforme du secteur public, cité par l’agence Chine nouvelle. Du côté des nouveaux dirigeants du pays, le président Xi Jinping et son premier ministre Li Keqiang, tout juste nommés à l’issue de la session parlementaire, aucune déclaration sur le sujet, malgré deux discours consécutifs pour annoncer les nouveaux objectifs de la Chine. Mais lorsqu’on sait que les amendes infligées aux parents qui ont plus d’un enfant vont dans les poches des gouvernements locaux, on comprend mieux où se situe le frein au changement.

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