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Printemps hivernal : causes et conséquences

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Printemps hivernal : causes et conséquences

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Ça n’aura échappé à personne : “le mois de mars a été particulièrement froid”, note Olivier Proust, prévisionniste chez Météo France. Le mauvais temps a perduré durant les mois d’avril et de mai. Mois qui ont en plus été très pluvieux.

Le météorologue prévient : “Ça ne va pas s’arranger tout de suite (…) Il n’y aura pas de réelles améliorations dans les semaines qui viennent (…) On n’en voit pas le bout.” Les flux atmosphériques restent en effet les mêmes: une descente d’air froid du nord-ouest provenant d’Islande qui stagne au-dessus du nord-ouest de l’Europe et qui est bloquée par “des pressions atmosphériques plus au sud que d’habitude, autour de la Méditerranée”. La cause : “Le retour de l’anticyclone (un flux atmosphérique qui repousse les précipitations et les nuages vers l’extérieur) n’est pas prévu.”

En Europe, la situation est plus contrastée. Derrière les pays les moins bien lotis (Royaume-Uni, France, Allemagne, Benelux), les pays de l’Est jouissent d’une “belle plage de douceur, voire même de chaleur avec plus de 30 degrés à Kiev et Moscou”. La nature a donc décidé de ne pas loger tout le monde à la même enseigne.

Cependant, il n’y a “pas de corrélation établie entre les saisons”, précise Olivier Proust. Les prévisions pour l‘été 2013 ne sont “pas encore satisfaisantes” pour prédire un été qui serait chaud ou plutôt frais.

Le point positif, c’est que les nappes phréatiques sont désormais remplies. Mais la pluie qui ne cesse de tomber actuellement n’y joue pas de rôle important puisque “les nappes sont déjà rechargées depuis mars contrairement aux années passées où on avait toujours un déficit”, affirme Météo France.

Les conditions météorologiques sont donc exceptionnelles, à l’image de la circulation atmosphérique qui est tout autant singulière. À l‘échelle nationale, un tel déficit d’ensoleillement remonte à 2001. Dans des régions comme Dijon, “connu pour son peu de Soleil”, l’année 2013 marque même un record au niveau du manque d’ensoleillement. Le prévisionniste note tout de même qu’en 2001, “les températures étaient plus douces”.

Finalement, c’est “la combinaison de toutes ces choses pas terribles” qui rend ce printemps si particulier. Les températures froides, l’abondance de pluies et le manque d’ensoleillement sont trois caractères qui n’ont “rien d’exceptionnel s’ils sont pris séparément”. Mais ensemble, bonjour la déprime.

Des conséquences sur l’homme

Claire Leconte, chronobiologiste, assure que le manque de soleil à des répercussions sur l’homme. La luminosité fait défaut au cycle biologique des individus qui sont en état de somnolence permanent. Un climat de “dépression saisonnière” s’installe alors, mais reste encore mal connue, “y compris chez certains médecins”. La biologiste assure que ce n’est “pas une dépression majeure” et “la soigner avec des antidépresseurs peut aggraver la situation”. Le seul remède semble donc la luminothérapie “quand elle est bien gérée”. Encore faut-il que la dépression saisonnière soit détectée.

Claire Leconte ajoute que “pour compenser ce mal-être”, les jeunes et les salariés se rabattent “souvent sur des produits tels que le tabac, la caféine”, des excitants qui “ne font que donner un semblant de bonne forme”.

“Le mauvais sommeil, la fatigue intense qui en découle, le sentiment de ralentissement général de l’activité et la compensation par des produits excitants” finit inéluctablement par rendre “agressif et même violent”. Les conséquences peuvent aussi être des accidents du travail chez des personnes “plus endormies qu‘éveillées”, commente la scientifique.

La chronobiologiste note qu’on “ne prête pas assez attention aux conséquences d’une météo grise sur l’organisme”, notamment au printemps où l’organisme est censé faire le plein de mélatonine, l’hormone du sommeil. Elle ajoute : “Nous vivons dans une société où l’affirmation de fatigue ressentie est mal vécue et oblige chacun à la masquer de n’importe quelle manière, d’où les divers dérapages dans les rapports avec les autres.”

Actuellement, les températures moyennes sont à cinq degrés en dessous des normales de saisons. Ce chiffre devrait même doubler en fin de semaine.

Il ne reste plus qu‘à espérer que le printemps prochain soit meilleur. La dernière fois que l’Europe du Nord-Ouest a connu un tel contexte climatique, c‘était dans les années 80. La situation avait alors été similaire durant trois printemps.