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Sports méconnus 2/5 : la crosse

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Sports méconnus 2/5 : la crosse

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Il n’y a pas que le football dans la vie. Ni le rugby ou le tennis. Le monde regorge de sports plus ou moins connus qui, pour certains d’entre eux, peuvent déplacer les foules par milliers. Série. – 1/5 : Qui a dit kabaddi ?

La crosse

La crosse est un sport d’origine amérindienne qui s’est développé principalement sur les terres des tribus qui le pratiquaient. Par conséquent, il est pratiqué essentiellement dans l’est des Etats-Unis et du Canada. Le Canada en a fait son sport national d’été en 1994 et les Etats-Unis raflent la majorité des titres internationaux depuis des années. Et les Amérindiens d’aujourd’hui ? Ils ont leur propre équipe « nationale ». Appelée Iroquois Nationals, elle regroupe des membres des Six-Nations, confédération de six nations d’Amérindiens de la côte est d’Amérique du Nord.

La crosse est un jeu de raquette avec des buts se pratiquant sur de grands terrains. Il existe trois formes modernes de la crosse.
La crosse au champ se pratique sur gazon et en extérieur. Les dimensions du terrain sont proches de celles d’un terrain de football. Dix joueurs, dont un gardien, se font face pendant 80 minutes, partagées en quart-temps de 20 minutes.
La crosse en enclos se joue en salle, généralement sur un gazon synthétique posé sur la glace d’une patinoire de hockey. Les équipes de crosse en salle sont composés de cinq joueurs de champ et un gardien. Un match dure 60 minutes coupés en tiers-temps de 20 minutes.
La crosse féminine est un sport à part entière avec ses propres règles. Chaque équipe se compose de 12 joueuses dont la gardienne. Le jeu est coupé en deux mi-temps de 30 minutes. Le terrain est proche d’un terrain de football.

En Amérique du Nord, chacune des trois disciplines possède son propre championnat (league) professionnel. Suivant le même principe que les grands sports nord-américains (football américain, basket, hockey, baseball etc.), il s’agit d’un championnat, organisé en conférences, ou zones géographiques, incluant les équipes professionnelles américaines et canadiennes. Ce sont des ligues fermées : il n’y a pas de division, ce sont toujours les mêmes équipes, appelées franchises car elles accèdent aux ligues par accord commercial, qui jouent dans ces championnats.

En anglais, la crosse se dit « lacrosse », un nom à consonance française qui proviendrait d’un missionnaire jésuite français, Jean de Brébeuf, qui aurait le premier décrit ces jeux amérindiens dans ses carnets en 1636. Le jeu originel portait plusieurs noms : baggataway, pakita, pekitwe, pakaha. Ces mots variaient selon les tribus mais l‘étymologie est la même dans les quatre cas, le verbe frapper ou battre : peki’twewin.

Il existe aussi des championnats universitaires. Certaines ligues sont encadrées par la National Collegiate Athletic Association (NCAA) qui construit, organise et gère ces tournois et d’autres, non éligibles à la NCAA en raison, par exemple, de la taille des universités, de leurs résultats scolaires etc., se sont regroupées dans des associations propres, comme la Men's Collegiate Lacrosse association par exemple. A l’instar des ligues professionnelles, ces championnats sont organisés en conférences pouvant mêler équipes canadiennes et américaines.

Des divergences qui handicapent la crosse

Le développement de la crosse souffre aujourd’hui des différences entre chacune des formes qu’a pris ce sport au fil de son histoire.
Les Amérindiens jouaient sans équipement ni règle fixe ; les terrains pouvaient atteindre plusieurs kilomètres et plus de 1000 participants s’arrachaient la balle.
Les règles de la version moderne de la crosse, plus proche de la crosse au champ, sont fixées en 1856 par un Canadien, William George Beers, lorsque le sport commence à être pratiqué par les descendants des immigrés européens.

C’est dans les années 1930 que chaque version suit sa propre destinée. La crosse en salle se développe à cette époque au Canada pour rentabiliser les patinoires pendant l’été.
C’est aussi à cette époque que la crosse au champ masculine devient un sport de contact. Les équipements de protection se multiplient. Dans sa version actuelle, un joueur doit ajouter à sa crosse des protections : casque avec masque facial, gants, épaulettes, protège-dents et coque). Ainsi, l’allure des joueurs de crosse rappelle celle des footballeurs américains ou des hockeyeurs.
La crosse féminine aurait été lancée par les Écossaises. Elle demeure plus proche de la crosse d’origine. Les contacts étant proscrits, l’équipement est léger. Les joueuses ne protègent leurs yeux qu’au moyen de lunettes spéciales. Certaines mettent aussi des gants fins pour mieux tenir la crosse. Celle-ci est moins creuse que sa version « masculine » privilégiant ainsi encore l’agilité à la force.

La crosse féminine
La crosse féminine. Photo par MICDS Photographer

A partir de ces années 30, le développement de chaque discipline se fait séparément : terrains, équipements, règles mais aussi fédérations diffèrent.
Par exemple, pour les règles, les versions masculines comportent des limites de temps, différentes en salle et en extérieure, pour marquer et pour certaines phases de jeux comme les 24 secondes au basket ; la crosse féminine n’a pas de limites de temps. Les joueurs masculins ont des déplacements contrôlés dans les zones du terrain (si un défenseur sort de la zone de défense un milieu doit le remplacer sinon il y a hors-jeu. Dans sa version féminine, sept joueuses peuvent se trouver dans chaque zone du terrain en même temps, sinon il y a hors-jeu. Dans la version féminine et au champ, les équipes peuvent jouer même derrière les buts alors que dans la version en salle, le terrain s’arrête à la limite des cages qui sont aussi plus petites.

Du côté de l’organisation, il faut attendre 2008 pour que les fédérations masculines et féminines fusionnent et donnent naissance à la Fédération Internationale de la crosse (Federation of International Lacrosse).

Jusqu’à juin 2012, le terrain et son marquage était différents entre la crosse au champ masculine et la crosse féminine. Depuis, la Fédération internationale de la crosse a décidé d’unifier les terrains pour simplifier la mise en place du jeu, le partage des terrains par les équipes et augmenter la possible intégration de la crosse aux Jeux Olympiques.

Objectif JO ?

Présente aux JO de 1904 et 1908, rétrogradée en sport de démonstration en 1928, 1932 et 1948, la crosse n’est pas sport olympique depuis plus de 100 ans.
Jugée trop violente à ses début, la crosse souffre aussi des différences de règles, de terrain entre ses différentes formes, et particulièrement entre hommes et femmes, de règles encore en évolution et de son manque de pratiquants au niveau mondial, résultant dans une ultra-domination des Etats-Unis sur les tournois existants.


Vidéo promotionnelle de la crosse par la Fédération nationale américaine de la crosse

Le sport fait indéniablement des efforts : fusion des fédérations masculines et féminines en 2008, uniformisation des terrains en 2012, évolution progressive des règles pour limiter les chocs violents, inscription de la fédération au programme anti-dopage, inscription au SportAccord en 2012. Le nombre croissant de nations jouant à la crosse participe de ce mouvement positif vers les JO (plus de 40 nations participeront aux prochains championnat du monde de la crosse).

Comme nombre de sports minoritaires, la crosse poursuit donc son rêve olympique. D’ici là les prochains championnats du monde de la crosse au champ se tiendront en 2014 et en salle en 2015 respectivement à… Denver aux Etats-Unis et en « territoire indigène » à… Syracuse aux Etats-Unis.