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Egypte : le web pour lutter contre les agressions sexuelles

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Egypte : le web pour lutter contre les agressions sexuelles

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En marge des manifestations qui remplissent à nouveau la place Tahrir, on dénombre près d’une centaines d’agressions sexuelles, entre le 28 juin et le 2 juillet. Le phénomène est malheureusement courant en Egypte, et est régulièrement dénoncé par les organisations de défense de droits de l’homme, comme Human Right Watch.

Les femmes du bus 678 ne renieraient pas ces initiatives 2.0 de lutte contre ce fléau de l’Egypte. En effet, l’utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter est un pan à part entière de l’action de groupes comme Tahrir Bodyguards ou OpAntiSH (pour Operation Anti Sexual Harassment, Opération Anti Harcèlement Sexuel).

Ces groupes se donnent pour mission de protéger les femmes qui veulent pouvoir s’exprimer et manifester sur la voie publique sans craindre pour leur bien-être et parfois pour leur vie.

Le site Gawker rapporte que de la fondatrice Tahrir Bodyguards, ne pouvait pas supporter de choisir entre rester chez elle et être en sécurité, et être la cible d’agression si elle sortait pour manifester. Elle a donc décidé, sinon de prendre les armes, de prendre casque et gilet fluo.

C’est l’uniforme de ces gendarmes civils, des volontaires hommes et femmes qui, depuis plus d’un an, se réunissent chaque soir, et surveillent la place. Ils annoncent les horaires et les points de départs de leurs rondes, et donnent rendez-vous à ceux qui voudraient les rejoindre. Ils signalent également tout lieu où des agresseurs ont été repérés, et demandent à leurs abonnés de faire de même. Cela permet à la fois d’envoyer un groupe de volontaires très rapidement sur place, mais aussi de prévenir les femmes d’éviter l’endroit.


Les membres de Tahrir Bodyguards insistent sur la notion de solidarité qui est au fondement de leur initiative. C’est ainsi que fonctionnent toute initiative via le web, mais aussi toute révolution. Il est important pour eux de lutter afin de conserver l’esprit et le symbole de la place Tahrir. Cela signifie également une solidarité entre groupes de luttes : Tahrir Bodyguards et OpAntiSH marchent main dans la main, se relayant pour venir en aide aux victimes et pour prévenir les agressions.

Ces « gardes du corps » font en fait office de police sur la place : les Égyptiens rapportent que la police a déserté la place Tahrir depuis les révolutions, laissant devenir le symbole de la révolution une zone de non-droit. S’y exerce en toute impunité le pire de ce que la société égyptienne peut produire. Les associations de lutte contre les violences faites aux femmes rappellent à quel point il est important de réfléchir au rôle tenu par les institutions religieuses et éducatives, afin de cerner ce qui fait dire au Général Adel Afifi par exemple, que les femmes « contribuent à 100% aux agressions sexuelles car elles se mettent dans de telles situations. ».

Ils se joignent ainsi à des initiatives participatives plus anciennes comme HarassMap. Fondée en décembre 2010, ce site cartographie les lieux d’agressions ou de harcèlement sexuel à travers toute l’Egypte. Les dites agressions sont quantifiées et classifiées selon leur type : attouchements, huées, regards lascifs…

Tahrir Bodyguard a recensé 46 agressions sexuelles le 30 juin, du jamais vu depuis la formation du groupe. Deux jours auparavant, une journaliste néerlandaise a été agressée par cinq hommes, et a du être transportée à l’hôpital à cause de ses blessures.


Pourtant, plusieurs femmes disent se sentir plus en sécurité depuis que les volontaires patrouillent. 99% des femmes égyptiennes ont déjà fait l’expérience d’harcèlement ou d’agression sexuelles, d’après un rapport de l’ONU Femmes.