DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Dailymotion, une affaire d'État en France ?

Vous lisez:

Dailymotion, une affaire d'État en France ?

Taille du texte Aa Aa

Yahoo ne rachètera pas les 75% du capital de Dailymotion à France Télécom. Cette décision fait suite au véto posé par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif français.

Le gouvernement français s’est dit soucieux de ne pas voir Dailymotion, cette “pépite française” quitter le territoire. L’Etat français, qui détient 27% du capital de l’opérateur téléphonique France Télécom, avait exigé un rachat maximal de 50% de la firme, ce qu’aurait refusé le groupe américain.

Mais l’intervention d’Arnaud Montebourg, qui a fait capoter le projet de rapprochement de l’opérateur français et du géant américain, provoque de nombreux remous au sein même du gouvernement français. Certains fustigent l’initiative qu’ils considèrent comme une nouvelle marque d’interventionnisme.

“Le gouvernement fait son travail”

Le PDG de France Télécom a rappelé l’indépendance de son groupe face à son important actionnaire. Il a affirmé regretter cette décision avant de préciser que “Dailymotion est une filiale d’Orange et non de l’Etat”. Le patron d’Orange a tenu à préciser que “ce n’est pas à la demande de l’Etat” que son groupe à investi en 2011 dans Dailymotion. Le service s’est révélé être une “bonne affaire puisque sa valeur a doublé ou triplé” depuis.

Après ces déclarations, Arnaud Montebourg a jugé que c‘était à l’Etat, si non au groupe français, de développer Dailymotion. Il a assuré travailler en “réflexe économique et intelligence stratégique”.

L’occasion d’un nouveau couac gouvernemental

Le “ministre du Made in France” a affirmé que la décision avait été prise conjointement avec le ministre de l‘économie, Pierre Moscovici. Mais ce dernier a immédiatement démenti avoir été tenu au courant du blocage de l’opération par son collègue. Il a affirmé ne pas avoir été “particulièrement impliqué” dans ce dossier.

Dans la journée, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a tenté de désamorcer la polémique en assurant que la position du ministre du Redressement productif était bien celle défendue par le gouvernement. Elle a assuré que “l’enjeu était d‘éviter la disparition de Dailymotion”.

A droite, l’opposition a immédiatement critiqué le blocage du gouvernement. L’ancien ministre UMP Luc Chatel a dénoncé un acte de protectionnisme : “ce n’est pas en opposant Dailymotion au reste du monde, en travaillant dans notre coin que la France rayonnera davantage sur les questions du digital et d’internet”.

Les critiques sont cependant nuancées. Henri Guaino, député UMP, a déclaré, sur la chaine Public Sénat, “comprendre” la décision du ministre : “Qu’on ne vende pas tout aux Américains ou aux Chinois ne me paraît pas une mauvaise chose, on peut essayer de garder nos réussites et de les développer. (…) Je comprends ce qui peut le motiver.”

L’Américain Yahoo souhaitait racheter 75% du capital de Dailymotion à France télécom dans un premier temps, avec une option pour monter à 100%.

La situation économique du groupe américain est jugée difficile depuis plusieurs mois. L’opération de rachat partiel est évaluée à quelque 300 millions de dollars (230 millions d’euros). Elle aurait été la plus importante acquisition réalisée par Yahoo depuis un an.

Dailymotion, concurrent de Youtube, cherche un partenaire stratégique qui serait en mesure de lui ouvrir les portes du marché américain.