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Thatcher et l'Europe : ce que les eurodéputés en retiennent

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Thatcher et l'Europe : ce que les eurodéputés en retiennent

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Neuf jours après sa mort, les Britanniques ne sont pas les seuls à ne pas pouvoir se mettre d’accord sur le bilan des années Thatcher. Dans le reste de l’Europe, le débat est tout aussi vif entre les pourfendeurs d’une Europe toujours plus intégrée qui se réclament d’elle et leurs adversaires.
Sa politique européenne aura été gravée dans le marbre par sa célèbre phrase “ I want my money back “. En novembre 1979, six mois à peine après son élection, elle réclame la baisse de la contribution britannique au budget européen parce que son pays perçoit en retour peu d’aides agricoles. Elle obtiendra gain de cause quatre ans plus tard au sommet de Fontainebleau, avec le fameux rabais britannique.

Opposée à l’euro, opposée à une intégration européenne plus étroite, opposée aux transferts de pouvoir vers Bruxelles, Margaret Thatcher a fixé une ligne maintenue par ses successeurs à Downing street. Mais c’est aussi à l’Europe qu’elle devra en grande partie sa chute. En 1990, alors qu’elle vient de prononcer un discours virulent contre l’intégration européenne, son vice-Premier ministre démissionne et l’unité des conservateurs vole en éclats. Le rejet populaire d’une nouvelle taxe fait le reste. Margaret Thatcher se retire le 22 novembre après 11 ans de règne.

L’héritage de Margaret Thatcher continue de diviser au Parlement européen également. Nous avons demandé à quelques eurodéputés quelle était la phrase de la Dame de fer qui les avait le plus marqué.

“ Je veux qu’on me rende mon argent. Cette phrase est un problème pour moi aujourd’hui encore “, nous confie le président du Parlement Martin Schulz. On pouvait ne pas partager ses idées – personnellement je ne les partageais pas et je pense que le modèle de développement économique néo-libéral inspiré par Mme Thatcher et Reagan a conduit l’Europe sur la mauvaise voie – mais néanmoins elle était légitimement élue et avait une très grande personnalité, un grand pouvoir de persuasion, elle a influencé tout un continent. “

“ Margaret Thatcher disait qu’elle était capable de faire des affaires avec Mikhail Gorbatchev “, rappelle l‘élu polonais Jacek Saryusz-Wolski. “ Elle avait compris qu’il allait faire la perestroika dans l’Union soviétique. Ma nation, la Pologne, doit beaucoup à Thatcher pour sa lutte contre le communisme. Elle n‘était pas appelée par hasard la Dame de fer par les journaux russes. Ils avaient compris quels changements elle allait impulser dans la politique internationale et à quel point elle était attachée à ses valeurs. Elle a profondément mis en doute ce que nous appelions le socialisme réel dans le bloc soviétique. Donc pour nous, elle restera une icône du monde libre et de l’engagement à lutter pour la liberté. “

Pour le conservateur britannique Richard Ashworth, “ elle a sauvé la nation. Au Royaume-Uni, l‘économie était en piètre état lorsqu’elle est arrivée au pouvoir. C‘était un chaos que trois gouvernements précédents avaient essayé de résoudre sans réussir, et elle l’a fait. Elle a transformé un cas désespéré en une économie de premier plan en Europe. C‘était un formidable succès et en faisant cela, elle a inspiré toute une génération de jeunes qui ont cru en eux. Elle a montré que malgré le fait qu’on soit né dans une famille pauvre, on ne devait pas forcément le rester toute sa vie, que le monde était plein d’opportunités. “

“ En Irlande du nord, sa politique a été un échec “ , fustige l‘élue du Sinn fein Martina Anderson. “ C’est ce dont nous nous souviendrons. Je me souviens d’elle à l‘époque de la grève de la faim des prisonniers républicains. Elle disait qu’ils avaient joué toutes leur dernière carte. Elle disait que leur cause était perdue, que c‘était fini pour eux. Et me voilà aujourd’hui. Je suis une ancienne prisonnière qui a passé 10 ans dans une prison britannique et 3 ans et demi en Irlande avant d‘être libérée sur la base de l’accord du vendredi saint. A l‘époque, elle pensait avoir assisté à la mort du républicanisme et du Sinn fein et rien ne pouvait être moins vrai. “