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Partie de pêche sur la Volga

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Partie de pêche sur la Volga

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En Russie, dans l’immense zone de 30.000 km² du delta de la Volga – le plus grand fleuve d’Europe -, la réserve naturelle d’Astrakhan offre des paysages préservés. Sa vie sauvage très riche est protégée depuis le début du siècle dernier et la présence humaine y est rare : nous croisons uniquement des pêcheurs. Des passionnés qui viennent de toute la Russie, voire de l‘étranger. “La pêche est excellente ici,” lance l’un d’entre eux, Vladimir Razin, “il y a beaucoup de poissons de toutes sortes, on doit juste savoir comment les prendre !”

Des campements de toiles de tentes sont disséminés le long de la Volga. Pendant que certains s’installent sur les berges, d’autres font un trajet d’une heure en bateau pour rejoindre l’embouchure du fleuve comme un père et son fils. Des habitants de la région qui viennent sur place depuis les cinq ans du garçon. Pour eux, pêcher représente plus que d’attraper du poisson. “Quand on est là,” confie Igor, le père, “c’est comme si on fusionnait avec la nature : la ligne devient une sorte de lien,” explique-t-il, “on se sent lié à cet immense fleuve, au monde entier autour de nous.”

D’après Igor, pêcher, ce n’est pas tuer des poissons, c’est un jeu de réflexion pour trouver comment tromper les instincts des animaux : il faut se mettre au bon endroit pour les prendre, choisir le bon appât et la technique la plus adaptée. “On a une montée d’adrénaline quand un poisson mord et tire sur la ligne,” souligne son fils Artyom, “on a envie de l’attraper, on veut être le meilleur et on veut que la prise soit grosse.”

Comme beaucoup d’autres, Igor et Artyom pêchent pour le plaisir. Et même s’ils espèrent des prises d’au moins quatre kilos, c’est surtout la quête qu’ils apprécient.

Mais la pêche est aussi un gagne-pain pour de nombreux habitants. Ce qui est pris la nuit au filet est trié, puis transporté par bateau dans des usines de conserverie. Il n’y a pas grand-chose ce jour-là d’après Serguey Andreyev : “d’habitude, la pêche est meilleure,” dit-il, “il fait mauvais temps, donc il y a peu de poisson.”

Mais il n’y a pas que les conditions météo qui sont en cause : les gros poissons se font de plus en plus rares. De son côté, Igor pointe du doigt le braconnage et la surpêche. Il affirme que certains – notamment les plongeurs au harpon qui parcourent le monde pour pratiquer leur activité – tuent pour rien, de nombreux spécimens de valeur. Nous remettons à l’eau, toutes nos prises.

“J’ai peur qu’un jour, il n’y ait plus beaucoup de poissons,” s’inquiète Igor, “cela ne veut pas dire que nous ne pêcherons plus, on continuera de pêcher même si nos prises sont petites. Mais,” poursuit-il, “je voudrais vous citer un dicton que j’aime beaucoup : “quand le dernier arbre aura été abattu – que le dernier poisson aura été pêché -, on se rendra compte que l’on ne peut pas manger notre argent.”

Après une longue journée passée sur le fleuve, Dmitry, le garde-chasse, exhibe son trophée : une énorme carpe. Elle va servir de base à un plat traditionnel et obligatoire après une partie de pêche en Russie : la “ukha”, un bouillon très savoureux préparé sur un feu de bois avec du poisson extra-frais. Dmitry nous en donne la recette : “on la prépare à notre façon avec de l’eau, du poisson, des pommes de terre, du laurier et du persil.”