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Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité: "nous avons parcouru une bonne partie du chemin"


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Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité: "nous avons parcouru une bonne partie du chemin"

La salle des marchés est le cœur stratégique du siège, au Luxembourg, du Mécanisme européen de stabilité, la jeune institution de gestion des crises financières mise en place en octobre 2012 : ici des hommes et des femmes bataillent tous les jours pour maintenir la zone euro en vie, grâce à un dispositif pouvant lever jusqu‘à 700 milliards d’euros sur les marchés financiers, pour aider des États européens en difficulté. Nous avons rencontré son directeur général, l’allemand Klaus Regling. A l’en croire, la plupart des pays de la zone euro en crise feront bientôt leur retour sur les marchés.

euronews:
Monsieur Regling, ma première question est posée par mes confrères grecs basés à Athènes : pourquoi le Mécanisme européen de stabilité ne recapitalise t-il pas directement les banques grecques?

Klaus Regling: Sur l’ensemble du programme grec, 50 milliards d’euros sont allés aux banques grecques via le gouvernement grec. Cela a permis de restructurer et recapitaliser les quatre plus grandes banques grecques. Ce à quoi vous faites peut-être allusion et que nous ne sommes pas en mesure de réaliser cette année, c’est ce qu’on appelle la recapitalisation bancaire directe, ce que nous pourrons peut être faire l’année prochaine. Cet instrument pourra être mis en oeuvre si la Banque centrale européenne agit comme un superviseur commun dans la zone euro, alors on aura cette possibilité. Pour le moment, nous devons procéder indirectement, l’argent va au gouvernement, à destination des banques, c’est ce qui s’est passé.

euronews:
Le Fonds monétaire international assure qu’un autre plan de sauvetage est nécessaire, qu’il faut une deuxième réduction de la dette pour la Grèce…

Klaus Regling:
Eh bien, c’est en discussion, mais ce n’est pas si clair. Pour le moment, le programme est en cours, et il va jusqu‘à la mi-2014. Il est entièrement financé, à supposer que la Grèce respecte pleinement les conditions, puis nous continuerons à mettre la main au porte monnaie, comme le Fonds monétaire international, et il y a un engagement de la Zone euro selon lequel, si la Grèce poursuit ses réformes et si des financements complémentaires sont nécessaires à la fin du programme actuel, au milieu de l’année prochaine, alors une aide supplémentaire sera accordée, mais il est beaucoup trop tôt pour dire sous quelle forme.

euronews
Vous avez une certain capital disponible au sein du Mécanisme européen de stabilité. Derrière moi, il y a cette belle illustration, qui assure que vous avez “les muscles qu’il faut pour venir en aide”. Tout de même: cette image est-elle juste? N‘êtes-vous pas sous-financé?

Klaus Regling:
Le fait est que le Fonds européen de stabilité financière, le FESF, et maintenant le MES, le Mécanisme européen de stabilité, ont eu beaucoup de succès sur le marché : au cours des 2 années et demi passées, nous avons levé environ 140 milliards d’euros, en partant de zéro, un gros succès. Globalement, le FESF et le MES ont une capacité de prêt de 700 milliards d’euros. 90 pour cent de la capacité de prêt du MES n’est pas engagée, inutilisée, disponible en cas de besoin, et à mon avis, qu’une grande puissance de feu soit possible, c’est rassurant aussi pour les marchés.

euronews:
Grosse puissance de feu disponible : mais suffisamment pour l’Italie, au cas ou le scénario du pire se produise?

Klaus Regling:
La puissance de feu est suffisante aussi pour financer un grand pays si besoin. Nous avons entendu toutes sortes de prévisions ces 2 années et demi, beaucoup ont prédit la fin de l’euro… Heureusement, tous ceux qui ont annoncé des catastrophes n’ont pas été entendus, la plupart ont eu tort, et nous enregistrons des succès dans nos Etats membres. Les programmes d’ajustement fonctionnent en Irlande, au Portugal et en Grèce, il y a des progrès, ils réduisent leurs déficits budgétaires, ils améliorent leur compétitivité, nous avons des réussites …

euronews:
Vous mentionnez l’Irlande. Est-ce vraiment une réussite?

