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Guerre solaire : Pékin contre-attaque


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Guerre solaire : Pékin contre-attaque

Rien ne va plus entre Bruxelles et Pékin. Leur guerre commerciale sur le solaire chinois fait aujourd’hui planer une ombre sur les vins européens… Et divise les 27.

La dernière salve a été portée ce mercredi par la Chine. Furieux de la décision européenne d’imposer des taxes douanières sur les importations de panneaux solaires, cellules photovoltaïques et autres composants chinois, le gouvernement chinois a annoncé une enquête antidumping sur les vins importés de l’Union européenne.

L’ombre du solaire chinois

A l’origine de la dispute : la concurrence déloyale de la filière solaire chinoise, accusée de vendre à pertes sur les marchés européens. Selon la Commission européenne, si les industriels chinois de la filière vendaient au juste prix, leurs produits seraient jusqu‘à 112% plus chers, soit plus de deux fois les tarifs pratiqués actuellement.

Pour Bruxelles, les prix cassés s’expliquent par les surcapacités de l’industrie chinoise dans le solaire. Sa production représente en effet une fois et demie la demande mondiale. Ainsi, en l’espace de quelques années, le marché est devenu sa chasse gardée. Selon l’agence spécialisée Bloomberg New Energy Finance (BNEF), 71% de la production mondiale de panneaux s’est faite en Chine en 2012, contre seulement 34% en 2007.

Conséquence de cet essor des fabricants chinois à bas coûts, l’Europe, où sont encore installés la majorité des panneaux, a importé près de 21 milliards d’euros de panneaux chinois en 2011, selon la Commission. Une concurrence qui a déjà coûté des milliers d’emplois et la fermeture de 60 usines dans le secteur sur le Vieux Continent, dont plusieurs entreprises allemandes (Q-Cells et Solarhybrid) et françaises (Solar France). Si rien n’est fait pour contrer l’hégémonie chinoise, la Commission européenne estime que 30.000 emplois supplémentaires seront amenés à disparaître.

Les 27 divisés

En instaurant des taxes progressives sur le solaire chinois, Bruxelles tente d’amener Pékin à négocier… avec un pistolet sur la tempe. Ainsi, à partir de ce jeudi 6 juin, les importations de produits chinois de l’industrie solaire seront taxées à hauteur de 11,8%. Et si aucun accord n’est trouvé dans les deux mois, le taux sera relevé à 47,6% en moyenne. Ces taxes punitives seront maintenues pendant six mois. La Commission européenne espère ainsi amener le gouvernement chinois à imposer des prix planchers à ses fabricants de panneaux solaires.

Reste que la stratégie est loin de faire l’unanimité des Etats membres de l’Union. 17 d’entre eux se sont élevés contre l’instauration de ces taxes, Allemagne en tête. L’opposition de Berlin aux taxes européennes est compréhensible quand on sait que l’Allemagne est le premier partenaire européen de la Chine, et serait donc directement affectée par des représailles commerciales. Qui plus est, le pays, qui tourne le dos au nucléaire, compte quelque 10.000 entreprises dans le secteur solaire (120.000 emplois). Mais sur ce nombre, seules 350 sont des producteurs de panneaux, les autres sont plutôt des revendeurs ou des installateurs qui profitent des panneaux chinois bon marché.

Le président français, François Hollande, a appelé ce mercredi à une “réunion” des 27 pour dégager “une solidarité de point de vue” sur les négociations commerciales avec la Chine. Certes, à ce stade, l’avis des Etats membres n’est que consultatif, mais à la fin de l’année, ils voteront pour prolonger les mesures pendant cinq ans. Le risque de voir la Commission désavouée est donc important. Un tel scénario serait une première. L’UE devrait alors rembourser aux producteurs chinois les droits de douane prélevés de manière provisoire.

Un goût de vinaigre

En attendant, l’enquête antidumping et anti-subventions ouverte par la Chine sur les vins européens laisse un goût de vinaigre dans le secteur, en Allemagne, en Espagne, en Italie et bien sûr, en France. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français (FEVS) dénonce “l’instrumentalisation” dont ils font l’objet. La Chine est le 3e marché à l’export pour le vin français. Elle a représenté 11,4% des exportations de vins de l’UE en 2012, pour une valeur de 763 millions d’euros, selon des chiffres fournis par la Commission.

Ce mercredi, pour calmer le jeu, Bruxelles a tenu à assurer que les exportations de vins européens vers la Chine ne bénéficient d’aucune subvention. Selon Roger Waite, le porte-parole du commissaire européen à l’Agriculture, “il existe des subventions pour la production de vin en Europe, mais pas pour les exportations”… Pékin tiendra-t-il compte de cette subtilité ?

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