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Le Portugal fait le bilan après deux ans d'austérité


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Le Portugal fait le bilan après deux ans d'austérité

La chanson symbolique de la révolution démocratique au Portugal a résonné à nouveau à Lisbonne, après deux années d’austérité, imposée par le plan de sauvetage international.

A Bruxelles, ou il vit depuis 28 ans, Joaquim Pinto da Silva, comprend l’indignation de ses compatriotes : ‘‘La question des dépenses excessives de l‘État doit être résolue, non pas en réduisant le nombre de fonctionnaires, mais en supprimant un certain nombre d’organismes bureaucratiques, qui ont été créés au cours des vingt, trente dernières années, et qui sont absolument inutiles à l‘économie portugaise, ce sont des fardeaux’‘, pense-t-il.

En contrepartie d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros, le gouvernement portugais a augmenté les impôts, et coupé dans les dépenses publiques. Mais depuis 2011, la situation du pays ne s’est guère améliorée. Le chômage dépasse aujourd’hui les 18%, le déficit public et la dette ont progressé, et la récession s’est aggravée. Conséquence, en deux ans, plus de 240 000 Portugais ont quitté leur pays.

Sara Poeta, une jeune radiothérapeute qui vit aujourd’hui à Bruxelles, se demande si le Portugal doit rester dans l’Union européenne : ‘‘Je suis consciente des avantages dont j’ai pu bénéficier en étant dans l’Union européenne, comme par exemple le fait de pouvoir travailler ici en Belgique sans avoir de difficultés pour faire reconnaitre mon diplôme. Mais, aujourd’hui, je ne pense pas que la meilleure solution soit de rester dans la zone euro. Nous devons penser au peuple portugais qui souffre, qui meurt de faim, qui n’a pas accès aux soins de santé’‘, dit-elle.

Diogo Feio, un eurodéputé portugais de centre-droit, issu d’un parti qui appartient au gouvernement de coalition, espère que l’Europe donnera davantage la priorité à la croissance : “Nous avons besoin d’une économie qui retrouve la croissance. C’est pourquoi, nous devons trouver un équilibre entre, d’un coté, la consolidation des comptes publics, et de l’autre, la croissance de l économie. Mais, pour l’heure, le déséquilibre est évident.’‘

Marisa Matias, une eurodéputé de l’opposition de gauche, réclame, elle, une rénégociation de l’accord avec la troïka, et des élections anticipées : “Chacun sait que ce gouvernement a perdu toute légitimité. Il n’a pas réalisé un seul objectif, et ne fait qu’appliquer des mesures qui sont systématiquement dénoncées par la rue.’‘

Pour la première fois depuis 2011,
le Portugal a émis un emprunt à 10 ans sur les marchés financiers. Pour Lisbonne et la troïka, c’est le signe que l’austérité porte ses fruits.

Isabel da Silva reçoit Ricardo Costa, le rédacteur en chef du magazine hebdomadaire portugais Expresso.

Euronews :
“Vous êtes à Lisbonne. Merci d‘être avec nous sur Euronews.”

Ricardo Costa :
“Bonjour, merci.”

Euronews :
“Le Portugal sera-t-il comme l’Irlande, remplira-t-il ses engagements dans les délais impartis par la troïka ? ou bien ressemblera-t-il plutôt à la Grèce, devra-t-il renégocier sa dette ?”

Ricardo Costa :
“Du point de vue financier, du point de vue des marchés, du point de vue des agences de notation, le Portugal prend le même chemin que l’Irlande, avec quelques semaines de retard. Le taux d’intérêt de la dette a diminué à des niveaux que personne ne pouvait prévoir, il y a encore quelques mois. Le problème c’est que ce succès financier ne signifie pas qu’il y a eu des progrès au niveau économique, en ce qui concerne le budget et ce qu’on appelle l‘économie réelle ; particulièrement au niveau de la croissance économique – qui est toujours en berne – et au niveau du chômage, qui atteint des records au Portugal.”

Euronews:
“En effet, on parle beaucoup de ce “malaise social”. Par exemple, dans les nouvelles mesures d’austérité, le gouvernement a décidé de créer un impôt sur les retraites, alors que certains économistes avaient suggéré que cet impôt s’applique plutôt sur des fonds d’investissement, à des grands groupes économiques ou à des fondations. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?”

Ricardo Costa :
“Quand l‘économie est en panne, toute action du gouvernement sur les groupes économiques, sur les transactions économiques ou sur les investissements financiers risquent de fragiliser encore davantage l‘économie portugaise.
Comme le gouvernement ne veut pas aller dans cette direction, quel est le secteur où l’on peut récupérer de l’argent ? C’est toujours en taxant les retraités.”

Euronews :
“D’autres mesures, telles que le licenciement de 30 000 fonctionnaires ou des coupes de 10% dans les budgets des ministères, n’auront-elles pas un impact sur la qualité des services, comme la santé ou l‘éducation ? Et quelle sera la réaction de la population à cette dégradation des services publics ?”

Ricardo Costa :
“L’impact peut en effet être considérable, notamment si les réformes sont faites dans l’urgence. Il existe un mythe autour de la taille de la fonction publique au Portugal. Ce n’est pas vrai qu’il y a davantage de fonctionnaires par rapport à la moyenne dans les autres pays européens. Comme ce n’est pas vrai que la qualité des services est moins bonne. Certains services publics sont déjà prêts pour fonctionner avec moins de personnel, tant du point de vue technologique que du point de vue de l’efficacité, mais un grand nombre d’autres services ne sont pas préparés pour une telle réforme et risquent d‘être pertubés.”

Euronews :
“Certains partis d’opposition demandent la démission du gouvernement. Il y a des tensions au sein de la coalition gouvernementale. Y-a-t-il un risque de crise politique, va-t-on réellement vers des élections anticipées, et quel serait alors l’impact sur les engagements pris avec la troïka ?”

Ricardo Costa :
“Je pense que la crise politique est réelle, notamment au sein du gouvernement, et effectivement le soutien au gouvernement actuellement est bien plus faible qu’au moment des élections. Le fait, c’est que les deux partis de la coalition gouvernementale et le président de la République savent que si une crise politique s’ajoute à la crise économique et budgétaire, cela pourrait mettre à mal le plan d’ajustement et l’assistance financière.”

Euronews :
“Ricardo Costa, merci beaucoup d’avoir répondu aux questions d’Euronews.”

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