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Hassan Rohani : un tournant dans la politique étrangère iranienne?


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Hassan Rohani : un tournant dans la politique étrangère iranienne?

C’est ce week-end que le nouveau président iranien, Hassan Rohani, sera officiellement investi. Ce religieux, dit modéré, a promis de changer la donne sur la scène internationale, mais à quel point?
Il a été élu sur un programme : l’allègement des sanctions, qui asphyxient le pays et alimentent le mécontentement de la rue. Pour y parvenir, il devra rouvrir les négociations avec l’Occident sur le dossier du nucléaire. Un rôle qu’il connaît bien. C’est lui, qui en 2003 déjà, avait mené les discussions ayant abouti à la suspension, très provisoire, du programme de l’enrichissement d’uranium.

Il revêtira ses habits de diplomate du nucléaire, à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine, le président russe, attendu, mi-août à Téhéran. Depuis les années 90, l’heure est au réchauffement entre les deux voisins.

C’est une entreprise russe qui a terminé la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr, inaugurée en 2010. Moscou pourrait assister l’Iran dans la construction d’autres centrales. Les deux pays souhaitent augmenter leurs échanges commerciaux – armes, blé et pétrole – affectés par les sanctions internationales. L’an dernier, ils sont tombés à 2 milliards de dollars, 40% de moins qu’en 2011.

Moscou et Téhéran soutiennent enfin tous deux le régime de Bachar al-Assad en Syrie, qu’ils craignent de voir basculer dans le camp pro-occidental.

De quoi faire de la Russie un médiateur de choix sur le nucléaire. Décideur en dernier ressort, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, serait, qui plus est, prêt à des concessions, au nom de la sauvegarde du régime.

Interview de Anton Khlopkov, président du Centre russe de l‘énergie et de la sécurité

Marina Ostrosvakaia, Euronews : le nouveau président iranien Hassan Rohani est considéré comme un centriste, par rapport aux conservateurs. Mais y-a-t-il vraiment une différence? En clair, à quels changements peut-on s’attendre dans la politique iranienne?

Anton Khlopkov : Si on tient compte des promesses faites par Hassan Rohani lors de la campagne électorale, et des conditions de son élection, je crois qu’on peut s’attendre à une continuité ou un retour à la politique de réformes, engagée du temps des présidents Rafsandjani et Khatami. Il n’y a pas de doute aujourd’hui que l’Iran a besoin que les sanctions qui lui sont imposées, soient levées. C’est très important. Dans ce contexte, le nouveau président devra s’atteler en priorité à trouver des solutions dans le dossier du nucléaire. On se souvient, que lorsque Rohani était en charge des négociations avec les Européens, les discussions avaient abouti. Mais il faut rester réaliste. Juste avant l‘élection présidentielle, je me suis rendu en Iran pendant dix jours. J’ai compris que personne, nulle part, pensait que l’Iran devait interrompre le développement de ses technologies nucléaires.

Euronews : la Russie occupe une place à part dans la politique étrangère de l’Iran. Rohani l’a souligné dans sa réponse au président russe Vladimir Poutine, après avoir gagné les élections. La Russie a-t-elle vraiment une place à part, et qu’est-ce que cela signifie?

Anton Khlopkov : l’Iran et la Russie entretiennent depuis longtemps une profonde relation. Ils sont voisins. C’est pourquoi ils ont de nombreux intérêts en commun en matière de sécurité. Ils ont des intérêts commerciaux et économiques en commun. Tout cela détermine la place de la Russie dans la politique étrangère iranienne et, inversement, la place de l’Iran dans la politique étrangère de la Russie.

Euronews : comme vous l’avez dit, la Russie et l’Iran ont une forte coopération dans des domaines qui font l’objet de sanctions de la part de l’Occident : la livraison d’armes, la construction d’infrastructures, y compris les centrales nucléaires. Moscou ne se discrédite-il pas à travers cette relation?

Anton Khlopkov : Tout d’abord, il est nécessaire de souligner que les sanctions, imposées par le Conseil de sécurité, ne sont pas liées à la coopération technico-militaire avec l’Iran, ni à la coopération en matière d’utilisation pacifique de l‘énergie nucléaire. Et il important de dire aussi, qu’en matière de coopération technico-militaire, la Russie a plus que respecté la résolution 1929 du Conseil de sécurité. C’est pourquoi, pour moi, ce n’est pas exact de dire que la coopération russo-irianienne, dans les domaines technico-militaire et nucléaire, est une violation des négociations en cours.

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