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Roberto Azevêdo : "l'OMC a besoin de se moderniser pour survivre"


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Roberto Azevêdo : "l'OMC a besoin de se moderniser pour survivre"

Après huit ans à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce, créée en 1995, le Français Pascal Lamy cède la place au diplomate brésilien Roberto Azevêdo, 55 ans. C’est le premier directeur général de l’OMC originaire d’Amérique latine.

Nous l’avons rencontré au siège de l’organisation, à Genève, en Suisse, pour parler de l’avenir de l’institution, qui se trouve, aujourd’hui, à la croisée des chemins.

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Bienvenue sur euronews, Roberto Azevêdo. Vous travaillez ici depuis 16 ans, en défendant les intérêts du Brésil, un pays vu par certains comme un champion du protectionnisme. Quelle ligne allez-vous adopter, en tenant compte du proverbe diplomatique : on n’a jamais une deuxième chance de faire une première bonne impression ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Et bien, en tant que directeur général, je ne peux pas être autre chose qu’un facilitateur de compréhension et de consensus à la poursuite sans relâche de la libéralisation des échanges. C’est un des éléments essentiels de la croissance économique mondiale, et pas seulement pour certains pays. Cela vaut particulièrement pour les pays les plus pauvres qui ont besoin d’un commerce ouvert, qui ont besoin de nouveaux marchés pour placer leurs produits. “

Isabel Marques da Silva, euronews :
“C’est important de distinguer les pays à revenus moyens, tels que l’Inde, la Chine ou le Brésil, des pays qui sont véritablement en difficulté : en Afrique, dans les Caraïbes ou en Asie du Sud-Est. Vous souhaitez restaurer une initiative appelée “Aid for Trade” (Aide pour le commerce) pour donner, plus de possibilités à ces pays de faire des affaires, au lieu d’essayer d’augmenter leur capacité institutionnelle, ce qui est plus une démarche à long terme. Comment allez-vous réactiver cette initiative ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Ces pays ont besoin d’une plus grande attention de la part du système commercial multilatéral. Nous devons leur donner plus de possibilités de s’intégrer dans la chaîne du commerce et de la production qui se déroule au-delà des frontières. Un produit n’est plus tout à fait fabriqué dans un pays, mais dans plusieurs. Cependant, les opportunités ne surgiront pas toutes seules. Il faut du travail pour identifier ces opportunités et permettre à ces pays de participer de manière plus active à ces flux. “

Isabel Marques da Silva, euronews :
“La réunion ministérielle de Bali, en Indonésie, en décembre prochain constitue votre premier test . Vous allez essayer de relancer le cycle de Doha qui stagne depuis 2008. Quel peut être l’accord a minima qui ferait que vous pourriez considérer cette réunion comme un succès ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Le résultat mettra probablement l’accent sur ​​des questions telles que l’agriculture, la facilitation du commerce, la sécurité alimentaire, les questions de développement . Comment, de quelle manière, avec quelle portée et quelle profondeur ? Voilà ce que nous allons négocier”.

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Mais vous êtes optimiste ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“J’ai une formation d’ingénieur et un ingénieur ne peut pas être optimiste car un bâtiment peut toujours s’effondrer. Il ne peut pas être pessimiste non plus parce qu’il dépenserait trop d’argent. Je suis fondamentalement réaliste. Je pense qu’il y a des difficultés. Les pays membres devront faire un effort pour parvenir à un accord, mais je pense que cet effort est possible. “

Isabel Marques da Silva, euronews :
“En raison de cette impasse dans les négociations du Cycle de Doha, nous avons assisté à un certain nombre d’accords bilatéraux et régionaux, je pense qu’il y en a plus de trois cents. Certains experts disent que ces accords sont “comme des termites sapant le multilatéralisme”.

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Ces accords bilatéraux, dont la négociation est close et qui impliquent peu de pays, ont tendance à tester les limites de la négociation. Ils vont à la limite de ce qui est possible de faire en terme de négociation de la libéralisation des échanges et de la création de nouvelles règles. L’accord multilatéral implique un grand nombre de pays, de sorte qu’il a tendance à être un peu plus lent, il ne se limite pas à la frontière, mais il harmonise tout d’une manière beaucoup plus rapide. “

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Mais si l’un de ces accords régionaux se fait entre deux des plus grandes économies du monde, les Etats-Unis et l’Union européenne, ne serait-ce pas un coup fatal pour l’OMC ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Pas du tout ! Cela peut beaucoup aider ! Car ce serait synonyme de progrès dans les domaines qui pourraient éventuellement servir de source d’inspiration pour la compréhension multilatérale.”

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Cela signifie qu’il pourrait y avoir un besoin de changer de méthode. Certaines voix affirment qu‘à la place d’un compromis unique, d’un consensus sur tous les sujets, on pourrait avancer à des vitesses différentes, avec différents groupes de travail. Une telle géométrie variable est-elle pour vous une possibilité ou considérez-vous que le consensus est la meilleure façon de faire avancer les négociations… malgré l’impasse ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Je ne vois pas la moindre possibilité pour une organisation telle que l’OMC de décider autrement que par consensus. Ce que nous pouvons faire, c’est créer des rythmes différents pour certaines négociations, nous devons faire preuve de souplesse dans le processus. Je pense qu’il n’est pas viable que l’organisation poursuive son rôle disciplinaire du commerce international si nous ne pouvons pas mettre à jour les domaines de travail”.

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Pouvez-vous spécifier quels sont ces domaines de travail et quelle nouvelle dynamique vous souhaitez donner ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“Par exemple, dans le domaine agricole. La législation agricole, les subventions, les barrières phytosanitaires d’aujourd’hui ne sont pas celles qui existaient dans les années 1980, lors de l’Uruguay Round. En matière de propriété intellectuelle, il y a une quantité énorme de mécanismes qui ont été développés au cours des 30 dernières années, la même chose s’applique dans le domaines des services ou de l‘économie numérique. “

Isabel Marques da Silva, euronews :
“Certaines personnes soutiennent que ces questions, appelées barrières non tarifaires, sont de nouvelles formes déguisées de protectionnisme. Ce n’est pas votre avis ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“C’est l’attitude des gouvernements qui crée un marché plus ou moins fermé. Ainsi, il existe des domaines que les gouvernements exploitent comme base pour une ouverture ou, au contraire, pour se fermer, se protéger. Cela dépend de la volonté des gouvernements.”

Isabel Marques da Silva, euronews :
“En 2012, le commerce mondial n’a progressé que de 2%, l’un des chiffres les plus bas de ces deux dernières décennies. Quelles sont vos attentes – selon les études en votre possession – sur les progrès réalisés au cours de la prochaine année mais aussi pour les quatre prochaines années, la durée de votre mandat ?”

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC :
“De manière générale, le commerce mondial est très fortement lié à la croissance économique. Ce qui est important, c’est de continuer à donner aux pays membres la capacité d’agir et d’interagir avec d’autres marchés d’une manière prévisible et équilibrée, sans règles qui favorisent un certain groupe de pays plutôt qu’un autre. Pour qu’il y ait une relation équilibrée et prévisible “.

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