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Etats-Unis: la morale est religieuse ou n'est pas

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Etats-Unis: la morale est religieuse ou n'est pas

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Les Etats-Unis refuseraient-ils les athées ? Les services d’immigration du pays ont dû reconnaître leur erreur dans le dossier de naturalisation de Margaret Doughty, une citoyenne britannique de 65 ans. Elle s‘était d’abord vue refuser le statut d’objectrice de conscience pour le service militaire, une obligation uniquement requise en cas de conflit, l’empêchant d’obtenir la nationalité américaine, au motif qu’elle n’appartient à aucune paroisse ou organisation religieuse.

C’est seulement la veille de son audience, qui devait avoir lieu ce 21 juin, que Margaret Doughty a eu la surprise et le plaisir de recevoir un email des services de l’immigration, lui annonçant que sa demande avait été acceptée et qu’une erreur avait été commise. Elle pourra donc prêter un serment pacifique à son nouveau pays, dès la semaine prochaine.

Margaret Doughty vit aux États-Unis depuis près de trente ans. Elle a, à ce titre, fait cette année une demande de naturalisation afin d’obtenir la nationalité américaine.
Mais un problème se pose quand vient le moment d’examiner le serment d’allégeance que tout immigré obtenant la nationalité américaine doit prononcer lors de l’audience finale.

En effet, Margaret Doughty est ce qu’on appelle une objectrice de conscience : elle refuse de se plier à certaines obligations, qu’elle considère comme allant a l’encontre de sa conscience morale. Dans ce cas précis, elle ne souhaite pas, comme le serment d allégeance le préconise, “prendre les armes pour les États-Unis si la loi l’exige; accomplir [s]on service militaire pour les États-Unis si la loi l’exige”.

Elle mentionne donc son statut dans sa demande, tout en sachant que les objecteurs de conscience sont dispensés de cette mention aux armes et au service militaire. Or, le bureau de l’immigration de Houston chargé de son dossier lui notifie que pour jouir du statut d’objectrice de conscience, elle doit prouver son appartenance à une paroisse ou une organisation religieuse qui s’oppose publiquement à tout comportement belligérant. Le-dit bureau avait alors donné à Mme Doughty jusqu’au vendredi 21 juin pour prouver sa bonne foi, au risque de voir sa demande serait rejetée dans le cas contraire, ses principes moraux n‘étant pas des principes religieux.

Pourtant, l’objection de conscience n’est pas une prérogative religieuse. Margaret Doughty ne fait partie d’aucune paroisse ou organisation religieuse, se déclarant athée. Son objection de principe à porter les armes et aux conflits s’appuie sur des principes moraux et éthiques. Principes pour lesquelles elle a déjà été récompensée, par la Reine d’Angleterre notamment, qui lui a remis l’Ordre de l’Empire britannique en 1999 pour son travail dans le domaine de l‘éducation. Mme Doughty s’est aussi illustrée aux États-Unis en fondant une association à but non lucratif destinée luttant en faveur de l’alphabétisation dans le pays.

L’annonce du bureau de l’immigration a généré une vague d’ indignation dans les milieux athées américains, et dans les médias, qui dénoncent une “violation claire” du Premier Amendement de la constitution, qui interdit l‘établissement d’une religion d‘état, la préférence d’une religion sur une autre ou d’une religion sur les non-croyants.

La règle avait été établie lors d’un précédent dans ce conflit autour de la définition de l’objection de conscience : en 1970, Elliott Welsh est poursuivi pour refuser d’intégrer les forces armées des États-Unis. Il explique son refus par sa position d’objecteur de conscience, mais ne le base pas sur une quelconque croyance religieuse. La Cour Suprême lui donnera finalement raison, et étendra la définition de l’objection de conscience, en la dotant d’un pan laïc.

Crédits photos: Adrian Pingstone.