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Les 20 ans du WWW libre et gratuit – Yohan Aglaé, Parti Pirate


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Les 20 ans du WWW libre et gratuit – Yohan Aglaé, Parti Pirate

Comment passe-t-on du projet d’un ingénieur du CERN à un véritable programme politique ?

La transition, la genèse vient réellement d’une atteinte aux droits, à la liberté d‘échanger avec autrui. En 2006, le partage qui se faisait naturellement sur le web a été attaqué. Alors même que par design, par nature, le partage est littéralement la raison d’être du web. Il a été créé pour permettre au CERN de partager des informations. Le Parti Pirate s’est donc d’abord fondé sur cette culture du partage.

Ensuite, plus que d’un héritage, on peut parler d’une osmose, d’une traduction de la culture et du développement de l’informatique et du logiciel libre vers la culture politique et la vision sociétale.

Du coup, le Parti Pirate (PP), et c’est sa principale attractivité, fonctionne comme internet, par une structure en réseau. Contrairement aux partis traditionnels, comme l’UMP ou le FN, les Partis Pirates ne sont pas des partis verticaux. Ils n’ont pas de président.

Les Partis Pirates se structurent ensuite sur la culture du piratage et du piratage des bonnes idées. Le PP n’est pas un parti dogmatique et ses idées sont croisées avec d’autres ou reprises chez les autres. Les PP ne sont pas non plus des partis exclusifs : vous pouvez faire partie d’un autre parti et adhérer au PP. Ou, inversement, vous pouvez participer aux discussions du PP sans en être adhérent.

De nombreuses choses venues du développement d’internet sont aussi reprises dans la pensée politique du PP. Je vais prendre par exemple le principe du fork. Le fork c’est lorsque, dans le développement d’un logiciel, une partie de l’équipe pense que le projet devrait s’orienter vers A et l’autre partie de l’équipe pense qu’il devrait s’orienter vers B. Et dès lors, les deux solutions co-existent à partir d’un tronc commun. Ce qui fait que, par exemple, en Espagne, il y a deux Partis Pirates.

Autre exemple central : avec la création de GNU Linux un outil appelé GitHub a permis à des développeurs partout sur la planète de contribuer à un même projet. C’est ce que nous faisons aussi avec nos outils et nos processus de décision et de vote. Quelqu’un qui est à la Martinique, en Guyane ou à la Réunion participe directement au même titre qu’une personne à Paris.

Encore une chose : nous nous appuyons beaucoup sur l’outil informatique, plus qu’aucun autre parti. Nous utilisons IRC, des serveurs vocaux, des réseaux sociaux libres, permettant de développer une démocratie liquide.

[La démocratie liquide est « un système de consultation dans lequel la plupart des problèmes sont résolus par un référendum direct. » – NDLR]

Pour vous quelle importance le web a-t-il dans la vie démocratique ?

Le World Wide Web est une évolution culturelle. La révolution du web par rapport à internet tient dans les hyperliens, un changement qui s’est traduit par l’accès direct d’un citoyen à d’autres citoyens, sans passer par une autorité paternaliste ou un chef. Dans le champ politique, soit il y a les partis d’opposition qui suivent un son de cloche soit il y a les partis au pouvoir qui suivent un autre son de cloche. Et selon nous, entre ces deux extrêmes, on ne peut se reposer que sur soi-même. Donc l’open data – les données publiques ouvertes, et la transparence qui en découle – sont très importantes. Centrales même.

Les français découvrent avec l’affaire Cahuzac l’importance de la transparence. Mais on voit aussi bien l’intérêt de données publiques ouvertes avec Notre-Dame-des-Landes par exemple. D’un côté nous avons les opposants à Notre-Dames-des-Landes qui disent ‘l’aéroport n’est pas nécessaire‘ et de l’autre côté nous avons le gouvernement, essentiellement Jean-Marc Ayrault, qui essaie de justifier la chose en expliquant qu’il y a un intérêt économique pour la région. Au final, il s’agit d’une question de foi, de croire en l’un ou de croire en l’autre. Ce que nous demandons c’est que les citoyens puissent avoir accès aux données, aux chiffres et que tout soit ouvert de manière à ce qu’ils puissent décider et voir par eux-mêmes, éventuellement voter, parce qu’ils sont suffisamment grands pour savoir si cet aéroport est dans leur intérêt.

Nous pensons que c’est essentiel au fonctionnement démocratique. Nous ne voyons pas comment une démocratie fonctionnerait si les données, à partir desquelles les citoyens peuvent se forger une opinion et donc voter, ne sont pas publiques.

Mais comment les citoyens peuvent-ils comprendre et s’accaparer ces données brutes ?

Dans le logiciel libre il y a la “do-it-ocracy” ! Nous sommes assez confiants : à partir du moment où il y a une question, il y aura de la ressource dans le pays concerné ; il y aura quelqu’un pour faire ce travail d’analyse. Mais l’intérêt ce n’est pas qu’une personne fasse ce travail d’analyse mais plusieurs personnes. Le principe veut que les données soient les données initiales, brutes. Si elles sont déjà raffinées ou redistribuées alors non… il s’agit déjà d’une manière d’orienter un dossier. L’open data se sont vraiment les données brutes et non un compte-rendu.

C’est véritablement une révolution de l’autorité, une confiance des citoyens envers les autres citoyens. Et ça, ça n‘était pas possible avant l’arrivée du World Wide Web, avant la possibilité que chacun soit à égalité avec un autre en tant qu’autorité et que la transparence puisse palier le biais de tel ou tel autre. C’est une culture qui a transpiré dans la société, en quelque sorte.
Je vais prendre un exemple très parlant de cette question de l’hypertexte venu du web et de l’autorité avec un joli site bien hypertextualisé : Wikipédia. Lors de l’arrivée de Wikipédia, l'Encyclopedia Britannica était très inquiète et a décrit ce projet comme risible. De nombreux critiques disaient qu’il y avait beaucoup de choses fausses. Et pourtant maintenant Wikipédia est la principale référence de presque tout le monde sur la planète.

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