Klaus Regling:
L’Irlande, c’est un véritable succès. Les taux d’intérêt sont au-dessous de quatre pour cent pour les obligations d‘État à dix ans. C’est un vrai succès, car ils dépassaient les 10% il y a deux ans. l’Irlande a déjà pu revenir sur le marché, et émettre des obligations d‘État à dix ans.

euronews:
Bien, l’Irlande, c’est une réussite. Passons au Portugal : il y a un coup de chaud en perspective, dans le système politique et à travers lui, dans le système financier. Jetons un oeil aux taux d’intérêt, qui filent vers le haut. Il y a eu cette énorme hausse des taux d’intérêt il y a quelques semaines au Portugal, et on a toujours un certain risque systémique et d’instabilité au Portugal. Pourtant, le gouvernement portugais a suivi à la lettre vos recommandations et celles de la troïka : alors, qu’est ce qui ne va pas?

Klaus Regling:
Le Portugal est en bonne voie. Si on regarde certains indicateurs : la compétitivité, la performance des exportations… la balance commerciale est revenue à l‘équilibre au Portugal également. Et en même temps c’est dur pour la population. Le PIB est en baisse, donc l’activité économique réelle est en baisse, le chômage ne cesse d’augmenter, ce qui conduit à l’instabilité politique, deux ministres du gouvernement ont démissionné, il y a eu une crise politique. Mais je pense que maintenant le Portugal est à nouveau sur la bonne voie : la coalition a tenu.

euronews:
Concernant l’Espagne : êtes-vous en discussion avec les autorités espagnoles sur des lignes de crédit stand-by ?

Klaus Regling:
D’après ce que je sais, et cela a été confirmé par les autorités espagnoles, elles ne demanderont plus de fonds pour les banques espagnoles, et je n’ai aucune indication qu’ils voudraient un autre programme. Je ne pense pas qu’ils en aient besoin.

euronews:
Qu’est-ce qui se passera demain, si une banque fait faillite. Qui devra payer?

Klaus Regling:
L’argent public, l’argent des contribuables européens sera moins utilisé que dans le passé, les créanciers des banques seront plus impliqués, de façon plus systématique, y compris les détenteurs de dettes juniors, et si nécessaire aussi les déposants dessus de la limite de 100 000 euros. Il y a certaines règles à ce sujet, mais les détails sont encore à l‘étude avec le Parlement européen.

euronews:
M.Barroso, le président de la Commission européenne, a déclaré : le pire de la crise est passé. Pourtant, nous avons de sérieuses inquiétudes concernant le Portugal, Chypre, la Grèce, la Slovénie, peut-être d’autres pays. Alors, qui a raison, qui a tort?

Klaus Regling:
La moitié, voire même les deux tiers du travail ont été faits, je le vois, nous parvenons au terme de cette opération : car les pays qui ont rempli leurs obligations vont pouvoir revenir sur le marché, et dans ce sens, nous avons parcouru une bonne partie du chemin.

euronews:
Une dernière question, elle concerne la peinture que vous avez choisi pour le mur de votre bureau : pourquoi cette peinture en particulier?

Klaus Regling:
D’abord, c’est une peinture très colorée, elle va bien dans ce bureau qui, sinon, serait essentiellement blanc ou gris, mais aussi, elle symbolise un comportement fondamental du marché : un comportement grégaire, ou tout le monde va dans le même sens, parfois trop. Et notre rôle, en partie, c’est d’en être conscient, et si possible,aussi, de surveiller ce comportement grégaire.

euronews:
Vous êtes donc le berger qui doit arrêter le troupeau…

Klaus Regling:
C’est peut être difficile, voire dangereux, mais oui, il faut rester en alerte …

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