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Les femmes en Iran


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Les femmes en Iran

Sur 77 millions d’iraniens, 49 pourcent sont des femmes. Des femmes qui luttent pour l‘égalité de leurs droits, dans un pays ou beaucoup d’entre elles paient durement leur militantisme. Les prochaines élections vont-elles marquer un tournant? Seront-elles entendues? Quels sont les obstacles auxquels elles font face?
Pour mieux comprendre, nous avons interviewé une féministe iranienne, mais avant ce sujet sur la situation des femmes là-bas.

En Iran, aux yeux de la loi, le sang d’une femme vaut la moitié de celui d’un homme… Le combat pour l‘égalité entre les sexes en Iran n’est pas encore gagné. Mais depuis des années, les iraniennes se battent pour être reconnues à part entière dans la société, et pour obtenir les mêmes droits civiques que les hommes: droit de divorcer, droit du travail, droit de garde des enfants, droit de voyager.

Un militantisme fort, malgré les dangers: le régime ne tolère aucun manifestation avec des femmes en tête du cortège. Et certaines iraniennes ont payé au prix fort leur engagement : que ce soit l’activiste et journaliste Narges Mohamadi ou l’avocate Nasrin Sotoudeh, ou encore l‘étudiante militante Bahareh Hedayat, toutes condammnées à de longues peines de prison.

Malgré toutes les pressions, la présence des femmes dans la société iranienne est visible. Elles sont à l’université, dans les manifestations, sur le marché du travail et même à l’assemblée. Elles lancent des campagnes comme « un million de signatures » pour demander le changement des lois en vigueur.

Mais plus elles s’organisent , plus le régime monte la garde, comme avec cette loi présentée par le gouvernement de Mahmoud Ahmadijedjad qui interdit la sortie du pays pour les femmes célibataires de moins de 40 ans sans l’autorisation de leur père ou de leur frère. Bizarrement, les femmes députés de l’assemblée ont soutenu cette loi.

Paradoxalement, le gouvernement a abaissé l’âge de pouvoir voter à 16 ans, le même pour les femmes et les hommes.

Le problème, une fois l‘élection passée, même les candidats ayant défendu des programmes en faveurs des femmes oublient leurs engagements envers une population féminine qui constitue 49 pour cent des 77 millions d’iraniens.

Trois questions à l’activiste Mansoureh Shojaee

euronews :
Pour mieux comprendre la situation des femmes en Iran, le combat qu’elles mènent pour leurs droits et les obstacles auxquels elles font face, nous rejoignons Mme Mansoureh Shojaee, militante féministe et membre du Pen Club à Londres. Nous avons une nouvelle élection en Iran. Les femmes ne peuvent pas se porter candidates à la présidentielle. Mais, en tant qu‘électrices, peuvent-elles s’attendre à voir leurs demandes réalisées?

Mansoureh Shojaee:
Je vous remercie de l’attention que vous portez aux problèmes des femmes pendant cette élection. En fait,conformément à l’article 115 de la Consitution, les femmes ne peuvent être candidates à l‘élection présidentielle. Particulièrement depuis 2005, dans toutes les élections, les mouvements de femmes militantes se sont confrontés à ce problème. Elles ont essayé, toujours, de voter aux élections parce qu’elles considèrent les urnes comme un moyen pour les citoyens de se faire entendre. Par conséquent, les femmes n’ignorent pas les élections. Au contraire, elles participent, critiquent, contestent et défendent leurs droits. Nous devons attendre et voir dans quelle mesure les résultats des urnes représenteront ces exigences. La participation des femmes dans le futur dépendra de la manière dont leurs revendications seront entendues et réalisées à travers leurs votes.

euronews:
Quels sont les obstacles que rencontrent les Iraniennes pour obtenir leurs droits?

Manoureh Shojaeed:
Il y a une discrimination juridique qui empêche les femmes de faire valoir leurs droits. Pour dépasser ces obstacles juridiques, les activistes des droits des femmes ont toujours voulu exprimer leur opposition à ces lois de manière pacifique. Il y a eu certains progrès. Quoi qu’il en soit, il y a eu toujours de gros défis entre les activistes d’une part, et les législateurs et l’exécutif d’autre part.

euronews:
Quels moyens les femmes iraniennes ont-elles pour faire respecter leurs droits?

Mansoureh Shojaee:
Le seul moyen dont dispose le mouvement des femmes, un nouveau mouvement social en Iran, pour faire valoir leurs droits passe par un changement des textes de lois. Grace à leurs activités, les coalitions qu’elles ont formées et à travers leurs campagnes, les femmes ont transmis leurs revendications aux autorités. Il y a une prise de conscience de la société. Il devrait être possible d’avoir la liberté de tenir des réunions, d‘écrire des articles et de contacter les services publics, et que les femmes puissent communiquer en permanence avec les parlementaires. Il devrait être possible pour les femmes de communiquer avec le législateur, avec le parlement et le gouvernement au sujet de leurs demandes. Aujourdh’ui, nous espérons que les lois existantes pourront être modifiées. Sinon, ça restera un défi pour les femmes. Cette revendication doit être mise en avant et elle doit être traitée de façon sereine et judicieuse. En tant que citoyennes à part entière, les femmes ont le droit de s’opposer à une législation discriminante. Les autorités devraient être responsables et écouter ces revendications, pour que ces blocages soient résolus et que tous les citoyens de ce pays puissent vivre harmonieusement, y compris les femmes.

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