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Deux ans après la mort de ben Laden, où en est al-Qaïda ?


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Deux ans après la mort de ben Laden, où en est al-Qaïda ?

Le 2 mai 2011, la traque de l’ennemi public numéro un prend fin. Oussama ben Laden est abattu par des forces spéciales américaines à Abbottabad, au Pakistan, dans le cadre de l’opération « Trident de Neptune ». Depuis la « situation room » de la Maison Blanche, le président américain Barack Obama, accompagné de sa garde rapprochée, sont les témoins de cette mission dont l’objectif est atteint : tuer celui qui avait meurtri l’Amérique et qui faisait trembler l’Occident dans son ensemble.


L’assaut contre Oussama ben Laden suivi en direct depuis la Maison Blanche

L’homme qui incarnait le terrorisme islamiste est mort, sous les balles américaines, dans le bâtiment où il vivait reclus.

Pratiquement dix ans après les attentats du 11 septembre 2011, c’est un coup dur porté à la nébuleuse al-Qaïda. Après la disparation son leader charismatique, l’organisation terroriste porte à sa tête, en juin 2011, Ayman Al-Zawahiri, l’ancien numéro deux.

La mort de ben Laden a-t-elle eu pour effet d’amoindrir la nuisance d’al-Qaïda ?

La mort de l’ « icône » ben Laden a eu pour principale incidence la disparition de celui qui incarnait al-Qaïda. Il exerçait une fascination certaine, autant chez les djihadistes que chez ses plus fervents opposants. Pour ses sympathisants, le « cheick » ben Laden a réanimé le jihad, la guerre sainte, et il est mort en martyr pour la cause. Pour éviter tout pèlerinage, son corps a d’ailleurs été inhumé en mer par les Américains, dans un endroit tenu secret.

Son successeur, l’égyptien Ayman Al-Zawahiri, incarne moins « physiquement » le réseau terroriste. Pour de nombreux analystes, le fait que Al-Zawahiri proviennent du Maghreb et non du Machrek, comme le Saoudien ben Laden, peut être un des éléments de sa moindre notoriété. En effet, c’est au Machrek, l’orient arabe, que se trouve la terre sainte. L’aura de cette origine est ainsi plus forte.


Ayman Al-Zawahiri – Capture d’une video 12 septembre 2012

Al-Zawahiri est considéré comme le stratège historique d’al-Qaïda, mais il n’a pas l’assise et les contacts que pouvait avoir ben Laden. Les coûts répétés portés aux finances de l’organisation, ainsi qu’un réseau de contact beaucoup moins étoffé, ne permettent plus, ou beaucoup moins, à al-Qaïda version Al-Zawahiri de monter des opérations d’envergure.

Al-Qaïda, un réseau de “franchises”

Ainsi, depuis la disparition de ben Laden, la principale mutation du groupe terroriste est la montée en force de « succursales locales ». Dans tout le monde musulman, des mouvements ont prêté allégeance à l’organisation centrale. Les menaces qu’elles incarnent sont moins globales, plus centrées sur des objectifs locaux. Certes, les ennemis à abattre, « croisés et Juifs », et les buts à atteindre restent les mêmes, comme l’instauration d’un grand califat régi par la charia. La multiplication des cellules a également accru les zones où al-Qaïda peut frapper.

Ces groupes, en rejoignant la « franchise al-Qaïda », ont intégré un ensemble à la visibilité internationale, en renforçant également l’unité du mouvement djihadiste dans son ensemble. Al-Zawahiri a encouragé l’émergence de ces antennes locales. En retour, celle-ci doivent suivre les commandements de l’organisation centrale. Avant de recevoir leur « imprimatur », les organisations candidates sont passées au crible par Al-Zawahiri et son commandement.

Les Nations unies et Interpol ont dressé une liste de ces groupes et personnes liés de près ou de loin à al-Qaida, à la suite des attentats du 11 septembre. La dernière version de cette liste, mise à jour en mars dernier, comporte des centaines de noms et d’organisations. Le pouvoir de nuisance de chacune de ces structures est loin d’être comparable.

