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L'Iran, 34 ans après la révolution islamique

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L'Iran, 34 ans après la révolution islamique

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L’Iran va bientôt avoir un nouveau président, un pays qui a toujours voulu être différent du reste du monde et nager à contre-courant de la vague internationale. Plusieurs décennies de vieille réthorique et de confrontation avec l’Occident ont entraîné le déclin économique et l’augmentation des sanctions au fil des ans, un fardeau quotidien pour la population. Pour mieux comprendre, nous parlerons avec l’analyste Rouzbeh Parsi depuis Stockholm, juste après ce rappel des faits.

Le dernier Shah d’Iran tint d’une main de fer son pays qu’il rêvait moderne et occidentalisé. Acculé à l’exil en janvier 79 par la fronde populaire, il emmène ses rêves fastueux avec lui.

La Révolution islamique apporte une autre domination, théocratique celle-là, avec l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini.

La République islamique va sonner le glas des relations cordiales avec l’Occident, c’est la crise de la prise d’otages dans l’ambassade américaine à Téhéran en 1979. Rupture des relations avec les Etats-Unis, premières sanctions.

Un cap est encore franchi quand en septembre 80, l’Irak envahit l’Iran avec le soutien occidental.

Avec les ambitions nucléaires de l’Iran, les tensions vont atteindre leur point culminant. Pour les Iraniens, la puissance nucléaire est un moyen de se moderniser. Les Occidentaux suspectent des intentions cachées… Chaque camp manie le chaud et le froid, sur fond de prises de sanctions accrues par l’Onu.

Washington accuse l’Iran d‘être l’allié du terrorisme, de bafouer les droits de l’Homme et la démocratie, Téhéran en retour, juge l’Amérique comme la principale menace à son intégrité territoriale, et considère les sanctions comme l’outil de son isolement.

L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche semble ouvrir une nouvelle ère :
“Nous tendrons la main si vous ouvrez le poing,” leur dit le nouveau président américain.

Mais le dialogue de sourds n’a pas changé ou presque, en 34 ans.

Même si Téhéran est devenu plus rationnel, ses positions vis-à*vis de l’extérieur restent confuses et contradictoires, oscillant sans cesse entre pragmatique et rhétorique idéologique.

euronews :
Rouzbeh Parsi vous êtes analyste à l’institut d‘études de sécurité de l’Union européenne, vous nous rejoignez maintenant de Stockholm. Trente-quatre ans après la révolution islamique iranienne, comment définiriez-vous l’Iran: radical? Pragmatique? Pragmatique et radical?

Rouzbeh Parsi :
Je dirais que c’est un état post-révolutionnaire qui tente de se réconcilier avec le fait que son discours ne correspond plus à sa politique. C’est, à bien des égards, une puissance du statu quo.

euronews:
Pourquoi l’Iran nage-t- il à contre le courant dans ses relations avec la communauté internationale?

Rouzbeh Parsi :
Eh bien, dans une certaine mesure, cela remonte à la révolution. Le point important, étant d’essayer de re-façonner le monde d’une façon qu’ils considèrent plus juste. D’une certaine façon, ils essaient toujours d’y arriver .

euronews:
Qui paie pour les sanctions occidentales, les Iraniens ou le programme nucléaire de l’Iran?

Rouzbeh Parsi :
À l’heure actuelle, la plupart des dernières sanctions qui ont été imposées à l’Iran pèsent sur la société et la population en général. L’Etat parvient encore à tirer son épingle du jeu, pour l’instant du moins.

euronews:
Pensez-vous que l’Iran et les Etats-Unis se retrouveront un jour face-à-face pour une négociation?

Rouzbeh Parsi :
A mon avis, c’est inévitable. La question surtout, c’est de savoir qui aura la volonté politique et le courage, non pas le clamer, mais de passer à l’acte.

euronews:
Vu ce qui se passe actuellement dans la région, au Moyen-Orient et sur la scène mondiale, les relations entre l’Iran et l’Occident tiennent-elles du bras de fer géopolitique, ou est-ce plus une question de démocratie en Iran?

Rouzbeh Parsi :
C’est un peu les deux : je veux dire, évidemment l’Iran en matière de droits de l’homme mérite bien des critiques, certaines choses que fait l’Iran dans la région ne sont pas constructives, mais en même temps, c’est une question de géopolitique. Certains des problèmes seraient là quelque soit ceux qui sont aux commandes à Téhéran.

euronews:
Ou en est le Mouvement vert?

Rouzbeh Parsi :
Pour être considéré comme un «mouvement», il faudrait qu’il soit plus permanent, je dirais plutôt… Le mécontentement est là, Il n’y a pas à revenir là dessus, mais qu’est-ce qu’il forme, se rassemble t-il dans un vrai mouvement, c’est une autre question.

euronews:
Qui décide au final en Iran?

Rouzbeh Parsi :
Celui qui prend la décision finale – mais il n’est pas le seul – c’est le chef suprême, Ali Khamenei.

euronews:
Mais la politique en Iran est beaucoup plus compliquée. Il existe plusieurs strates de prises de décision, non?

Rouzbeh Parsi :
Absolument, elles se composent de différents cercles et réseaux de pouvoir, qui se trouvent dans les institutions militaire, dans le monde politique, dans les affaires, etc. Et c’est pour cela que je dis qu’il est celui qui décide au final, mais qu’il n’est pas le seul à décider. Il doit encore prendre en compte toutes ces factions et ces réseaux avant de prendre une décision qui sera soutenue par eux, c’est nécessaire.

euronews:
Qui perd le plus dans cette confrontation, l’Iran ou l’Occident?

Rouzbeh Parsi :
Eh bien, quand vous regardez le poids géopolitique et les forces en présence, l’Iran est celui qui va perdre le plus. Les Etats-Unis peuvent considérer l’Iran comme un problème dans la région, mais ils ont d’autres chats à fouetter qu’un pays comme l’Iran au Moyen-Orient. Cela ne signifie pas pour autant que l’occident n’ait pas un prix à payer dans cette politique avec l’Iran.

euronews:
Qui selon vous va gagner l‘élection présidentielle en Iran?

Rouzbeh Parsi :
La seule règle en la matière, c’est que durant les 20 dernières années, toutes les élections présidentielles ont eu leur lot de surprises, et je pense que celle ci en aura aussi.

euronews:
Et comment voyez-vous l’Iran dans les quatre années à venir, avec le prochain président?

Rouzbeh Parsi :
Les deux prochaines années vont être très importantes, parce que, d’abord, il y a la question de la gestion du pays. Le pays a été très mal géré. I y a la question du manque de confiance de la sociéte, et il y a bien sûr la question primordiale de la politique économique, de la situation économique, de la structure économique qui ne marche pas du tout.

euronews:
Comment voyez vous la fin du conflit avec l’Occident, le compromis ou la guerre?

Rouzbeh Parsi :
Nous ne pouvons qu’espérer un compromis, et je pense que toutes les parties en verront l’intérèt. La question est de savoir s’ils pourront y arriver avant que les tensions nées de la confrontation ne soient irréversibles.