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Le nouvel exil des Palestiniens de Syrie


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Le nouvel exil des Palestiniens de Syrie

Haïfa en 1948. Ces Palestiniens fuient les bombes et leur pays, lors du premier conflit israélo-arabe. Nombre d’entre eux partiront s’installer en Syrie après la création d’Israël.

65 ans plus tard, leurs petits-enfants sont eux aussi contraints à l’exil.

85 000 Palestiniens de Syrie ont rejoint le Liban depuis le début du conflit syrien.
La plupart vit dans d’anciens camps en dur, transformés en quartiers de fortune, comme celui-ci à Beyrouth.

Bienvenue à Chatila.

C’est ici qu’eut lieu le massacre de Sabra et Chatila en 1982. Des miliciens chrétiens avaient tué des centaines de réfugiés palestiniens. On parle de 800 à 3500 civils morts, selon les sources.

C’est donc ici que nous avons rencontré ceux qui ont fui la Syrie, comme cette mère de trois enfants qui a dû quitter Homs. Elle ne souhaite pas être identifiée. Nous l’appelerons donc Sawsan.

“Mon mari est d’abord venu au Liban pour travailler. Il n’y a plus d’activité économique en Syrie. Il n’y a même plus de pays. Malgré les conditions difficiles auxquelles nous sommes confrontés ici, nous n’avons pas d’autre choix”, raconte-t-elle.

Les grands-parents de Sawsan avaient dû abandonner Haïfa et Jaffa, deux villes situées désormais en Israël. La moitié de la famille s‘était installée au Liban, l’autre en Syrie. Et pour Sawsan, cet exil ne peut être que temporaire.

“D’après moi, lorsque la situation s’améliorera en Syrie, la nôtre s’améliorera aussi. Parce que notre avenir est là-bas. Nous voulons un meilleur avenir pour nos enfants”. “J’aime la Syrie et la Palestine”.

Les réfugiés comme Sawsan n’ont d’autre choix que de s’en remettre à l’UNRWA, l’Office des Nations Unies pour les Réfugiés de Palestine, pour trouver, notamment, une solution d’hébergement.
Car l’arrivée au Liban est loin de marquer la fin des problèmes, dans un pays où les Palestiniens sont très souvent stigmatisés. Ainsi, une vingtaine de professions leur sont interdites.

Mahmoud Abbas est le directeur du Centre pour les Enfants et la Jeunesse à Chatila (ndlr : ce n’est donc pas le chef de l’Autorité Palestinienne, mais un homonyme) :
“Le gouvernement libanais prive les Palestiniens de leurs droits à travailler, à créer des associations, et à circuler librement à l’extérieur des camps. Les Palestiniens n’ont pas le droit de posséder une maison à l’extérieur des camps. C’est une tragédie pour eux”, s’indigne-t-il.

Le camp de réfugiés de Chatila a été construit en 1948 pour accueillir 3000 personnes. Aujourd’hui, elles sont cinq fois plus nombreuses. Pas d’eau potable, ni d‘électricité. Ici, les réfugiés vivent dans l’insalubrité.

“Ces conditions d’hébergement ne sont même pas convenables pour des rats, pour des animaux. Il suffit de circuler dans le camp pour se rendre compte que ce ne sont pas des conditions acceptables pour des êtres humains. Les Nations Unies pleurent en disant qu’elles ne disposent pas d’assez de fonds pour soutenir l’UNRWA, mais elles ont des fonds pour financer l’armement. Ces gens, ces donateurs ou ces gouvernements riches, ils ont de l’argent pour ceux qui se battent à la frontière avec la Syrie, ils ont de l’argent pour les camps de réfugiés de Bekaa et d’Akkar mais ils n’en ont pas pour financer l’hébergement de ces pauvres réfugiés”, commente Mahmoud Abbas, le directeur du Centre pour les Enfants et la Jeunesse à Chatila .

D’après le gouvernement libanais, il y aurait plus d’un million de réfugiés syriens au Liban.
Un flux impossible à gérer, disent les autorités.
Abu Yamen a une cinquantaine d’années. Lui a quitté Damas avec ses six enfants, il y a près d’un an.

“J’ai décidé de partir car ce n‘était plus supportable pour mes enfants. Trois de mes enfants sont étudiants à l’université. Nous avons beaucoup souffert des raids aériens et des bombes qui survenaient tous les jours. On est parti avec ce qu’on avait sur le dos. On a loué une voiture et on est parti”, raconte-t-il.

“Personne ne nous aide ici. Je paye 250 dollars (188 euros) de loyer par mois. Je n’ai pas de travail mais j’ai essayé d’en trouver un. Je suis allé dans différentes régions du Liban mais je n’ai rien trouvé, même pas de poste de chauffeur. Mes enfants ne peuvent pas travailler non plus. Nous attendons des aides d’associations, d’oeuvres de charité, et de l’Union européenne mais on ne reçoit rien”.

Les parents d’Abu Yamen sont originaires de la ville qui est devenue aujourd’hui Kiryat Shmona dans le nord d’Israël. Pour lui, il n’y a pas d’avenir en Syrie.

“La situation est désastreuse pour nous. Nous voulons retourner en Palestine tout de suite, dès demain ! Nous voulons rentrer en Palestine car nous avons une terre là-bas !”, ajoute Abu Yamen.

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