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Torturé à mort après avoir révélé son homosexualité en Russie

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Torturé à mort après avoir révélé son homosexualité en Russie

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Un jeune homme de 23 ans a été torturé à mort jeudi dernier à Volgograd, dans le sud de la Russie. Selon les enquêteurs, le crime serait vraisemblablement homophobe. L’aveu est rare de la part des services de polices Russes où le sujet est extrêmement sensible. A quelques jours de la journée internationale contre l’homophobie, ce nouveau crime sonne comme une alerte.

Vlad Tornovy venait de révéler son homosexualité à deux compagnons de beuverie alors qu’ils célébraient la victoire des Alliés en Russie. Les deux hommes ont alors commencé à le rouer de coups.

Le corps de la victime a été retrouvé nu le lendemain matin dans une cour d’immeuble. Les enquêteurs ont observé de multiples blessures, notamment sur ses parties génitales. La police locale a constaté que le jeune Russe a été “violé avec des bouteilles de bières” et que son crâne a ensuite été “fracassé avec une pierre”.

Deux suspects ont été interpellés, l’un deux a déjà un passé criminel.

Il n’existe pas de statistiques officielles des crimes homophobes en Russie : la police refuse de préciser le motif réel des agressions. Cependant, Sova, une association qui s’occupe de traiter les violences haineuses, atteste de 14 agressions en 2013 à l’encontre des membres de la commission LGBT. Le comité en comptait cinq en 2010. Des chiffres qui masquent une autre réalité puisque ces violences ne sont souvent pas signalées. Selon des militants de la communauté gay, les agressions homophobes seraient quotidiennes en Russie.

Une minorité aux droits bafoués

L’homophobie est largement répandue en Russie. Le sujet est devenu ultra-sensible depuis quelques années. Selon le leader du mouvement Gay Russia, une “hystérie anti-homo” s’est largement développée en Russie. Il estime qu’il serait même encouragé par la politique du président Vladimir Poutine.

Ces violences pourraient en effet être alimentées par la politique conservatrice du gouvernement. Le président russe a annoncé dernièrement que son pays pourrait réviser les accords d’adoption avec les pays ayant légalisé le mariage homosexuel.

L‘émergence d’une population ancrée dans le passé

Igos Iassine, un employé de la télévision d’Etat, affirme que “les choses se sont détériorées depuis le retour de Poutine”.

De plus en plus de Russes se considèrent comme des “moujiks”. L’ancien terme pour qualifier des paysans est devenu le symbole du bon sens terrien et d’idéaux conservateurs. Des hommes en noir se revendiquant de l’Eglise orthodoxe répriment régulièrement les protestations de la communauté LGBT en affirmant “accomplir la volonté de Dieu”.

Si l’homosexualité n’est plus un crime depuis 1993 en Russie, il reste interdit de s’embrasser ou de se tenir la main en public sous peine d’amende.

Une loi votée en janvier dernier vise à empêcher le développement de la “propagande homosexuelle parmi les mineurs”, selon les mots d’une députée pro-Poutine. Le texte prévoit notamment une amende de 500 000 roubles (plus de 12 000 €) pour les organisateurs de manifestations en faveur des homosexuels. Selon certains militants, la loi reviendrait à donner “carte blanche” aux auteurs de crimes homophobes.

Mais le président Vladimir Poutine nie l’idée que sa politique pourrait être discriminante contre les gays. Pourtant, il a récemment laissé entendre que la reconnaissance du mariage pour tous ne pourrait qu’accentuer le déclin de la population russe qui a diminué de plus de dix millions de personnes en dix ans. L’extrême droite russe va plus loin et estime que la communauté LGBT est responsable du recul des valeurs morales et de la propagation du virus du sida.

Il y a plusieurs semaines, le patriarche orthodoxe Cyrille 1er de Moscou a assimilé l’homosexualité à des “menaces comme la toxicomanie, la prostitution et l’adultère”.