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Après un printemps pourri, du ski tout l’été ?

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Après un printemps pourri, du ski tout l’été ?

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Il n’y a plus de saisons… Après un hiver particulièrement long, le printemps brille par son absence en France. A tel point qu’une station de ski dans les Pyrénées a annoncé la réouverture d’une partie de son domaine. La pluie qui arrose encore copieusement plaines et vallées se traduit par des chutes de neige sur les massifs français. L’enneigement en altitude est ainsi digne de valeurs relevées lors d’un mois de février. Dans certaines stations des Alpes, il est ainsi tombé plus de 50 centimètres de neige entre le 20 et le 26 mai dernier.

Des stations encore ouvertes en juin

Surfant sur cette situation météo exceptionnelle, la station de Porté-Puymorens, dans le département des Pyrénées-Orientales, a annoncé une réouverture de son domaine skiable. Il sera ainsi possible de skier les 1er et 2 juin prochain. Cette annonce a créé un véritable buzz. En Suisse, la station de Verbier avait également prévu une ouverture partielle de son domaine samedi prochain. La direction de la station helvète avait mis en ligne, lundi dernier, un post sur compte Facebook pour indiquer cette hypothétique réouverture. Pour être effective, le message devait recueillir au moins 1000 likes. Chose faite : plus de 1600 personnes se sont prononcées. Mais restait un dernier écueil : la météo qui ne s’annonce pas des plus clémentes le weekend prochain sur les hauteurs du canton du Valais. La station, au regard de ces prévisions, a finalement préféré ne pas ouvrir son domaine.
Ces deux exemples sont (pour l’instant ?) anecdotiques. Mais une chose est certaine : de nombreux cols ne sont pas encore, à l’heure actuelle, accessibles par la route, témoignant de ces hauteurs de neige hors-normes.

Complications pour les stations

Cette manne blanche provoquant une saison de ski exceptionnelle n’est pas sans côtés négatifs. Normalement à cette période de l’année, où les stations de ski ont fermé leurs portes depuis plus d’un mois, la préparation de la saison d’été bat son plein : aménagement des sentiers de randonnée ou des pistes de VTT. Le printemps et l’été sont également propices aux travaux de maintenance sur les infrastructures ou la mise en place de nouvelles remontées mécaniques. Pour faire face à la concurrence, les stations doivent investir dans des infrastructures toujours plus performantes : remontées débrayables, sièges chauffants, nouvelles pistes. Pour installer ces nouveaux équipements, le temps est compté.

Face à ce constat, Gérald Giraud, ingénieur de recherche au centre d‘études de la Neige de Grenoble en France, fait le point sur l’enneigement des massifs français pour euronews :

« Dans les Pyrénées, la situation est relativement remarquable, notamment en altitude, puisqu’on est proche des records des 50 dernières années. Nous sommes également très proches de l’hiver record de 1971/1972, qui a été exceptionnel. Nous sommes très probablement à cette époque de l’année en deuxième position en altitude. Par rapport aux 30 dernières années, c’est une situation qui est remarquable voire exceptionnelle.

La hauteur de neige relevée par la nivôse Ardiden (station météo de Météo France qui se trouve à 2445m dans les Hautes-Pyrénées) est de 3m25, ce qui est extraordinaire. Le record précédent était de 2m30 en 2004. L’ouverture de la station de Porté-Puymorens se justifie en partie par cet enneigement. Depuis le début de l’hiver, la situation est atypique dans les Pyrénées, notamment les Pyrénées occidentales. Durant l’ensemble de la période nous avons eu une très forte activité avalancheuse dues aux chutes de neige très importantes. Actuellement, l’enneigement reste conséquent, lié à ce printemps qui reste frais, avec des précipitations régulières. Des chutes relativement conséquentes sont d’ailleurs attendues les jours prochains, suivies d’un temps plutôt ensoleillé. Du coup, il y aura des [fontes] relativement importantes, probablement en début de weekend. Les chutes de neige ne sont pas rares à cette période de l’année ou en été. La différence est que d’habitude il n’y pas de réserve de neige au sol.

Dans les Alpes, les épisodes neigeux les plus récents ne datent que de quelques jours. Le weekend du 25/26 mai, il a neigé à 600-700m autour de Grenoble. Pour une fin mai, nous ne sommes probablement pas loin du meilleur enneigement de ces 30 dernières années, pas très loin des records de 1969/1970 et de 1977/1978.

  • Le ski est pratiqué dans 80 pays
  • 2 000 stations comportent plus de 5 remontées dans le monde
  • La France et l’Autriche sont les seuls pays comptant plus de 10 stations avec une fréquentation supérieure à 1 million de journées-skieurs par saison
  • Plus de 3 000 remontées mécaniques aux États-Unis, en Autriche et en France
  • En 2012, la fréquentation a été la plus importante en France avec 55 millions de journées-skieur, devant les États-Unis et l’Autriche. Pour ces deux pays la fréquentation a également été de plus de 50 millions de journées-skieur.
  • En France, les stations de ski représentent plus de 120 000 emplois.
  • La clientèle des stations française est composée à 75% d’une population domestique. La clientèle étrangère représente de 20 à 25% de la fréquentation des stations françaises. La clientèle domestique est donc largement majoritaire, contrairement à l’Autriche ou à la Suisse où le rapport est inversé.
Sources : Domaines Skiables de France et Laurent vanat

En altitude, les valeurs sont également remarquables, mais la situation n’est pas exceptionnelle. Il y a eu beaucoup d’hivers qui ont été très enneigés ces 50 dernières années. On n’est pas loin des valeurs maximum dans certains massifs. Par exemple nous relevons plus de 4 m de neige sur le Mont Blanc, le record absolu à cette période de l’année étant de 5 m. Plus au sud dans le massif du Mercantour, la hauteur de neige est encore significative, avec plus de 3m40. Mais c’est moins spectaculaire que dans les Pyrénées.

