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Croatie : influence de l'Eglise et référendum contre le mariage gay

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Croatie : influence de l'Eglise et référendum contre le mariage gay

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En Croatie, le collectif “Au nom de la famille” aurait recueilli suffisamment de signatures. L’association serait désormais en mesure d’exiger la tenue d’un référendum pour insérer la définition de mariage dans la constitution nationale.

Les militants anti-mariage gay souhaitent se servir de la constitution croate comme une entrave au mariage pour tous. Pour cela, ils souhaitent insérer dans la constitution la définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

Dimanche dernier, le collectif a annoncé avoir recueilli plus de 500 000 signatures. Cela correspond à plus de 10% du corps électoral, un chiffre suffisant aux yeux de la loi pour imposer la tenue d’un référendum. Les autorités n’ont cependant rien confirmé.

“Jamais en Europe un peuple ne s’est exprimé sur un tel sujet”, affirme Marko Jurcic de l’organisation LGBT Zagreb Pride.

Les activistes de Au nom de la famille assurent vouloir “sauver” le mariage. Le gouvernement de gauche, au pouvoir depuis 2011, n’a quant à lui jamais concrètement envisager un projet de loi qui ouvrirait le mariage aux couples de même sexe. Il souhaite simplement améliorer la législation actuelle.

“Un loi a été votée en 2003 en faveur des couples gays, mais elle n’a jamais été promulguée. Personne n’en a donc jamais profité”, affirme Marko Jurcic.

Neven Barkovic milite au sein du collectif “Je ne suis pas croyant”. Le groupe est très actif dans la lutte pour la laïcité. Pour lui, “une modification de la constitution ne changerait en rien la volonté des militants LBGT de se battre pour une union civile qui leur soit accessible. Ils continueront à demander l‘égalité des droits sous un terme différent que celui du mariage.”

Le militant pointe également l’influence de l’Eglise qui ne se contente pas de s’inviter au débat mais, selon lui, l’orchestre. Il affirme : “derrière ‘Au nom de la famille’ se cache l’Eglise catholique. Même pendant les messes, les prêtres invitent les croyants à signer la pétition.”

Le militant pour la laïcité estime que la question du référendum “s’inscrit totalement dans l’idéologie de l’Eglise catholique”. Il fustige les autorités religieuses qui “pourraient se contenter de lutter pour l’interdiction de l’avortement mais ils savent bien que l’homophobie est très présente en Croatie”. Neven Barkovic dénonce une “aubaine” instrumentalisée par l’Eglise. Il considère que l’objectif du collectif Au nom de la famille est de “démontrer que l’Eglise catholique conserve énormément d’influence” en Croatie. Il affirme : “Organiser le référendum, c’est montrer que l’Eglise peut contribuer aux changements sociétaux et politiques.”

“Le cœur du problème, c’est l’absence de laïcité”

Un accord signé avec le Vatican il y a vingt ans définit les obligations de la Croatie envers l’Eglise catholique. L’Etat doit, par exemple, demander la permission au clergé croate avant de pouvoir enquêter sur l’un de ses membres. L‘éducation religieuse est également enseignée dans les écoles publiques. Il y a quinze ans, le Tribunal constitutionnel s’est déclaré incompétent sur la question de l’accord entre le Vatican et la Croatie. Neven Barkovic s’interroge : “Qui est assez compétent pour dire si quelque chose est conforme à la Constitution si même le Tribunal constitutionnel ne l’est pas ? Tout cela illustre le pouvoir de l’Eglise catholique dans le pays.”

Pour lui, la fronde contre les droits de la communauté LGBT n’est qu’“un moyen pour l’Eglise de renforcer cette puissance”.

Les antis gagne une victoire mais pas la guerre

À quelques semaines d’intégrer l’Union européenne, la Croatie, avec ses 22% des chômeurs, est en pleine crise économique. Cette dernière pourrait bien devenir constitutionnelle.

La question est délicate. La constitution croate entretient certaines confusions, et pas des moindres. En effet, si un amendement affirme qu’une modification constitutionnelle peut se faire par voie de référendum, un autre stipule que le Parlement est tout à fait légitime pour modifier à lui seul le texte constitutionnel.

De plus, le Tribunal constitutionnel pourrait très bien s’exprimer défavorablement sur la question du référendum. Les sages pourraient alors interdire la consultation du peuple sur la question de l’introduction du mariage dans la constitution.

La société est divisée. Les personnes qui ont signé la pétition pour le référendum ne savent pas vraiment si cela aboutira. De leurs côtés, les opposants au référendum espèrent que le Tribunal constitutionnel s’y opposera.

“Le référendum en tant qu’outil démocratique doit être respecté mais il ne doit pas être employé dans le but de mettre en danger l’ordre démocratique”, note Neven Barkovic.

Ce dernier doute que beaucoup de personnes se déplaceraient si le référendum avait lieu. Il explique : “L’abstention est très forte actuellement aux élections générales. Si les citoyens ne votent pas sur des sujets qui les concernent directement, je doute qu’ils ne le fassent sur des points qui ne les regardent pas.”

Deux opinions, deux visions complètement différentes. Les uns pensent que le référendum serait “un test de culture”, les autres le voient comme l’occasion de se montrer hostile à une Europe socialement plus libérale. Nul ne peut dire aujourd’hui sur quoi la situation va aboutir.

Une chose est sûre : le 1er juillet prochain, la Croatie deviendra le 28e pays de l’Union européenne.