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Législatives anticipées en Bulgarie : l'instabilité durable?

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Législatives anticipées en Bulgarie : l'instabilité durable?

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Elections législatives anticipées ce dimanche, en Bulgarie, afin d‘élire les deux cent quarante députés de l’Assemblée nationale pour un mandat de quatre ans. Un scrutin dans un climat lourd de tensions. La démission, le 20 février, du Premier ministre de centre droit, Boïko Borissov, l’homme fort du pays, n’a pas suffi en effet à apaiser la crise politique et sociale, la plus grave qu’ait connue le pays depuis la fin des années 1990 et l’issue de ces élections est incertaine.

Le parti de Boïko Borissov fait la course en tête Le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie), qu’il a fondé en 2006 s’est imposé comme le grand parti conservateur en Bulgarie. Arrivé en tête du scrutin de 2009 mais sans majorité, GERB avait gouverné avec le soutien au parlement de certaines formations de droite et du parti ultra-nationaliste Ataka. Cette fois, s’il est donné gagnant (de 23 à 25,6%), c’est à nouveau sans majorité. Il est talonné par les ex-communistes du Parti socialiste bulgare (PSB), le principal parti d’opposition, emmené par Sergueï Stanichev. Les deux formations ont exclu de gouverner ensemble, faisant planer la menace d’une crise de gouvernance qui viendrait, après l‘élection, s’ajouter au trouble social.

Trois autres formations pourraient par ailleurs franchir la barre des 4 % nécessaires pour entrer au Parlement : le parti de la minorité turque (Mouvement des droits et libertés, MDL), le mouvement d’extrême droite Ataka et le parti de centre droit Bulgarie aux citoyens, de l’ancienne commissaire européenne Meglena Kouneva.

Tout a commencé en janvier par des violentes manifestations contre le prix élevé de l‘électricité, d’autant plus important que l’hiver a été rude. La hausse des prix, décidée durant l‘été 2012, ne s’est fait ressentir qu‘à ce moment-là, et l’addition a fréquemment grimpé jusqu‘à 100 euros mensuels, dans un pays, le plus pauvre de l’UE, où le salaire moyen s‘établit à 360 euros et la retraite moyenne à 150 euros.

Un mécontement qui stigmatise le malaise économique profond dont souffre ce pays habitué aux crises à répétition depuis la fin du régime communiste il y a 23 ans. Quatre ans de gel des salaires et de hausse du chômage (11,9 % aujourd’hui, près de 30 % chez les 15-25 ans) ont eu raison de la patience des Bulgares, qui attendaient une amélioration de leurs conditions de vie après l’adhésion à l’UE en 2007. Fait sans précédent: six personnes se sont immolées par le feu au plus fort du mouvement, par désespoir ou par révolte, cinq sont décédées.

Ces difficultés sont venues renforcer encore la méfiance des Bulgares à l‘égard de leurs hommes politiques, sur fond d’affaires de corruption. La campagne a d’ailleurs tourné au règlement de comptes entre le GERB et les socialistes autour d’un scandale d‘écoutes téléphoniques illégales touchant un bras droit de Boïko Borissov.
Lassés, et faute d’alternatives, les électeurs ont donc montré peu d’intérêt pour le scrutin. 18% d’entre eux déclarent ne pas vouloir se rendre aux urnes et 35% ne pas avoir encore décidé pour qui voter.

Des élections surveillées de près par l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE), qui envoie une armada de 240 observateurs. Des partis d’opposition ont aussi demandé un décompte parallèle par l’institut autrichien SORA pour éviter toute falsification. La plupart des partis se sont engagés à combattre la pratique des achats de votes, toujours répandue dans le pays. En fonction de la situation économique, jusqu’à 15 % des bulletins pourraient être concernés, en particulier ceux de la minorité Roms, plus pauvre que la moyenne nationale.