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Zone euro : vers une austérité édulcorée ?

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Zone euro : vers une austérité édulcorée ?

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Les plans d’austérité, les manifestants espagnols, portugais, grecs, chypriotes et autres en font les frais et les dénoncent depuis des mois. Et voilà que la sphère politique européenne semble enfin commencer à tendre l’oreille. La rigueur perd des adeptes.

“Il est important que l’Italie soit un des protagonistes de ce changement d’approche, d’orientation des politiques européennes vers la croissance et vers plus d’unité politique en Europe,” affirme le nouveau président du conseil italien, Enrico Letta.

“Nous avons dit également que si la croissance devait faiblir, si elle devait devenir particulièrement anémique, eh bien nous devrions considérer des ajustements sous la forme d’un ralentissement du rythme de l’austérité,” assure de son côté la directrice du FMI, Christine Lagarde.

“Le rythme des ajustements fiscaux devrait tenir compte de la situation économique spécifique à chaque pays. Conformément à cette approche, le rythme de la consolidation fiscale est en train de ralentir en Europe,” rencérit le Finlandais Olli Rehn, vice-président de la Commission européenne.

Le choix de l’austérité est-il à blâmer pour le recul de la croissance et la dégradation sociale ? La question est désormais posée. Même José-manuel Barroso, Président de la Commission européenne, admettait lundi que cette politique avait atteint ses limites. Elle a en tout cas fait des dégâts.

Le chômage a explosé : en Espagne et en Grèce il dépasse les 27%, il bat des records historiques au Portugal et en France et touche près de 24% des jeunes européens.

Au total, la zone euro compte 19 millions de chômeurs, soit 12% de la population active, 5,6 millions de plus qu’en 2007.

Quant à la demande intérieure en zone euro, elle a chuté de 226 milliards d’euros en cinq ans. La baisse des revenus est sensible partout : de 1,6% en France, elle atteint 20% en Irlande et en Grèce.

9 des 17 pays de la zone euro affichent des déficits supérieurs au plafond de 3% du PIB. Un objectif qu’ils ne devraient pas atteindre cette année. Ils devront demander un délai supplémentaire.

Reste que les clés de l’infléchissement de la politique économique européenne ne sont pas à Bruxelles, mais à Berlin. L’Allemagne, seul pays de l’Union en excédent budgétaire, continue de prêcher la rigueur.

L’interview : professeur Aiginger, directeur de l’institut des sciences économiques de Vienne

Quel avenir pour l’austérité en Europe ? Notre journaliste, Christoph Debets en discute avec le professeur Karl Aiginger, directeur de l’institut des sciences économiques de Vienne. Il coordonne un programme pour doper la croissance.

Christoph Debets, euronews :

Est-ce maintenant la fin de l’austérité?

Professeur Aiginger :

Je pense que c’est la fin d’une austérité inepte. Cela ne devrait pas pour autant être un blanc-seing pour gaspiller de l’argent. Les coupes de budget devraient être moins rapides et les réformes accélérées. Cela conduirait à avoir moins de chômage et l‘économie européenne pourra redécoller.

Christoph Debets, euronews :

N’est-ce pas le début d’un tranfert de compétences vers l’Union Européenne?

Professeur Aiginger :

Pas du tout. D’abord nous devons dire que la responsabilité d’un changement d’orientation doit se faire avec les Etats membres, qui doivent poursuivre l’austérité. Ils commettent des erreurs et doivent dire à la population qu’ils veulent résoudre le problème et c’est leur problème, et que ce n’est pas l’Europe qui les force à agir de la sorte.
Ils doivent résoudre leurs problèmes et l’Europe les soutient.

Christoph Debets, euronews :

Au congrès des caisses d‘épargne allemandes, Angela Merkel a dit que les taux d’intérêt étaient trop bas pour l’Allemagne mais trop élevés pour l’Europe du sud. N’admet-elle pas que l’union monétaire dans sa forme actuelle ne fonctionne pas?

Professeur Aiginger :

Dans une communauté, les différents groupes ont différents besoins.
Il n’y a pas une seule et unique méthode, il n’y a pas que les taux d’intérêt. Je suggère donc que la banque centrale européenne revoie à la baisse ses taux d’intérêt dans la semaine à venir. Il y a aussi la possibilité d’utiliser les fonds structurels. Il n’y a pas assez de rapidité, dans la composante actuelle, dans le champ de l’investissement, pour créer des emplois pour les jeunes au chômage. Certains salaires pour des postes existants sont trop élevés.
C’est pourquoi les jeunes n’ont pas d’emploi. Ce n’est pas le modèle de société que nous voulons, et qui n’a pas à exister dans une communauté qui se dit solidaire, Ce serait sûrement mieux s’il y avait davantage de moyens pour l’investissement dans les pays du sud.
La question est celle de la structure de la dépense, le besoin de trouver des solutions et l’attitude des gouvernements qui devraient dire “nous poursuivons l’austérité non pas à cause des méchants marchés financiers et la méchante Mme Merkel, mais nous continuons car nous nous battons pour avoir une industrie compétitive et un tourisme compétitif en 2030”.

Christoph Debets, euronews :

Donc la méchante Mme Merkel et l’austérité ont échoué?

Professeur Aiginger :

L’Allemagne semble avoir trouvé la bonne manière pour elle-même en réduisant son déficit budgétaire. Mais dans son propre intérêt, ce serait bien si elle avait plus de croissance. Il y a tellement de besoins pour investir dans les technologies écologiques… L’Allemagne pourrait devenir un leader mondial dans ce domaine. L’Allemagne pourrait investir dans le secteur social. Elle n’a pas besoin d’un secteur à bas salaires dans les mêmes proportions qu’actuellement. En Allemagne le fossé entre les hauts et les bas salaires s’est creusé. Il y a beaucoup de choses à faire.