Parmi celles-ci, Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamiste, est sans doute l’une des plus préoccupantes, car l’une des plus actives et structurées. Avant janvier 2007, cette organisation islamiste armée d’origine algérienne était connue sous le non de Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Ce dernier a revendiqué de nombreux attentats, mais également des enlèvements de ressortissants occidentaux, afin de diversifier ses sources de financement. Récemment, l’intervention française au Mali, dont l’objectif était de détruire le foyer islamiste qui menaçait le pays, ainsi que toute l’Afrique de l’ouest, a provoqué un flot de menaces proféré par Aqmi. Dans de nombreux messages, le groupe a prévenu la France de prochaines représailles. Ces menaces ont depuis été relayées par Al-Zawahiri en personne. Dans un message, posté sur des forums islamistes en avril dernier, le numéro un d’al-Qaïda a notamment prévenu que la France « connaîtra le même sort que l’Amérique en Irak et en Afghanistan ». Il s’est aussi adressé directement aux musulmans du Mali, espérant les convaincre de résister afin d’« infliger une nouvelle défaite aux croisades mondiales ».

Dans l’inventaire des Nations unies et d’Interpol, on note également deux autres mouvements particulièrement nuisibles :

  • al-Qaïda en Irak, fondé en 2004 par Abou Moussab Al-Zarqaoui, exécuté en 2006 lors d’un raid aérien par l’aviation américaine. Ce groupe est dirigé depuis 2010 par Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi. L’organisation a revendiqué de nombreux attentats suicides.
  • al-Qaïda dans la péninsule Arabique a été fondée en 2009 et opère au Yemen et en Arabie Saoudite. Le groupe a revendiqué l’attentat suicide du 21 mai 2012 commis à Sanna, la capitale yéménite, lors de préparatifs d’une parade militaire. Plus de 100 personnes ont trouvé la mort lors de cet attentat.


Funérailles des victimes de l’attentat du 21 mai – Sanaa, Yemen, 24 mai 2012

Le Front jihadiste Al-Nosra, qui agit en Syrie et combat le régime de Bachar al-Assad, a été le dernier groupe à rejoindre la nébuleuse en avril 2013. «Nous, le Front Al-Nosra, prêtons allégeance à cheikh Ayman al-Zawahiri (…) » a déclaré le leader Abou Mohammed al-Joulani du groupe dans un message audio posté dans un forum.
Il est délicat de dresser un organigramme complet et précis de la structure actuelle d’al-Qaïda et de ses affidés. L’organisation est à géométrie variable et des groupes apparaissent en fonction des conflits et des luttes qui secouent le monde musulman. Les alliances sont également fluctuantes selon les intérêts de chacun.

Par exemple, la position de l’Iran face à al-Qaïda est au centre de nombreux débats. Ce pays est-il un allié objectif de la mouvance djihadiste ? L’Iran, chiite, et al-Qaïda, d’obédience sunnite, se rejoignent sur certaines positions. Ils ont des ennemis communs. Mais même si certains combattants ont bien transité par le sol iranien, la situation en Syrie représente un point de discorde. En effet, l’Iran reste l’un des derniers soutiens de Bachar al-Assad, alors que pour al-Qaïda, il représente un objectif à combattre.

Émergence de « loups solitaires »

Il semble également beaucoup plus problématique et compliqué pour l’organisation de monter des opérations directement en Occident. Les mesures de sécurité renforcée prises à la suite des attentats du 11 septembre ont porté leurs fruits. La création d’une branche en occident d’al-Qaïda est aujourd’hui pratiquement impossible. Mais l’organisation encourage l’émergence de « loups solitaires » qui prennent le label de l’organisation. La mouvance a bien compris l’importance des nouveaux moyens de communication. Les forums djihadistes sont légion sur le web. Une revue en anglais, Inspire, a même été lancée en 2010, pour permettre à tous les apprentis djihadistes de passer à l’action.

Al-Qaïda est une hydre. Une organisation qui est aujourd’hui décentralisée. Opérant sur plusieurs fronts, sa menace est toujours réelle. Et comme cette créature mythologique, une fois une tête coupée, une autre la remplace.

Enfin Al-Zawahiri, comme Oussama ben Laden en son temps, est le terroriste le plus recherché au monde par le États-Unis. Sa traque a un prix, le même que ben Laden : 25 millions de dollars pour une information qui pourrait conduire à sa capture ou à sa mort.

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