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Au Brésil, la Coupe du Monde ne fait pas l'unanimité


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Au Brésil, la Coupe du Monde ne fait pas l'unanimité

“Tous les Brésiliens approuvent la Coupe du Monde au Brésil.” “La population soutient la Coupe du Monde” “Tout le monde veut la Coupe du Monde au Brésil”

Signées Luis Fernandes, le ministre des sports brésilien, ou Ricardo Trade, le président du Comité d’organisation de la Coupe du Monde, ces déclarations ne parviennent pas à masquer la réalité : le gouvernement l’a toujours nié mais les Brésiliens ne cessent de dénoncer l’argent dépensé pour accueillir le mondial 2014.

Alors que débutait la Coupe des Confédérations, des milliers de personnes ont manifesté : beaucoup de Brésiliens ne comprennent pas comment un pays peut dépenser 11 milliards d’euros pour la Coupe du Monde mais ne pas avoir d’argent pour améliorer les services publics.

Euronews a rencontré les habitants de la favela de Rocinha; la plus grande favela du Brésil. Leurs propos sont sans équivoque : “Les principaux problèmes sont la corruption et l’absence de droits des citoyens. Quand il pleut, les gens perdent leurs maisons; et eux, ils ne pensent qu‘à la Coupe du Monde. Ils ne se soucient pas d’autre chose”. “La santé publique et les écoles sont mauvaises. Le Brésil n’est pas prêt pour la Coupe, il a encore besoin de beaucoup de choses. Les transports en commun se dégradent”. “Maintenant, ils veulent cacher la réalité et prétendent que tout sera prêt, mais ce n’est pas vrai.”

Les joueurs de la Seleçao, l‘équipe nationale brésilienne, s’efforce en revanche de positiver. “Beaucoup de gens critiquent le Brésil, nous avons la violence, la criminalité et d’autres problèmes, mais voyons le côté positif: si le Brésil n’avait pas tout cela, ce serait un pays parfait”; affirme ainsi l’attaquant Hulk. Neymar, la star de l‘équipe, renchérit : “Je crois que si tout le monde continue à se focaliser sur son travail, nous n’aurons pas de problème lors de la Coupe du Monde.”

Après ce Mondial , les 12 nouveaux stades – construits avec l’argent public – seront administrés par des clubs ou des entreprises privées. Alors que de nombreux travaux d’infrastructures – payés également avec l’argent public – ne seront pas terminés .

Romario, champion du monde en 1994, aujourd’hui député fédéral du Brésil, monte au créneau : “La santé publique et l‘éducation sont encore très loin d’atteindre le niveau de l‘économie du pays.” (…)
“Quand le gouvernement a annoncé l’organisation de la Coupe du Monde en 2007, il a déclaré clairement que 90% des dépenses proviendraient des entreprises privées, contre seulement 10% du public. Malheureusement, aujourd’hui, nous constatons que 100% du budget est de l’argent public”.

Depuis le premier jour, la FIFA donne clairement des ordres au Brésil. Les Brésiliens n’aiment pas le ton, mais le gouvernement suit ses directives. Le Brésil a exempté la FIFA de payer 194 millions d’euros de taxe : la FIFA peut ainsi importer et commercialiser des produits, embaucher des personnes pendant cinq ans sans payer de taxe. Ce qui a permis, par exemple, de financer le nouveau stade de Fortaleza.

“Pour la FIFA et pour le monde du football, ce doit être un honneur d’organiser une Coupe du Monde au Brésil, renchérit Romario. Malheureusement, beaucoup de politiciens brésiliens déifient la FIFA parce qu’ils pensent qu’elle lui fait une faveur.”(…) “Je vous le dis, la FIFA est venu au Brésil sans payer un euro et ils vont partir avec au moins 1 milliard d’euro.”

Ricardo Trade n’est pas d’accord avec Romario. Le président du comité local d’organisation est la personne qui a reçu directement les consignes de la FIFA. Il est aujourd’hui détesté dans son pays. Mais il explique que les Brésiliens tireront des bénéfices du Mondial : “Pensez que le Brésil aurait pu attendre 20 ans de plus ces travaux d’infrastructures, et vous comprendrez l’avancée faite par le gouvernement grâce à l’organisation de cette Coupe du Monde. Les gens tireront bientôt des bénéfices de cet évènement : ils vont sentir une amélioration dans leur vie. Et la Coupe du Monde est également importante pour l’image du pays à l‘étranger. Aujourd’hui, le Brésil accueille moins de touristes par an que Paris, qui est une ville. Si nous prouvons nos compétences dans les aéroports, les transports publics, les hôtels, les restaurants, je suis sûr que les gens reviendront au Brésil avec leurs familles. Prenons l’exemple de l’Afrique du Sud : de nos jours, beaucoup de gens pensent visiter ce pays alors qu’on ne pouvait peut-être pas l’imaginer auparavant. Ce tourisme de masse va secouer et améliorer notre économie. Les gens vont comprendre que la Coupe du monde apportera l’emploi, les structures et les ressources pour le pays “.

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