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Geek Pride Day : le visage de la culture geek

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Geek Pride Day : le visage de la culture geek

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“Ne doutez jamais de la magie d’internet” (Steve Jobs). Comme chaque année depuis 2006, c’est la Geek Pride Day, l’occasion pour chacun de revendiquer le droit d‘être geek, tout en humour.

Si la date du 25 mai a été choisie en souvenir de la première projection de Star Wars en 1977, la culture geek a beaucoup évolué depuis.

A l’origine, le terme “geek” est un moyen péjoratif de désigner des gens un peu marginaux. Mais la locution est un peu “galvaudée” pour Anthony Morel, présentateur de l‘émission “Culture Geek” sur BFMTV. “Geek désigne un passionné de tout et n’importe quoi : techno, science, science-fiction, jeux-vidéo…” Autant de phénomènes qui sont devenues fédérateurs d’un certain nombre des personnalités. Le présentateur geek note que “toutes ces choses marginales sont devenues très ‘mainstream’ (populaires)”.

“Ça fait chic de se dire geek”

Fini le cliché du “mec bizarre”, un peu renfermé, qui a les cheveux gras et porte des lunettes blèches. Le geek est devenu à la mode : “On parle même de geek chic aujourd’hui, on le revendique. C’est ça la grande nouveauté !”, affirme Anthony Morel. Chacun qui a un Smartphone peut désormais se reconnaître en partie dans la communauté geek. Après l’essor des jeux-vidéo, le véritable boom d’internet a valorisé le statut du geek qui s’est définitivement inscrit dans la culture populaire.

Le Seigneur des Anneaux, c’est la référence absolue de tous les geeks. Mais avant la trilogie de Peter Jackson, c‘était vu comme des bouquins pour pré-ados un peu dérangés. Mais la trilogie, qui est un des plus gros succès mondiaux au box-office, a suscité un certain nombre de vocations.” Des films sortis au début des années 2000 tels que X-Men, Spiderman etc. ont suscité un réel engouement chez toutes les catégories de personnes confondues. “Ils se sont véritablement ancrés dans la culture geek”, assure le chroniqueur. Aujourd’hui, Iron man 3 bat tous les records, Avengers fait plus d’un milliard et demi de dollars de recettes et rivalise avec des chefs-d‘œuvre tels que Titanic et Avatar.

Le constat est similaire pour les jeux-vidéo : “Dans les années 80, ils représentaient un truc marginal. Aujourd’hui, c’est la plus grosse industrie culturelle au monde.” Des sports ultra-populaires comme le football se jouent désormais sur console.

Les chiffres-clés du jeu vidéo

  • Le jeu le plus cher : Air Raid (Atari 2600) vendu 31,600 $
  • La console la plus vendue : PlayStation 2, 153,86 millions d’exemplaires
  • Le jeu mobile le plus téléchargé : Angry Birds, plus d’1 milliard de téléchargements
  • Le jeu le plus cher à produire : GTA IV, 100 millions de $ de budget
  • La saga la plus vendue : Super Mario Bros, 450.22 millions de copies
  • La console la plus chère : SNK Neo-Geo, 700 $ à sa sortie (1990)
  • Le jeu qui a le plus rapporté : World of Warcraft, plus de 10 milliards de dollars de bénéfice
  • Le jeu le plus vendu : Wii Sports, 79,6 millions de copies
  • La première console vidéo vendue : Magnavox Odyssey (1972), 330 000 copies vendues
  • Le plus gros flop : ET (Atari 2600), 2,5 millions de copies invendues


Mais si la “commercialisation à grande échelle d’un certain nombre de symboles geek” ont fait que cette culture s’est démocratisée, elle l’a aussi “dévoyée d’une certaine manière” pour Anthony Morel. Il explique que geek est devenu un mot “tendance pour désigner tout et n’importe quoi (…) Les vrais geeks, ils n’en parlent pas. Ils ne se considèrent pas comme geek, mais le vivent”. Le vivre, pour un vrai geek, c’est “coder toute la nuit, lire de la science-fiction… mais en aucun cas dire ‘je suis geek, c’est super !’”.

La culture geek a émergé à la fin des années 70 avec l’apparition des jeux vidéo. La sortie de “Donjons & Dragons”, un jeu de rôle qui mêle magie, aventure et chevaliers, marque alors le début d’une sous-culture quelque peu marginale. La naissance des PC, la montée du web et enfin la sortie en juin 2007 du premier iPhone par Apple marque l’apogée d’une culture longtemps stéréotypée. Aujourd’hui les geeks se reconnaissent dans des grandes figures telles que Steve Jobs “que l’on ne présente plus”, Xavier Niel, “un véritable geek technophile avec un coté bricoleur génial”, Elon Musk, le patron de Tesla – la marque de voiture – qui faisait des fusées dans son garage quand il était enfant. Tous sont des sortes de petits génies, “des artistes du code informatique”, à l’instar de l’inventeur de Facebook, Mark Zuckerberg.

La culture geek : un marché en expansion

Si tous ont plongé très jeune dans ce milieu, Anthony Morel assure qu’“on peut tomber amoureux de cet univers et de fil en aiguille découvrir d’autres auteurs et devenir un geek : une sorte de révélation pour un monde imaginaire.”

L’animateur de “Culture Geek” s’amuse : “Ça me fait rire que ceux qui critiquaient cette espèce de sous-culture à une époque sont désormais en train de l’allouer (…) On peut regarder ça avec un peu d’ironie quand on voit l‘évolution de ce phénomène qui était vraiment méprisé il y a encore 15 ans et qui maintenant est au sommet de la vague (…) C’est devenu très commercial, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, car au final si cette culture se démocratise et attire des fonds commerciaux sur des produits grands publics, ça signifie que par ailleurs des éditeurs indépendants, des petites œuvres vont pouvoir voir le jour en profitant de cet argent là.” L’essor de la culture geek semble alors loin de ralentir.

Etre quelqu’un de génial sans que personne ne le sache

Il a fallu plus de trente ans avant que les œuvres geek soient adoubées par les critiques et aient pignon sur rue. Selon Anthony Morel, les geeks ont saisi “les premiers la qualité intrinsèque de certaines œuvres” auparavant considérées comme des sous-œuvres. Il cite la littérature de Tolkien, les comics (bandes-dessinées), les livres de super-héros, considérés comme des œuvres pour enfants très méprisables. La BD est pour lui “un moyen comme un autre de s’exprimer et qui peut voir émerger des grands auteurs”. Il considère que “les geeks ont saisi très tôt cette part artistique” qui a ouvert “un pan de la culture qui était largement inexploré” au grand public. Anthony Morel prend pour exemple “n’importe quel magasin de distribution de produits culturels” où il suffit de se rendre, selon lui, pour voir que “les comics américains ont des rayons entiers, idem pour les mangas japonais”.

Dans son émission, l’animateur tente de “démocratiser et vulgariser au maximum” cette culture. Le but est de “faire comprendre l’intérêt des nouvelles technologies qui sont en train d’arriver, ainsi que les révolutions industrielles et humaines qui peuvent aboutir”.

Si les geeks ont désormais un jour qui leur est destiné, ils préfèrent pour la plupart rester dans l’ombre. Tout bon geek qui se respecte se souvient en effet que “Le succès est un mauvais professeur. Il pousse les gens intelligents à croire qu’ils sont infaillibles.” (Bill Gates)