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Cannes : polémique sur l'envers du décor de "La Vie d'Adèle"

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Cannes : polémique sur l'envers du décor de "La Vie d'Adèle"

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Strass, paillettes et polémique. Le jury a remis la palme d’or au réalisateur Abdellatif Kechiche pour son film La vie d’Adèle. Le grand vainqueur de la 66e édition du festival de Cannes fait néanmoins l’objet d’une polémique depuis la publication jeudi d’un communiqué des Syndicats des techniciens et ouvriers du cinéma et de l’audiovisuel.

L’association dénonce les conditions de tournage du film primé à Cannes, des éléments qui pourraient venir ternir la fête.

Travailler avec Abdellatif Kechiche serait très difficile. Les souvenirs en demi-teinte s‘étaient estompés depuis la fin du tournage, il y a neuf mois. Mais le Spiac-CGT a relayé ce jeudi, au moment où l‘équipe du film grimpait les marches du festival, les plaintes d’ouvriers et de techniciens du Nord-Pas-de-Calais qui ont travaillé sur le tournage du film La vie d’Adèle.

Le communiqué est musclé. Il pointe de nombreux manquements au Code du travail durant les cinq mois de tournage. Le rapport dénonce des comportements qui relèveraient du “harcèlement moral” et une production qui “pousse à bout” des techniciens “exténués”. Certains ont d’ailleurs abandonné le projet en cours de route.

Un gros budget et des économies

Parmi les témoignages recueillis par le syndicat du Spiac-CGT : des journées de travail de 16 heures déclarées à moitié, des contraintes de travailler le samedi sans être payé… Interrogé par Le Monde, un intermittent embauché pour le tournage du film explique que le tournage a duré le double de ce qui était initialement prévu… “à budget constant”. Un salarié note : “Si ce long-métrage devait devenir une référence artistique, nous espérons qu’il ne devienne jamais un exemple en termes de production.”

Le communiqué des syndicats des techniciens du cinéma rapporte des horaires “anarchiques”. Un salarié présent sur place explique à une journaliste du Monde qu’ils quittaient le plateau parfois très tard “sans savoir ce qui allait se passer le lendemain”. C’est parfois un SMS qui arrivait pendant la nuit pour annoncer l’heure de la reprise.

La Vie d’Adèle a pourtant bénéficié d’un budget de quatre millions d’euros, une somme conséquente. Abdellatif Kechiche est aussi producteur du film. Il aurait exploité un grand nombre de stagiaires, “des gens malléables”, prétextant que travailler avec lui offre une bonne ligne sur le CV.

Une méthode individualiste et beaucoup de mépris

Un membre de l‘équipe du film affirme : “Le résultat est magnifique, mais quand on connait l’envers du décor, on se demande vraiment où est cette beauté.” Le technicien dévoile de nombreuses anecdotes qui illustrent l’attitude du réalisateur tunisien. Sa méthode de travail consiste souvent à improviser, en dépit des conditions de travail de ses employés. Il aurait tout de même “un immense respect pour les comédiens, mais pas pour les techniciens”.

Ces révélations n’ont pas empêché Abdellatif Kechiche de séduire le jury de Steven Spielberg qui lui a décerné la palme d’or pour son cinquième film. Mais une fois l’euphorie retombée, les syndicats espèrent bien réclamer une nouvelle convention collective étendue. La convention collective du cinéma a été signée en janvier 2012 mais le texte reste loin de faire l’unanimité, notamment chez les nombreux syndicats de producteurs.