DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Juan Carlos Ier d’Espagne, le roi en sursis

Vous lisez:

Juan Carlos Ier d’Espagne, le roi en sursis

Taille du texte Aa Aa

Né en exil, Juan Carlos Ier d’Espagne est monté sur le trône le 22 novembre 1975, deux jours après la mort de Franco, qui gouvernait le pays depuis 1939.

Dès le début de son règne, il a réussi à incarner la nouvelle Espagne, ouverte et moderne. Il a également mérité le statut d’artisan de la transition démocratique de son pays, une nation traumatisée d’abord par la guerre civile et ensuite par quarante ans de dictature franquiste. Sa légitimité, indiscutable grâce au rôle qu’il a joué dans cette période, n’a jamais été mise en question.

Jeune, beau et dynamique, il était proche des gens, n’hésitant pas à bousculer le protocole pour aller les rencontrer. Et en instaurant une monarchie parlementaire, il a offert au pays la démocratie.

Mais cette époque de grâce durant laquelle Juan Carlos bénéficiait d’une grande popularité en incarnant l’unité nationale, semble totalement révolue. Selon une enquête publiée le 7 avril dernier par le journal El Pais, 53% des personnes interrogées désapprouvent son action.

Ce véritable divorce entre le Roi et le Peuple espagnol est dû à la succession de scandales qui ont récemment éclaboussé la famille royale.

Le premier remonte à avril 2012. Juan Carlos I est alors opéré d’une fracture de la hanche survenue lors d’un accident qui s‘est produit au cours d’un voyage au Botswana. Ce qui choque l‘opinion publique espagnole n’est pas seulement le fait que le voyage ne figurait pas dans l’agenda public mais aussi, ou avant tout, son « attraction principale », à savoir la chasse aux éléphants. Même le pardon, demandé pourtant publiquement par le monarque, ne lui permettra pas de regagner le crédit de confiance dont il jouissait auparavant auprès de son peuple.

Quelques semaines plus tard, l’Espagne découvre l’existence d’une certaine Corinna Sayn-Wittgenstein, femme d’affaires allemande et « amie » du roi, qui joue auprès de lui un rôle obscur mais très influent. La presse relaye alors des « extravagances » du roi en confirmant son image de séducteur incorrigible déjà bien répandue.

Dans cette ambiance bien pesante éclate une autre affaire qui achève de creuser le faussé qui sépare le monarque de son peuple. Une enquête est lancée à l’encontre de son gendre, Inaki Urdangarin, pour corruption et fraude fiscale. Sa fille cadette, Cristina, est dans la tourmente.

Le récent désamour entre le roi et le peuple espagnol, et surtout sa jeune génération, correspond à une période de crise sans précédent qui frappe actuellement l’Espagne. Selon Laurence Debray, auteure du livre biographique consacré au roi Juan Carlos (« Juan Carlos d’Espagne »), « la crise ravage le pays et le peuple ne ferme plus les yeux sur les ‘extravagances’ du roi (…) qui se montre vieux, fatigué et affaibli physiquement. Il a perdu de sa superbe et il a surtout perdu l’instinct politique qui a fait de lui un grand homme d’Etat. » (interview de Flore Olive – Parismatch.com)

Dès lors, la légitimité même du roi est discutée : en temps de crise, l’Espagne se pose la question si oui ou non elle a les moyens de se payer une monarchie et surtout revendique le droit d’exiger une monarchie irréprochable.

Le manque d’exemplarité de la Couronne, dont l’image vient d’être sérieusement écornée, ainsi que la santé fragile du roi et son âge avancé, font courir les rumeurs sur sa possible abdication en faveur du prince Felipe. C’est désormais un sujet politique. La majorité des observateurs considèrent que cela pourrait effectivement redorer le blason de la monarchie, étant donné l’image positive dont jouit actuellement le prince héritier. En revanche, peu nombreux sont ceux qui pensent que le changement de souverain suffirait à calmer la colère des Espagnols. Paradoxalement, ces derniers ont encore envie de croire en cette monarchie qui pendant longtemps a incarné la grandeur de leur pays.

La question reste donc ouverte. En attendant, Juan Carlos récemment opéré d’une hernie discale, vient d’affirmer qu’il entendait bien revenir aux affaires après son rétablissement.