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Russie : tapis rouge pour Marine Le Pen

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Russie : tapis rouge pour Marine Le Pen

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Le président de la chambre basse du Parlement russe, Sergueï Narychkine, a reçu en personne Marine Le Pen mercredi dernier. Profitant d’un accueil très chaleureux, la présidente du Front national s’est également longtemps entretenue avec le responsable des affaires internationales à la Douma, Alexeï Pouchkov.

Passage dans la cour des grands

L’escapade n’aura duré que deux jours mais avec ces deux nouvelles rencontres officielles, Marine Le Pen travaille de près sa crédibilité diplomatique. Celle qui dirige le parti fondé par son père depuis 2011 peut désormais afficher des soutiens internationaux de poids. Elle n’a d’ailleurs pas boudé les médias du pouvoir qui l’ont largement sollicitée à l’issue de ses rencontres à la Douma et qui lui réservent une place de choix depuis plusieurs mois. La télévision d‘État en a fait sa véritable chouchoute et la présente toujours comme la principale opposante au gouvernement de François Hollande, en accord avec son discours habituel.

Sur le ton d’une représentante diplomatique, Marine Le Pen a déclaré qu’elle souhaitait que cette première visite en Russie “resserre les liens” entre la Russie et la France. La présidente du FN a mis les petits plats dans les grands en prenant des accents de représentante officielle de la France. Sergueï Narychkine a complimenté son invitée en la considérant ouvertement comme “une personnalité politique respectée” et s’est ensuite exprimé au sujet de la France en général. Certains hauts responsables de Russie ont même jugé que le FN était “l’avenir de la France”. La suite des échanges n’a pas été ouvert à la presse.

L’accueil extrêmement cordial accordé à Marine Le Pen est une façon pour les autorités russes de montrer à la population que les lois votées par le pouvoir, telle que la loi réprimant la “propagande” homosexuelle adoptée au début du mois, sont aussi défendues par des mouvements politiques européens, sans préciser leur nature, tout extrémistes qu’ils soient.

Ce rapprochement soudain avec le principal parti d’extrême droite français n’est pas surprenant. Poutine tient tête au monde occidental “ultra-libéraliste”, comme elle ne cesse de le dénoncer, et le Kremlin se tourne de plus en plus vers une politique conservatrice et nationaliste avec le rejet de l’immigration et une attitude agressive vis-à-vis d’autres puissances.

Une affaire de famille

L’histoire d’amour entre les Le Pen et la Russie ne date pas d’hier. Pendant deux jours, Marine Le Pen a déclamé tout son attachement au pays qui punit la ‘propagande homosexuelle’. Jean-Marie Le Pen est un ami de longue date de Vladimir Jirinovski, président du parti Libéral-démocrate russe, un mouvement ultranationaliste. En décembre dernier, sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, avait fait le déplacement en Russie. La benjamine de l’Assemblée en France en avait profité pour marteler son discours habituel sur la défense de la souveraineté et de l’identité. Aujourd’hui, c’est sa fille Marine qui a repris les rênes et la présidente frontiste entend bien nouer des liens avec Vladimir Poutine.

La patronne du Front a exprimé son désarroi face à ce qu’elle considère comme “une sorte de Guerre Froide à la Russie” menée par l’Union européenne. Elle s’en est aussi pris à l’image que les Français ont de la Russie et qui n’est “pas objectivement la réalité”, selon elle. Dans une société très largement xénophobe et homophobe, elle en a profité pour fustiger le mariage pour tous – sujet sur lequel elle reste pourtant stratégiquement silencieuse dans les médias français – et l’ouverture des frontière. Quelques jours aprés la rencontre tendue entre Vladimir Poutine et le président français François Hollande à l’occasion du G8, la femme politique qui culmine dans les sondages a salué la position du Kremlin de ne pas intervenir en Syrie et de continuer à livrer des armes à Bachar el-Assad. En adoration devant ce grand pays, Marine Le Pen n’a en revanche pas évoqué le cas des Femen emprisonnées pour avoir protester, dans une église, contre la politique de Poutine.