La saison dans son ensemble a été absolument mémorable. Par exemple, pour le col de Porte (1325m, massif de la Chartreuse, Isère), l’enneigement moyen (de décembre à avril), est remonté à des valeurs que l’on n’avait pas connues depuis très longtemps. On est à 1m18, soit la valeur max depuis l’hiver 1983/1984 où 1m50 avait été constaté. Depuis, seulement deux hivers ont dépassé le seuil du mètre (85/86 et 98/99). Toutes les autres années ont été en dessous, voire très largement en dessous, d’un mètre comme en 89/90 où l’enneigement moyen a été de 5 cm.

Ce qui caractérise cet hiver, c’est que l’enneigement a été très long. De plus, les chutes ont été très précoces. Des chutes de neige ont, par exemple, été constatées fin octobre à la gare de Grenoble. Plus de 10cm sont ainsi tombés. Ce qui était très rare ! Les épisodes neigeux et les coups de chaud se sont ensuite enchaînés. Cette année nous n’avons pas eu de gros coup de froid, comme en février 2012. Mais par contre, on a eu un temps très perturbé avec des températures relativement fraîches, donc des limites pluie-neige souvent basses.
En juin, la situation peut évoluer très vite. A cette époque de l’année, le rayonnement solaire est relativement efficace : il suffit qu’il fasse un peu meilleur pour que, très vite, il y ait une très forte transformation, un tassement important et une fonte relativement rapide du manteau neigeux. »

L’enneigement remarquable de cet hiver a-t-il eu un impact sur la fréquentation des stations de ski françaises ?

Laurent Reynaud, délégué général des Domaines Skiables de France (chambre syndicale des exploitants de remontées mécaniques et de domaines skiables en France) nous livre son analyse de la saison qui vient de s’écouler.

« Pour les gens de montagne, la neige est primordiale. On se plaint lorsqu’il n’y a pas de neige, mais on se plaint aussi quand il y a trop de neige comme aujourd’hui. Les conditions actuelles sont compliquées pour certaines professions, comme pour les alpagistes par exemple qui doivent retarder la montée des troupeaux dans les alpages de quelques semaines. Dans les stations, les travaux et l’entretien ne sont pas possible en altitude, ce qui peut engendrer des surcoûts. De grosses sommes sont ici en jeu. Des chantiers peuvent facilement dépasser les centaines de milliers d’euros. Mais la situation n’est pas dramatique, le retard n’est pas encore alarmant.

Où skier en été en France ?

  • Tignes : Sur le glacier de la Grande Motte, ouverture du 6 juillet au 04 août 2013, de 7h15 à 13h
  • Val d'Isère : sur le glacier de Pisaillas, ouverture du 8 juin au 14 juillet 2013, de 7h00 à 12h00
  • Les Deux-Alpes : sur le glacier des Deux-Alpes, ouverture du 22 juin au 31 août 2013, de 7h15 à 12h30

La saison a été exceptionnelle en termes d’enneigement et selon les premières tendances elle l’a été également en termes de fréquentation avec une hausse de 5% par rapport à l’année dernière. Les conditions d’enneigement sont telles que certaines stations ont annoncé leur réouverture, comme Puymorens. Aux 2 Alpes, où se pratique le ski d’été, le glacier est couvert de poudreuse, soit un enneigement presque digne d’un mois de janvier. Une partie du domaine skiable de l’Alpes d’Huez sera également ouvert pour le passage du 100ème Tour de France.

Un potentiel extraordinaire mal exploité ?

C’est sûr que la saison aurait pu être encore meilleure car de nombreuses stations ont dû fermer avant la fin des vacances scolaires de Pâques. Les stations françaises sont dépendantes du marché domestique qui représente 70% de la fréquentation. Pour nous, il y a un problème avec le calendrier scolaire, et c’est un manque à gagner pour l’Etat. Les retombées, la TVA, etc., auraient pu payer par exemple le salaire de plusieurs centaines de professeurs.

Il ne suffit malheureusement pas d’avoir de la neige pour avoir des clients. Cette année l’a particulièrement illustré aux mois d’avril et mai où la neige était plus abondante qu‘à l’accoutumée, sans avoir provoqué une affluence de skieurs pour autant. Quand bien même, les stations auraient-elles anticipé cette situation (ce qu’elles ne pouvaient naturellement prévoir), elles auraient malgré tout maintenu les dates de fermeture plus précoces dont le calendrier scolaire est directement la cause. En avril, sans vacances scolaires, les Français ne vont guère au ski. En mai, même avec des vacances scolaires, ils n’y vont pas. »

Enfin, chaque matin dans les montagnes, la population locale scrute le ciel avec anxiété et n’espère pas constater de nouvelles chutes de neige. Les combinaisons et les pneus neige n’attendent qu’une chose : être remiser pour de bon. La neige est le moteur, le nerf de la guerre pour les stations qui se sont d’ailleurs équipées en masse en canons à neige artificielle. Mais partout le constat est le même : trop, c’est trop ! Seuls les adeptes du ski de randonnée s’enthousiasment. En effet, ils pourront peut-être s’adonner à leur activité jusqu’au… mois de juillet ?

Photo d’illustration : capture de la webcam “signal” située dans la station de l’Alpe d’Huez